Un texte que j'ai lu dans le magazine EOS, j'ai envie de le partager avec vous.
Deux obstacles au partage
Le partage des émotions aboutit à un resserrement des liens sociaux. Mais encore faut-il qu'il puisse se réaliser.
Comme le souligne Bernard Rimé, psychologue de l'UCL, il peut effectivement se heurter à 2 écueils majeurs.
D'une part il arrive que l'être humain se mure dans le silence à propos d'un événement majeur de sa vie. La honte ou la culpabilité l'y contraignent. Un exemple typique est celui des abus sexuels. Souvent, la victime se tait. Malheureusement pour elle, si le partage émotionnel ne s'effectue pas, la reconnaissance sociale et, partant, le soutien auquel elles aspire sont absents. En d'autres termes, la déstabilisation qu'elle a subie ne sera pas épongée par l'aide de son entourage.
Outre la honte et la culpabilité, un autre écueil vient fréquemment entraver la route du partage social des émotions. Il tient de la peur, de l'appréhension, puisqu'il se manifeste quand l'expérience vécue est perçue comme une menace par la personne à qui vous désireriez la narrer. L'exemple des maladies graves est typique. Si la famille proche apporte au malade un soutien pratique, elle n'est pas disposée pour autant à entendre et réentendre l'expression de la souffrance, de l'angoisse, de la peur. Le motif en est simple : ces situations dramatiques renvoient chacun à sa propre image potentielle, c'est-à-dire à l'image de ce qui pourrait lui arriver aussi.
Des études ont d'ailleurs mis en lumière que les personnes atteintes de maladies chroniques graves communiquaient de moins en moins avec leur entourage sur le thème de leur santé, mais, en outre, ne partageaient plus leurs émotions. « Alors que, généralement, le taux de partage est de 80 à 95% pour les épisodes de la vie courante, il tombe à 25 % chez ces patients, soulignant la généralisation de leur peur de se livrer », dit le professeur Rimé. De la même manière, les prisonniers qui revenaient des camps de concentration nazis évoquaient des choses tellement horribles qu'un black-out s'est instauré autour d'eux et qu'ils se sont rendus compte que les événements qu'ils avaient vécus étaient inracontables.
Qu'en pensez-vous ? Qu'est-ce qui a changé dans votre vie quand vous avez commencé à parler de ce que vous avez subis ?
Avez-vous des amis à qui parler de cela ?
C'est si vrai qu'une personne ayant été victime , même il y a longtemps, a tant besoin d'être une fois au moins reconnue , comprise et soutenue ...
paradoxalement elle ne sait comment aller vers l'autre , réduire la distance ! elle est si vulnérable de réouvrir la plaie que souvent le mutisme l'emporte .
elle craint même souvent le rejet , le vivant tour à tour elle finit par ne plus croire à un partage possible , souffrant dans sa différence aussi a-t-elle peur d"'éclabousser" les autres de son vécu sordide , peur de déséqulibrer une fragile relation familiale par exemple , peur de n'être regardée qu'à travers ce prisme aussi !
et quels mots trouver , dans l'émotion , pour ce qui est inqualifiable ? et noué si fermement .
seule une profonde écoute un regard qui tient une douce empathie peut donner soulager et l'emporter sur la croyance que mieux vaut son silence !
Le soir de mon viol j'ai appellé ma meilleure amie , elle m'a dit "je ne veux pas entendre parler de ça c'est horrible" . blackout !
Il m'a fallu 10 ans pour oser le dire à nouveau et à mon plus proche amour ... là j'ai été reçue et ai beaucoup pleuré ! j'ai commencé une psychothérapie où je me sentais contenue peu à peu , mais sans jamais aborder le "sujet", j'ai déblayé pas mal de choses par contre et appris à être témoin de ma vie .
L'année de mon accouchement , sensibilisée j'essaie d'en parler à ma mère : elle ne va littéralement pas l'entendre !! ne rien me répondre et oublier .
20ans aprés l'agression , devant mes depressions répétées je cherche , je retourne ... je sens ma colère ravager mon foie , et mon âme sombrer . j'écris et ne confie ma détresse qu'à celle qui vit auprés de moi , mais qui sait si peu de quoi je souffre de quoi je voudrais parler ! je ne franchis que mal cet espace qui nous sépare .
5ans passe mon enfant grandit et j'explose : j'écris à ma mère . je lis le livre "panser l'impensable" je revis ! j'envoie ma lettre ... déflagration !! ma tension est au plus haut point , je l'attends tellement cette reconnaissance , que son amour enfin prenne sens . qql semaines infinies passent avant qu'elle vienne enfin me prendre dans ses bras , c'est de celà dont j'avais besoin ! génée elle pose peu de questions (oufff) elle est bouleversée , elle dit "tu sais moi aussi , c'est dingue j'ai tout mis de coté , je préfère" !!!
depuis tout a changé pour moi , j'arrive à l'aborder avec d'autres personnes . résultats ? une partie me fuit je pense et de toute façon ne me manque pas , une autre n'ose pas en savoir plus mais restent ?attentifs ; mais en gros c'est souvent un grand vent de silence qui suit l'"abordage" du sujet . je tâche de parler de moi . j'entreprend une autre thérapie pour travailler sur mes abus , alors j'apprends à faire confiance et vais mieux jour aprés jour .
