Auteur Sujet: Se faire accompagner... par qui? Comment?  (Lu 4773 fois)

cath83

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Se faire accompagner... par qui? Comment?
« le: Janvier 22, 2012, 07:15:54 am »
Travailler sur les souvenirs d’évènements douloureux et traumatiques passés ou sur leurs conséquences peut être très bouleversant. Ce n’est peut-être pas une démarche que nous pouvons faire seuls; des thérapeutes et/ou des intervenants spécialisés peuvent nous aider dans ce processus.

Comment trouver le bon accompagnement?
Certains survivants vont préférer travailler avec une personne du même sexe pour se sentir davantage en sécurité, compris et à l’aise d’aborder certains sujets. D’autres choisiront de rencontrer un thérapeute de sexe opposé pour apprendre en même temps à faire confiance à nouveau. Femme ou homme, le bon, c’est avant tout celui avec lequel on se sent bien. Le premier entretien doit nous laisser une sensation de mieux-être.
Le cadre, l’accueil, la disponibilité, la ponctualité et même l’apparence physique du thérapeute sont des facteurs qui nous incitent à lui faire confiance. Il est conseillé de consulter deux à trois thérapeutes avant de faire son choix et de se fier à sa toute première impression. Il est important de s’enquérir de sa formation, sa spécialisation, son courant de pensée ou son école, sa façon de travailler, des moyens, des outils qu’il utilise, de son expérience auprès de victimes d’agression sexuelle et s’il est ou non affilié à un organisme disposant d’un code de déontologie. Chaque méthode, chaque école possède ses « propres lois ». Si le contact physique, par exemple, est généralement proscrit en cure psychanalytique, il est naturellement envisagé dans une thérapie corporelle. Mais peu importe l’approche, toute amitié ou contact sexuel est interdit. L’on doit aussi s’informer du tarif, du paiement des séances annulées et de ce qu’il peut nous proposer en cas d’urgence. Après quelques rencontres, l’on devrait être en mesure de voir si l’ont est à l’aise avec son type d’intervention, sa personnalité, si l’on se sent écouté, compris, aidé, rasséréné.

Un bon thérapeute doit être actif, direct mais souple. Il doit être capable de mettre en évidence nos ressources, nous habiliter à prendre soin de nous, s’assurer que nous avons un système de soutien à l’extérieur de la thérapie. Lors des descriptions de l’évènement traumatique, nous devons le sentir empathique, supportant et surtout que nous n’avons pas besoin de prendre soin de lui. Il doit respecter nos émotions, nos sentiments, ne pas minimiser notre expérience ni notre douleur. Il est là pour nous aider à explorer notre expérience qui est unique dans un cadre sécuritaire. Il doit aussi être capable de nous redonner un certain contrôle en respectant notre rythme, en proposant des exercices adaptés à nos besoins, à nos objectifs. Il ne doit pas nous forcer à faire ce que nous ne désirons pas faire, ni faire pression pour que nous recontactions notre agresseur ou pardonnions à celui-ci. Il est ouvert pour discuter des problèmes qui pourraient surgir lors de la thérapie.

Source : 1) www. ordrepsy.qc.ca 2) Aimelet, Aurore, Reconnaître un mauvais psy, Psychologies magazine-juin 2008 3) Brillon, Pascale ph.d., Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique, Les Éditions Quebecor, 2007 4) Blume, E. Sue, Secret survivors- John Wiley and sons, 1990 5)Bass, Helen and Davis, Laura, Courage to heal, Harper Row, 1988

kentaka

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Re : Se faire accompagner... par qui? Comment?
« Réponse #1 le: Janvier 23, 2012, 01:05:40 pm »
bravo, cela est bien dit... merci pour cette cascade d'infos qui nous donne / propose orientations, et matières à réfléchir !  ;) :-*
« Modifié: Janvier 24, 2012, 03:15:40 am par Moderateur 2 »
heureux les coeurs purs ... ce long chemin

Dana123

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Re : Se faire accompagner... par qui? Comment?
« Réponse #2 le: Mars 25, 2012, 10:50:59 pm »
Bonjour Kentaka,

Je suis nouvelle sur ce forum. Je souhaitais faire découvrir aux personnes abusées les thérapies possibles pour aller mieux. Je fais partie des personnes qui s'en sortent petit à petit.

