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Témoignages de Victimes et de Proches => Témoignages de victimes visibles par tous => Discussion démarrée par: eric le Mars 15, 2011, 11:01:04 PM

Titre: un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: eric le Mars 15, 2011, 11:01:04 PM
une grande décéption amoureuse, une dépression, beaucoup d'alcool, pas mal de drogue douce, une nuit d'hiver glacée, c'est en rentrant seul dans un etat déplorable, ivre, abattu, triste du départ de la femme que j'aimai, que mon chemin a croisé celui d'un visage trouble, d'une silhouette armée d'une longue lame, courant vers moi, me saisissant d'un bras, me menaçant sous la gorge de l'autre, quelques coups de poing auxquelles je n'arrivais pas à riposter, un interrogatoire déstabilisant, puis l'ordre de se mettre nu, par -2°, sous la menace d'un couteau qui semblait si grand, je sens encore la pointe me piquer la joue, alors que a bout de force physique et morale, je me résiliai a exécuter ce que l'on me disait de faire, non sans mal, mais bel et bien pour pouvoir continuer a vivre. le viol a durer longtemps, a été très violent, les genoux à nu sur un béton gelé qui brûlait, des insultes, des menaces et des coups qui m'envoyaient au tapis, mais j'étais ivre, un homme certes, mais un homme ivre, épuisé, faible de sa santé mentale a ce moment, mort de froid, de peur aussi, un homme avec un couteau sous la gorge qui ne voulait pas mourir, pas comme ça. on m'a dit un millier de fois que ce type d'agression arrive à n'importe qui, un moment de malchance dans sa vie, je ne le croyais pas, je me suis senti durant plusieurs mois rabaissé, humilié, physiquement et psychologiquement, parce que dans ce genre d'affaire, c'est la victime qui s'en veut, un lourd sentiment de culpabilité, pourquoi me suis je mis dans un état alcoolique si déplorable, pourquoi je n'ai pas réagit, moi qui d'habitude n'ai peur de personne, est ce que je ne suis plus un homme ? suis je une personne faible ...
et puis vient le moment des premiers secours, l'ambulance des pompiers, les urgences avec son attente, les premiers examens ... de nos parties intimes, pour voir si l'on ne fabule pas, la trithérapie préventive, le proctologue  les interrogatoires et les relevés physiques de la police, dans un état de choc ou je ne comprend pas ce qu'il m'arrive, je crois encore qu'on va le retrouver, je ne me sens pas atteint et je plaisante avec les médecins, leur expliquant que je ne réalise pas ce qu'il se passe, je leur livre des détails, je parle sans arrêt sans trop savoir pourquoi, je multiplie les aller retour au commissariat, on me demandera de tout raconter dans les moindres détails, pendant plusieurs heures, les détails d'une histoire que j'ai vécu ivre mort, dans le froid et la nuit noire ... puis viendra le service de psychiatrie, 3 semaines sous la surveillance des soignants, a attendre que la police me dise on le tient ! 3 semaines avec ses envies de mourir incontrôlées, ou la vision d'un couteau qu'un copain m'avait apporté en cachette pour coupé un saucisson me donne un moyen d'en finir et de ne pas affronter la réalité, dans ces moment la mon reflex aura été de demander de l'aide aux infirmières, de parler, alors on raconte tout ce qui nous passe par la tête, au début, l'envie de pleurer est la mais les larmes ne sortent pas ..., et le temps quand à lui continue de s'écouler.
3 semaines plus tard, on me renverra chez mes parents, je prendrais quelques vacances durant lesquelles je casserais tout, meuble, vaisselles vitres ... ou toutes les larmes restées enfouies dans mon coeur se décideront a sortir, les premiers mois furent difficiles, autant pour moi que pour ma famille proche, ma petite soeur, mes parents, les seules au courant de mon histoire.
