Bonjour à tous,
je viens aujourd'hui vous raconter mon passé douloureux, parce qu'il me revient beaucoup en mémoire ces derniers jours, et je pense que vous me comprendrez, peut-être mieux que d'autres personnes de mon entourage.
J'avais 14 ans à l'époque, j'en ai aujourd'hui 21. Je vivais mon 1er amour, et il habitait à 200m de chez moi. Il était plus agé, 17 ans, et l'avoir trouvé était pour moi une grande fierté, puisque j'étais la dernière de ma bande de copine a sortir avec un garçon. J'ai un coeur d'artichaud et je suis rapidement tombée amoureuse de lui, comme on peut l'être à l'adolescence: à la vie à la mort, pour toujours etc etc.
Je pensais déjà au sexe depuis plusieurs années, c'est quelquechose qui me travaillait pas mal, mais je n'étais pas prête pour autant, en fait je me posais la question. C'est un bon moment après tout ça que je me suis rendue compte que beaucoup de choses m'avaient choquées sur le coup, ce n'était pas que l'histoire d'une viol, une fois. Mais à chaque fois qu'une chose me dérangeais, je me taisais, parce que dans l'histoire c'était moi l'inexpérimentée, je me disais que c'est comme ça que ça se passait sans doute, et puis il y avait sans doute une part de moi-même qui l'aimait et qui ne voulait pas se rendre compte.
La première chose qui m'avait choquée, je la revis comme si c'était hier. On était ensemble depuis quelques semaines, et jusqu'ici ça n'avait été que baisers et calins sages, mais ce jour là il avait visiblement décidé de passer à la vitesse supérieure. Je lui disais au revoir dans le couloir de son entrée, on était seuls chez lui. Alors que j'étais entre le mur et lui, il a pris ma main, l'a collée contre son sexe et l'a fait bougée de haut en bas. Je me souviens avoir été très gènée. Mais c'était sans doute comme ça que ça devait se passer et l'instant d'après j'avais oublié le choc pour une sensation forcée du type "je deviens grande, il faut que j'assume maintenant.".
Je me souviens aussi très bien d'à quel point il insistait pour que je lui fasse une fellation. Tous les jours, il me le demandait, m'assurant que ce n'était pas grand chose, que ce n'était pas dégoutant. Mais personnellement, je n'en avais aucune envie, ça me repoussait presque. A force, j'en ai eu assez qu'il insiste et j'ai cédé. A partir de ce moment, de cette première fois, jusqu'à ce que je le quitte, on ne pouvait quasiment pas se voir sans qu'il me supplie de lui faire une fellation, allant jusqu'à ne pas partir ou m'empêcher doucement de partir tant qu'il n'avait pas eu ce qu'il voulait. On était ensemble depuis 3 mois et la condition selon mes parents pour que je puisse le voir tous les jours était que je devais rentrer à 19h pour faire mes devoirs. Et dans ma tête c'était toujours la même chose: "si je ne le fais pas, je serais en retard et je ne pourrais pas le voir". Encore aujourd'hui je me demande comment je pouvais me voiler la face comme ça, enfouir au plus profond de mes pensées le fait que ça me choquait, pour laisser à la place un sentiment de bonheur, comme si tout allait bien.
Peu de temps après la fellation, nous avons parlé de coucher ensemble, mais je n'étais pas sûre de moi. Lui m'avait dit qu'il n'était plus vierge depuis ses 14 ans, ce qui quelque part me rassurait, je me disais qu'il savait faire. Plus tard il m'a avoué qu'il m'avait menti et que j'étais sa 1ère expérience sexuelle.
Les choses nous travaillaient de plus en plus mais je n'étais pas prête, j'avais peur, de quoi je ne sais pas, mais je ne voulais pas. Sauf une fois, j'ai décidé de sauter le pas, pas rassurée, certes, mais bien volontaire. Nous avons donc essayé, c'est moi qui guidait, j'étais sur lui, ça me rassurait d'avoir le contrôle. Mais la douleur lors de la pénétration m'a faite reculée et nous avons arrété immédiatement.