La première chose ce sont les livres d'Alice Miller, par exemple "Notre corps ne ment jamais" et le lien vers son site "commen trouver un bon psy ?"
http://www.alice-miller.com/articles_fr.php?force=faq

La deuxième chose qui peut aider, c'est le site du Dr Muriel Salmona, psychotraumatologue
http://memoiretraumatique.org/

La troisième chose, c'est mon blog : www.monblog.ch/edu-psy

Avec mes meilleures salutations,

Dana

cath83

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La nécessité des soins psychothérapeutiques
« Réponse #3 le: Juin 06, 2012, 09:52:38 pm »
La nécessité des soins psychothérapeutiques

Le viol, malgré qu'il est passible des Assises, est encore trop souvent gardé secret. Il importe d'en comprendre les raisons et de repérer les signes évocateurs afin d'aider les victimes à dire l'indicible et de restaurer leur intégrité. Cet article a pour objet de souligner la nécessité des soins psychothérapeutiques après avoir subi un tel traumatisme.



1. Le viol, un crime

NON, trois lettres qu'un violeur refuse d'entendre.
Le viol est un acte d'appropriation sexuelle de l'autre dont le refus n'est pas reconnu, dont la parole n'est pas prise en compte. Le viol est une négation de la personne, de son identité, de sa volonté. La victime est traitée comme un objet, dont le violeur use et abuse. Les sangs échauffés, incapable de s'arrêter malgré les supplications de sa proie, il n'écoute plus que ses pulsions...

De surcroît, certaines cultures ambiantes présentent la domination masculine comme quelque chose de naturel, qui découlerait de la différence physique entre les hommes et les femmes. Il est fréquent aussi que le rapport sexuel soit présenté comme un droit de l'homme et donc comme un devoir de la femme. De nombreuses femmes, au quotidien, sont obligées de céder, contraintes par les coups, les menaces, les représailles, une humeur exécrable qui peut exercer une pression terrible, etc.  Dans ce contexte, il ne s'agit pas d'une relation sexuelle vécue dans une communauté de désirs partagés, mais bien d'un viol conjugal. Même si depuis 1980, le viol conjugal est passible de poursuites et reconnu comme un crime, dans beaucoup de foyers, des hommes continuent de s'emparer de ce qu'ils considèrent comme leur propriété.


2. Le poids du secret

A la violence de l'agression sexuelle, se surajoute la terreur d'être tuée mais aussi le dégoût de soi, d'avoir été salie par l'agresseur et une forte tendance à l'auto-culpabilisation. En effet, la victime se reproche souvent de ne pas s'être assez débattue ou de n'avoir pas crié assez fort, d'avoir pris trop de risques, de s'être mise elle-même en danger, d'avoir été provocante, etc. Cette propension à s'attribuer la responsabilité du crime contribue d'ailleurs à la défense du violeur, qui pioche dans ce type de discours - cette version des faits, pervertie, signe la malignité - pour tenter de convaincre que l'autre l'a aguiché, l'a cherché et qu'il n'a fait que répondre à ses désirs. En outre, certaines réactions physiologiques réflexes, vécues comme une trahison de la part du corps et utilisées par le violeur pour faire croire à sa victime qu'elle est consentante, accentuent le sentiment de culpabilité. Pourtant, rien ne peut atténuer ou amoindrir la faute d'un violeur. Peu importe la situation, le moment, l'endroit, la tenue, le comportement de la personne, si elle dit "non", l'autre doit immédiatement s'interrompre. Malgré cela, un grand nombre de victimes, trop honteuses, restent silencieuses, gardent le secret et assurent de la sorte l'impunité de leur violeur. D'une certaine façon, le secret rend complice.

Par ailleurs, le secret prive la victime de toute réponse extérieure, de toute aide pour faire face à ce qui lui a été infligé. Le secret alimente la honte et conduit la personne à se demander si elle n'a pas cherché à protéger son agresseur pour pouvoir nier ce qui lui est arrivé et ainsi croire qu'elle pourra oublier, tourner la page. Le secret entretient le déni et avec lui un clivage au sein de la personne, coupée en deux ; une partie d'elle-même demeurant meurtrie et en proie à des affects d'angoisse-douleur qui, à tout instant, risquent de la submerger, une autre part qui dénie le trauma et se forge une carapace caractérielle dont le but est de maintenir dans l'ombre l'autre partie en souffrance et de se défendre contre l'extérieur.

3. Les signes et les symptômes de viol

Les personnes victimes de viol ou d'abus sexuels présentent fréquemment les caractéristiques suivantes :
- refus de tout contact corporel (y compris serrer la main) ;
- méfiance constante vis-à-vis des autres ;
- agressivité systématique et disproportionnée ;
- évaluation très négative des rapports humains ou des hommes en général ;
- amertume vis-à-vis des institutions sociales ou judiciaires ;
- altération de l'humeur : dépressivité ou hyperexcitation, pouvant alterner.