Et puis quelques mois après, alors que je me rétablissais du mieux que je pouvais, une convocation au commissariat, les premiers résultats d'analyse des éléments retrouvé sur place, une trace de sperme ... dans ma tête l'ADN de mon agresseur, jusqu'à ce qu'on me dise, monsieur, c'est le votre, il faut nous expliquer ... un flic costaud les bras serrés se tenait à côté de la policière qui menait mon interrogatoire, au cas ou je venais a mal prendre la nouvelle, alors le monde s'écroule, on tentera de me faire dire pendant une demi heure que je suis gay, que le cannabis mêlé à l'alcool provoque parfois des hallucinations, que je suis tout simplement atteint d'une déficience mentale, ou que si mes dire étaient vrais, que j'avais prit du plaisir a me faire violer, ou encore que j'avais besoin de faire parler de moi, puis on demandera a mes parents d'expliquer ce problème à leur tour, on leur demandera a eux aussi si leur fils est bien dans sa tête, s'il n'a pas de problèmes mentaux... alors j'ai répondu par la réponse qui me paraissait la plus logique, chez un homme, si vous sollicitez la prostate, alors peut être qu'une réaction telle qu'un écoulement de sperme peut arriver, " demandez l'avis d'un médecin je ne peux pas vous répondre autre chose que non, je n'ai pas prit de plaisir à me faire violer ", tout ca, les larmes à la gorge, a ca la policière se tournera vers son coéquipier qui d'un sourire absolument dégueulasse répondra, ah non chez moi ca fait pas ca ! la seule chose qu'il ont été capable de faire a été de me dire attention on prend note de votre menace lorsque j'ai dit " après une nouvelle pareille, j'ai plus qu'à me tuer ", alors la policière voyant au bout d'une demi heure, face à mes parents et à moi même, que je n'avais pas l'attitude d'un fou, d'un menteur, mais bien celle d'un abusé, me dira, pourquoi vous énervez vous, pourquoi vous mettez vous dans cet état, on ne remet pas votre parole en doute, et puis d'un large sourire, elle cloture le dossier, me disant qu'il sera classé parmi les plaintes contre X non résolues, et que l'on me recontactera en cas de nouveau. 1 an plus tard, je recevrai une convocation chez un expert psychiatre, à la demande du procureur, qui me lira les objectif de cette expertises, parmi lesquelles, vérifier l'authenticité des dires de la personne. Aujourd'hui, encore, je dois me présenter au psychiatre délégué à cette tâche pour la deuxième partie de l'expertise, mais je n'y vais pas, je fais le mort et n'y retourne pas en attendant une nouvelle convocation.
J'ai complètement changé ma vie, je me reconstruis jour après jour, j'essaies d'être plus fort que mon agresseur, plus fort qu'une justice capable de remettre les dires d'un homme qui demande de l'aide dans des circonstances très graves en question, faute de preuve; alors j'essaie de tourner la page, et demande a ces personnes de me laisser vivre en paix, puisqu'au final rien n'a abouti au moindre résultat. Je ne bois plus que très rarement,seulement parfois pour passer quelques bons moment entre amis, en sécurité chez moi, avec ma nouvelle compagne et mes amis, la ou je sais que je ne risque rien, je suis ressorti quelques fois pour m'amuser et reprendre le dessus, mais aujourd'hui me sentant bien dans les bras de ma compagne, je n'ai plus l'envie de traîner dans les bars, d'aller en boîte et de boire jusqu'à être malade de manière totalement inconsciente, c'est la différence, aujourd'hui, je suis aussi conscient du danger.
Je ne suis pas entièrement remis de cet évènement, mais j'ai avancé, parfois je passe encore de sales quart d'heure ou je crois que cette histoire ne me quittera jamais, mais j'arrive a vivre, à profiter, à rire, et même à faire l'amour sereinement. Je ne veux pas me rassurer en disant que le viol n'est pas une fatalité, jour après jour je le constate, au fil et a mesure que mon état s'améliore. Ce message j'ai envie de le dédié a un agresseur a qui je dirait simplement aujourd'hui qu'il ne m'a rien volé, je ne suis pas faible, j'ai une un moment de faiblesse dans ma vie, je l'ai croisé et il en a profité, alors à toi le pointeur qui croit ruiner la vie de ta victime je dis juste, tu es un lache, un profiteur, un faible qui se cache; vis ta vie de misère jusqu'au jour ou tu te feras arrêter, ou non, malheureusement pour les autres , moi je grandi, malgré le mal que tu m'as fait; parce que pendant que tu te caches, que tu subis les contraintes de ton visse, moi j'apprécie la suite de ma vie .

                                                                          Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort
Titre: Re : un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: intime idée le Mars 15, 2011, 11:12:54 PM
bonjour Eric. :)
Bravo et merci pour ce témoignage poignant :-[, mais aussi porteur d'espoir. :)
;)
Titre: Re : un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: Alexandra le Mars 16, 2011, 01:11:13 PM
Comment la police peut-elle pretendre est une forme de justice quand elle traite les victimes comme ca?! >:(
Quelle histoire terrible, mais quel courage aussi!
Titre: Re : un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: eric le Mars 16, 2011, 09:24:35 PM
Et de l'espoir c'est tellement important dans ces moments ... je trouve que trop peu de choses comme ce site que j'ai beaucoup apprécié sont présentes pour les personnes violées ou abusées, il y a un réel besoin, besoin de gens qui puissent nous dire que ca va bien se passer, qu'on ne fera pas d'un évènement auquel on a survécu une fatalité, et que l'on a toute la vie devant nous; l'agression laisse ses marques, des moments compliqués à gérer, plus ou moins fréquents, qui s'estompent un peu plus avec le temps, mais elle ne doit pas nous empêcher de vivre pleinement notre bonheur.