Seulement la fois suivante, il n'avait visiblement pas envie de rester sur sa frustration. je ne me souviens pas exactement si j'étais aussi sûre que la fois d'avant. Je me souviens juste que lorsqu'il s'est allongé sur moi, je ne voulais plus, j'étais pas prête, de ça j'en étais sûre, et je me revois lui dire doucement "non", en tournant vivement la tête et en essayant de me débattre, réalisant qu'il était ailleurs, qu'il ne m'entendait pas, que lui avait décidé d'aller au bout cette fois et qu'il en serait ainsi.
Un instant j'ai voulu crier, mes parents étaient juste en dessous, dans le bureau, et la maison était mal insonorisée, il m'aurait suffit de hausser la voix. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas fait, aujourd'hui je pense que c'est encore cette foutue crainte de me voir éloignée de mon 1er amour, malgré le mal qu'il était en train de me faire.
Cette fois-ci encore, j'ai immédiatement refoulé ce qu'il venait de se passer. J'ai très clairement dans ma tête la phrase que je me suis répétée quand il est parti, quand j'étais dans la salle de bain pour prendre ma douche "c'était pour me dépuceler, il le fallait, c'était pas génial mais c'était pour me dépuceler", ça sera mieux la prochaine fois".
Et des prochaines fois il y en a eu, comme si rien ne s'était passé, et chaque fois qu'il insistait, je cèdais, sachant que c'était la condition à ce que je puisse continuer à le voir.
et puis, au bout de deux ans d'histoire, je l'ai quitté, j'avais fait le tour, comme une adolescente encore une fois. Mais j'avais peur de lui, je sentais qu'il le prendrait très mal, et j'ai attendu de trouver un autre copain, qui me protègerait, avant de le quitter.
Et effectivement, de colère, il a envoyé une amie à lui me menacer devant le lycée tous les matins pendant 1 mois. Persuadé que je l'avais quitté pour un autre. On se haissait, chacun pour ses raisons, bien que je n'étais pas sûre de connaître la mienne, puisque tout ça m'est revenu en mémoire 2 ans plus tard, sans que je sache pourquoi. Peut-être quelquechose qui a déclenché ça, une histoire de viol aux infos, je ne sais plus. Je sais juste que depuis que je me souviens, du moins que j'accepte de m'en souvenir, puisqu'il m'arrivait de revoir des images mais je les chassais, j'ai un sentiment de haine envers lui comme je ne pensais jamais pouvoir en ressentir.
Parce qu'il a détruit mon innocence, une part de moi qui allait bien, et qui depuis se traduit en angoisses, en peur, en dégoût du contact masculin en dehors de mon copain, bref toute une série de choses qui d'après mes amies, se ressentent clairement, quand on connait mon histoire.
Quand j'ai réalisé tout ça, je l'ai dit à quelques personnes proches, dont mes parents. Je crois qu'ils s'en sont beaucoup voulus, de ne rien avoir vu, même de l'avoir défendu quand je l'avais quitté, parce qu'ils l'aimaient vraiment bien. Je n'en ai pas vraiment reparlé avec eux depuis, peut-être parce que suite à des engueulades avec mon père, j'ai cru comprendre qu'il avait aussi été victime d'abus.
