Bonjour à tous,
J'ai découvert ce site il y a quelques mois, et j'ose maintenant prendre ma plume (si je puis dire) pour écrire ici mon histoire, mais surtout mes questions, mes doutes, et ma colère.
J'ai 28 ans, et il y a quelques jours, je suis allée porter plainte contre mon ancien professeur de violon pour viol sur mineure de 15 ans. J'avais 6 ans quand je l'ai connu, 11 ans quand il a commencé à abuser de moi, et presque 15 quand tout ça s'est arrêté, grâce à un déménagement. Je ne me souviens quasiment plus de rien, si ce n'est son discours, certains gestes, ses lettres dites "d'amour" et beaucoup de bribes dont il manque la fin et le début. Je n'ai pas de souvenirs du viol, mais beaucoup de choses me font penser que c'est arrivé.
Ce n'est qu'il y a plus d'un an que j'ai compris que j'étais une victime, sa victime. En une seconde j'ai réalisé que c'était cet homme qui m'avait mis en tête que j'étais responsable de ce qui m'arrivait, responsable de ce qu'il me faisait, responsable des sentiments qu'il avait pour moi, mais que c'était loin d'être la vérité. Il m'a fallu des années pour comprendre qu'il m'avait manipulée, et aujourd'hui, je suis encore empêtrée dans tout ça au point de ne pas réussir à ressentir vraiment de la colère contre lui. Je la déplace ailleurs cette colère, c'est souvent mon corps qu'il l'exprime, en se retournant contre moi.
J'ai tapé le nom de ce prof sur le net, et j'ai découvert qu'il faisait partie d'un comité de profs dans un collège. Et je me suis très rapidement dit qu'il devait continuer à manipuler et abuser des enfants. Je crois que c'est ça qui m'a décidée à bouger.
Je suis allée voir une psychologue, et je lui ai dit que je voulais porter plainte et que j'avais besoin d'aide. Moins d'un an après, c'est-à-dire il y a quelques mois, j'étais au commissariat et je portais plainte contre lui pour attouchements sexuels. Les attouchements, c'est la seule chose dont je sois sure, car ces souvenirs me hantent encore, si brefs qu'ils soient.
Ma plainte a été déclarée irrecevable, à cause de la prescription, qui n'étais que de trois ans après les faits pour les délits sexuels, étant donné que ça s'est passé avant la nouvelle loi de 1998. On m'a conseillé d'en écrire une directement au procureur, ce que j'ai fait. Après plus de six mois d'attente, il a envoyé ma lettre aux gendarmes, et j'ai dû, il y a quelques jours déposer plainte à la gendarmerie cette fois. Là, le gendarme qui m'a reçu, et qui a été très bien avec moi, m'a plus ou moins conseillé de porter plainte pour viol, étant donné que je suis sincèrement convaincue d'en avoir été victime. Il m'a expliqué que c'était ma seule chance qu'il y ait des suites. J'ai donc signé cette plainte, mais ça me laisse un goût assez étrange dans la bouche, car j'ai l'impression de porter plainte pour un fantôme, pour une mémoire qui a oublié, pour quelqu'un qui n'existe plus, cette petite fille dont j'ai presque tout oublié.
Je sais que mon action est plus que légitime, et j'ai besoin qu'elle soit reconnue, mais c'est parfois comme si l'influence de ce professeur venait encore me hanter, et me tordre le coeur pour que je devienne muette à nouveau.
Je sais que je vais devoir encore attendre des mois avant d'avoir une réponse, et que même s'il y a une enquête, j'aurai très peu de preuves à avancer. Mon but n'est pas la vengeance, je veux juste qu'il sache que sa victime n'est plus dans le silence, que désormais, elle ne lui appartient plus, elle s'est enfin enfuie. Je voudrais au moins qu'il ait peur de la justice et que cette peur l'empêche de s'approcher des enfants, si une telle chose est possible...
Voilà, je dois avouer que je suis un peu perdue maintenant. Je n'arrive pas à savoir ce qui est le plus pénible: se souvenir ou avoir oublié? J'ai l'impression que cet homme m'a volé une partie de ma vie, comme si durant quatre ans, j'avais été vide, sourde, aveugle et muette. Mais je me dis aussi que ce que le cerveau efface n'est pas choisi par hasard, et que cela doit avoir un sens, un but, une utilité...
Pour conclure, je dirais que ce que je souhaite le plus, c'est de pouvoir enfin le détester, être en colère contre lui, pour enfin être lavée de cette culpabilité, débarrassée de cette responsabilité,libérée de ses mensonges. Pas à pas, patiemment, j'espère y arriver...mais je ne sais pas si pour ça, je dois et je peux me souvenir.
Merci à toi qui a pris le temps de lire tout ça! :wink:
Bonjour Zatsmi,
Bienvenue dans le forum, et bravo pour toutes les démarches que tu as faites pour t'aider à te reconstruire.
Puisque tu as le sentiment fort d'avoir subit le viol, alors qu'aucun souvenir ne vient confirmer ce sentiment, il est fort possible que tu as vraiment subit le viol.
C'est tout à fait normal que tu ne te souviennes pas, il arrive souvent, dans le cas d'une agression sexuelle, ou autres violences, qu'une sorte d'amnésie s'installe suite au choc psychologique.
Non, le cerveau n'efface pas les traumatismes vécus, mais il les archive dans un coin de la mémoire, lorsque l'on n'a pas eu la possibilité, de dénoncer et d'exprimer et de s'expliquer, cette violence que l'on a subit. Ils refont surface, suite à un événement, une odeur, une image, un lieu, une situation, etc...
Voici un lien vers un site ou un paragraphe explique cette amnésie :
http://www.cfcv.asso.fr/article.php3?id_article=135
J'avais 16ans lorsqu'un jour que j'étais allée faire un tour au marché de mon quartier, je me suis retrouvée dans une allée, croisant en face à face mon premier agresseur, qui passait en sens inverse.
Bien évidemment, je ne m'y attendais pas, et toutes les scènes me sont revenues instantanément, comme un film qui défilait sous mes yeux. Je ne me souvenais pourtant de rien du tout. L'agresseur ne faisait que passer, je ne l'avais pas revu depuis des années, et cet instant à suffit pour que tout ressurgisse. Le déclic, son visage que je n'ai pas oublié, j'avais 8 ou 9ans, lorsqu'il a pratiqué des attouchements sur moi.
Dans le même laps de temps, un deuxième agresseur, m'est revenu en mémoire et un troisième, qui me demandait de monter dans sa voiture à qui j'ai dis non. De revoir son visage a provoqué un choc qui a fait ressurgir ces périodes traumatisantes et j'ai ainsi compris par la suite pourquoi j'avais une grande méfiance envers les hommes.
Pour l'enfant ou l'adolescent, qui ne peut dénoncer les violences sexuelles répétées qu'il subit, sur plusieurs années, il me semble qu'une amnésie partielle ou totale s'installe toujours inconsciemment pour permettre à la victime de survivre à cette violence.
Le point de vue d'autres victimes qui ont du mal à se souvenir clairement des violences vécus, sera le bienvenu pour t'éclairer sur le sujet.
Ce qui est positif pour toi, c'est que tu as réussi à faire les démarches essentielles pour ta reconstruction, comme voir un psy, porter plainte, et prendre soin de toi.
A bientôt de te lire Laurine