Les symptômes suivants doivent évoquer un viol :
- évitements sexuels ;
- évitements relationnels, entravant la vie sentimentale ;
- conduites d'échec à répétition ;
- suicides ou tentatives réitérées à plusieurs reprises (exécution par délégation du crime perpétré contre elle) ;
- conduites alimentaires problématiques : anorexie/boulimie ;
- comportements de mise en danger (exposition au danger à comprendre comme une tentative de le maîtriser) ;
- refus des autorités masculines ;
- aversion extrême pour les soins dentaires, vécus comme trop intrusifs ;
- refus et terreur de l'examen gynécologique ;
- déni de grossesse / accouchement dans le secret ;
- sentiment de souillure, conduites compulsives de lavage du corps.

Ces signes doivent permettre d'orienter l'entretien avec la personne. Une victime hésitera moins à se confier si elle sent que son interlocuteur se doute de ce qui lui est arrivé. Toutefois, il faut se garder de jouer aux apprentis sorciers ou psychothérapeutes et de pratiquer des interprétations sauvages. Le viol est un traumatisme extrêmement grave qui exige des soins spécifiques que seuls des professionnels sont habilités à dispenser.

4. La prise en charge psychothérapeutique

Il est d'une importance capitale que le ou la psychologue consulté(e) prenne clairement position et qualifie l'agression comme un crime. Le recours à la violence doit toujours être condamné explicitement. Le rappel à la loi fonde l'intervention thérapeutique. Les mots seront choisis avec soin afin de nommer l'inacceptable. Le thérapeute occupe alors une place d'avocat ou de témoin symbolique qui aide la victime à se dégager du système agresseur. Ce dernier se caractérise par un jeu de manipulation pervers, où la chronologie des faits est renversée, où les situations sont inversées et où la victime se retrouve culpabilisée. Quelquefois ces procédés sont si sournois, composés de petits événements qui seuls paraissent insignifiants mais qui les uns à côté des autres sont hautement destructeurs qu'il est difficile d'imaginer que quelqu'un puisse comprendre. Pour parvenir à dire l'indicible, il est absolument nécessaire de s'adresser à un(e) psychologue qui ait une connaissance approfondie des manœuvres perverses et qui lui confirmera que ses réactions sont "normales" dans un tel contexte, qu'elle n'est pas folle.
L'expression des émotions encapsulées permet d'évacuer les émotions négatives et de progressivement réduire la charge traumatique des violences subies.

La psychothérapie consistera notamment en un travail d'analyse critique du système agresseur et de la stratégie mise en place par son auteur. Il s'agit de briser le processus de déshumanisation, d'effectuer un désassemblage des éléments constitutifs de l'emprise et de démonter l'idéologie sous-jacente qui vise à laisser penser à la victime qu'elle y est pour quelque chose. De cette manière, la victime prend conscience des conséquences du trauma sur les différents aspects de son existence. La démarche lui permet également une actualisation du regard qu'elle porte sur elle-même et de rejeter les projections et déformations de son agresseur pour se retrouver. Armée d'une meilleure image d'elle-même, la personne sort petit à petit de l'isolement et se reconstruit une vie sociale.

Restaurer l'intégrité de la personne lui permet redevenir actrice de son histoire.

Source: MORBOIS, C. CASALIS, M.-F., L'aide aux femmes victimes de viol, L'esprit du temps, 2002.




Moderateur 2

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Re : Se faire accompagner... par qui? Comment?
« Réponse #4 le: Juin 07, 2012, 01:13:54 am »
Merci oh merci pour ces informations en or...  :)

CarpeDiem

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Re : Se faire accompagner... par qui? Comment?
« Réponse #5 le: Juin 07, 2012, 06:47:08 am »
Merci Dolce'
Très bon article, très intéressant.
Bise bise

prettywoman

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Re : Se faire accompagner... par qui? Comment?
« Réponse #6 le: Novembre 25, 2017, 04:00:23 pm »
je viens de decouvrir ce post datant de 2012 qui est tres interessant et explicite sur les questions que toute victime peut se poser

je reviens sur la necessite d'un accompagnement psychotherapeutique apres des violences sexuelles quelles qu'elles soient.

cet accompagnement therapeutique devrait pouvoir etre conseille par toute personne recevant la parole de victimes

la France a de grands progres a faire en la matiere...meme si les choses bougent il reste encore trop de victimes en souffrance