Ils m'ont demandé si je voulais porter plainte, mais vu que j'étais restée avec lui si longtemps après, j'ai toujours eu peur que ma parole n'ait pas beaucoup de poid. D'autant plus que je ne sais pas s'il se souvient, ou si accepterait d'admettre tout ça. Je ne peux croire qu'il ne s'est pas rendu compte...et après tout, j'ai cédé, il n'avait pas de mal à profiter de moi. Peut-être a-t-il pris ça comme un accord permanent de ma part. Mais bref, j'ai toujours eu peur de la confrontation. Quelquepart j'aurais envie qu'il paye, mais j'ai peur de mener des démarches pour rien, de remuer tout ça en vain. Je vis aujourd'hui avec un garçon merveilleux, qui ne sait rien de tout ça, et je pense qu'il n'en saura jamais rien, j'ai trop peur qu'il n'ose plus me toucher, qu'il me surprotège. Si je devais porter plainte, il apprendrait tout, devrais m'aider dans cette épreuve, et si ça n'aboutit pas, il aura souffert pour rien.
Je préfère donc laisser aller les choses, en espérant très souvent que de là où il est (à savoir Tahiti aux dernières nouvelles, toujours plus rassurant qu'à 200m de chez moi), il souffre, pour une raison où une autre, mais en tout cas qu'il n'est pas pleinement heureux. J'espère même que parfois il pense à ce qu'il m'a fait, et qu'il se force à chasser ces mauvaises pensées.
Je pense retourner voir un psy pour m'aider à mieux vivre avec tout ça. Avant d'être avec lui j'allais déjà en voir un pour des problèmes d'ado, et j'ai arrèté de le voir des années après, quand je me suis souvenue de tout ça, que je lui ai avoué ainsi qu'à mes parents. Sur le coup j'avais été tellement soulagée que j'avais crue être guerrie, mais je me rend compte aujourd'hui que je ne le suis pas, et j'en ai vraiment besoin, pour que ça ne se voit plus sur moi. Parce que chaque trace qu'il me reste de lui me le rappelle. Et j'aimerai passer un jour sans y penser.
quel beau témoignage , tu y arriveras à le chasser de ton esprit ...
Bienvenue sur le forum.
C'est tres dur de se faire manipuler psychologiquement. On pense que c'est notre faute. Mais il aurait du respecter ton "non" et ne pas profiter du fait que tu etais si jeune.
Comment vas-tu aujourd'hui?
Bonjour Junkan,
Tu arriveras à le chasser définitivement. Ma première expérience n'a pas été meilleure que le tienne. Moi aussi je pensais que c'était normal. Heureusement il m'a dit une phrase très méchante qui m'a faite réagir.
Il m'a dit que maintenant que j'avais commencé, je ne pourrais plus m'en passer.
Cette phrase m'a fait plus de mal que ce qi c'était passé avant. Je l'ai de suite laissé tombé. Il a fait une tentative de suicide et j'ai eu sa famille sur le dos...
J'ai dit à sa soeur ce qui s'était passé et je n'ai plus eu de nouvelles. Je ne sais pas à quoi était du ce sursaut de courage de ma part. Cela ne me ressemblait pas , il me manipulait depuis plus d'un an et je n'avais jamais cédé ( Par principe, peur de me retrouver enceinte à cette époque).
C'était un viol mais avec le temps je ne l'ai plus ressenti comme tel mais comme une mauvaise expérience.
Je te souhaite de l'oublier très vite.
Merci de vos messages =)
Aujourd'hui, je vais déjà mieux qu'il y a quelques jours, puisque sous les conseils de ma mère j'en ai parlé à mon ami, pour qu'il puisse me soutenir pendant la thérapie. Il a compris beaucoup de choses sur moi, même si ça le rend triste de savoir ça.
j'ai RDV vendredi avec mon médecin pour qu'il me donne le numéro d'un psy conventionné. Rien que de savoir ça, ça me fait déjà du bein. Mais à présent, j'ai besoin de comprendre pas mal de choses, pourquoi je me suis tue, pourquoi j'ai oublié sur le coup, pourquoi j'ai oublié tant de choses d'ailleurs, qui me sont revenues plus tard. J'ai aussi besoin de comprendre pourquoi lui a fait ça, bref plein de choses que j'ai encore à faire, mais je pense que déjà la volonté d'y arriver est un grand pas.