Puis d'un coup j'ai réalisé que si j'étais survivante , il y en avait d'autres !! (aprés les soins primaires on regarde autour) et que pour que cette énergie , dont je m'occupe aujourd'hui au lieu qu'elle me détruise , continue à trouver vie et s'extérioriser se transformer et même servir(!) , j'ai décidé de me former un peu , pour monter un groupe de parole et de soin local . puis j'ai trouvé rayon :lol: et me voilà enfin dans l'échange (presque libre , par clavier interposé!)
J'ai été longue , dites ! j'aimerais bien savoir comment ça s'est passé pour vous aussi :idea:
Et bien, que de chemin parcouru !
C'est dingue comment la réaction d'une première personne importante à nos yeux peut avoir de si lourdes conséquences...
Heureusement que tu as trouvé des personnes qui ont pu accueillir cette douleur et t'accompagner.
Et quand on voit le nombre d'années à chaque fois pour à nouveau parler de ce passé, on comprend que le cheminement est long, très long et qu'il faut avoir beaucoup de patience avec soi.
Je crois que c'est sur le forum que j'ai trouvé cette sagesse chinoise qui m'a beaucoup plu :
"Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter".
Miraculée
Merci Miraculée de ce post,
et merci Kentaka de nous avoir fait partagé ce douloureux vécu, c'est sur que l'ensemble de la société y est pour beaucoup dans le silence que les victimes d'abus sexuels s'impose.
Je viendrais plus tard commenter ce post car là mes yeux se ferment, mais je voulais vous dire que je vous ai lu.
Laurine
Ca a dû être terrible et terrifiant Kentaka cette absence de réaction... mais celle de ta mère avait une explication. Oui le silence c'est ce que j'ai remarqué suite aux rares fois ou j'ai pu en parler. Ou la gêne. Si je racconte mon accident de voiture, ou une maladie les gens savent comment réagir. Pas face à un abus sexuel et encore moins dans l'enfance. Mais le silence parce que la gêne est là. La parole vient apres plusieurs jours voire mois, quelques questions prudentes, on me demande des explications car comment imaginer ? Une amie qui a subi un harcèlement sexuel au travail a été plus compréhensive que les autres. Je pense qu'il faut bien choisir les personnes à qui l'on racconte cela, pour éviter de se trouver face à de l'incompréhension c'est très douloureux ! merci Laurine de lancer le sujet, ça aide à comprendre qu'il ya un réel problème de fond : société, humanité?
on ne nous apprend pas à reconnaitre ni à gérer nos émotions , encore moins notre sensibilité à tous , trés peu mise en valeur !
comment avez vous un jour commencé à PARLER les uns les autres , qui êtes sur Rayon : dîtes nous ! et toi Miraculée ton expérience ?
Et bien, on avait commencé par en parler avec mon frère, au début on parlait de climat incestueux et puis il m'a raconté des souvenirs où il voyait ma mère faire des choses pas claires avec moi, tout ça s'est passé au même moment où j'ai eu des flash-backs, cauchemars...
et quand j'ai voulu le dire officiellement à mon père, je me suis rendue compte que ça avait déjà fait tout le tour de la famille et mon père disait que je racontais n'importe quoi, depuis on en n'a plus parlé.
Avant de lui en parler, j'en ai parlé à mes amis les plus proches, j'avais besoin de savoir s'ils resteraient mes amis en sachant ce qui m'est arrivé, et bien oui, ce sont toujours des amis pour moi à l'heure actuelle.
En ce qui concerne la famille, je ne vois plus du tout ma mère, mon père très rarement et mon frère aussi, depuis sa dernière hospitalisation.
C'est la famille du cœur qui compte !
Oui ! la famille du coeur , la "nouvelle famille" celle qu'on se choisit ...heureusement qu'elle est là , nourrit renforce anime notre présent :lol: !!
"ça avait déjà fait tout le tour de la famille " ah bon ?famille élargie tu veux dire ? ta parole a toi n'a donc pas été écoutée ou tu ne l'as pas déposée ? leur positionnement à eux c'est quoi en fait ...
Ce qui comptait pour moi c'était de le dire à mon père. Il a réagi en se protégeant : une mère qui se conduit comme ça avec sa fille le remet forcément en question dans son rôle de mari...et de père, puisqu'au fond il sentait bien que quelque chose n'allait pas chez elle, et en plus avec les hospitalisations de mon frère...la meilleure solution pour lui c'est que c'est moi qui déraille. Ce jour là on a eu une grosse engueulade er failli plus se voir. je sais qu'à la fin il m'a pris dans ses bras et m'a dit d'être heureuse.
Ca m'a beaucoup émue.
Depuis je le vois peu, et j'appréhende car je sais qu'il va lui répéter des choses qu'on s'est dites et je supporte pas l'idée qu'elle puisse encore savoir des choses sur ma vie, pour moi, elle n'en fait plus partie.
Je vais bientôt déjeuner avec mon père et j'avoue que j'appréhende.