Je me souviens avoir dis quelques semaines après, mais j'y pense sans arrêt, le jour de mon mariage aussi une pensée envers lui viendra gâcher l'évènement ? depuis j'ai passé assez de bons moments pour savoir que le jour de mon mariage si je me marie, je ne verrais que la femme que j'aime, et surement pas un vieux souvenir déstabilisant. La vie peu être aussi belle qu'elle peu être dure, et ceux pour tout le monde qui sait saisir sa chance, voila mon point de vue, voila comment je me sors en douceur d'une épreuve difficile de la vie.
Titre: Re : un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: intime idée le Mars 17, 2011, 01:40:00 AM
Oui Eric,
Je confirme , et viens apporter moi aussi ma petite part d'espoir. :)
En effet le jour de mon mariage il n'y avait que ma femme ,nos invités, et moi, jamais il n'y eu de la place pour ces souvenirs. ::) 8)
;)
Titre: Re : un fait divers parmi tant d'autres
Posté par: Alexandra le Mars 17, 2011, 12:40:13 PM
Oui, l'espoir bien sur. C'est pour ca que j'ai cree ce site, pour donner de l'espoir aux personnes qui souffrent en ce moment et leur dire qu'il y a de l'espoir, qu'un jour ca ira mieux, que le passe ne sera plus que le passe, et non plus le present et le futur. Merci a toi de partager ton message d'espoir!
Titre: pas divers non c'est ton expérience !
Posté par: kentaka le Mars 20, 2011, 03:04:52 PM
Bon Jour Eric, j'imaginais , le souffle en suspend tout au long de tes mots dont je félicite la mise en forme, qu'un cinéaste pourrait faire un film notamment de la partie totalement absurde et sado avec la "prise en charge" policière et le suivi suspicieux psy qui déplace le problème (vous connaissez l'histoire de la patate chaude?!) au lieu de prendre la responsabilité de le porter... faire une recherche reconnaitre des faits graves et assumer s'il ne trouve pas c'est pas un drame (ça me fait penser au médecin qui n'arrive pas à soigner une maladie et le vivent comme un échec !). ce qui est le plus aberrant est le manque d'appui qu'alors tu as dû vivre comme une deuxième agression, celle-ci sociale. Un film qui dirait les exactions et l'impuissance humaine et la force des sentiments, sans jugement mais cash, choc, pour que les gens soit au fait de ce réel - et cesse de le mettre sous cape- qu'ils soient touchés par des/nos histoires vraies... Merci de la justesse de ce récit, il m'apporte et il m'importe de te savoir existant quelque part. Il n'est pas divers car tu es unique. Il est un plan, au milieu de ta vie si précieuse et qui comporte bien d'autres séquences. Bien sûr tu vas la surfer à plus soif maintenant. Boire de l'eau pure n'est ce pas... ;)
c'est possible de se reconstruire tu nous le dis
Titre: un besoin de vide
Posté par: eric le Mars 22, 2011, 09:57:29 PM
possible mais parfois si difficile, puisqu'en ce jour après avoir passer un quart d'heure les genoux dans les bras contre ma baignoire, à attendre que ma compagne vienne me réconforter ...
elle m'a dit doucement, arrêtes maintenant. Le seul moyen de lui dire combien je me sentais mal a été de lui répondre ... je peux pas arrêter, les larmes aux yeux.
et puis j'ai ajouté, ça n'est pas grave, c'est comme d'habitude, ça va passer ... alors elle m'a parler encore un peu, m'a demandé
de " vider ", sans trop que je comprenne vraiment de quoi elle me parlait, j'ai brièvement parler du fait que c'était toujours le même problème qui me faisait si mal. Je lui ai dit pour la énième fois, j'en ai marre, s'en est trop, j'analysais au fur et à mesure de mon angoisse ce qui me passait par la tête, la démotivation de tout, la sensation de me battre chaque jour pour arriver a vivre sans que ma vie ne tourne qu'autour de tout ça, la difficulté a devenir  une personne normal, dans ma tête, puisque pour les autres mon apparence joviale fait de moi une personne sans soucis, ce qui est aussi le cas puisque je m'éclate avec mes amis, dans mon travail etc  ...mais l'angoisse sur le coup nous fait oublier çà, le malaise aggrave et amplifie la douleur, nous invente même parfois une vie de dépression à cent pour cent ... bien que ca ne soit pas le cas, alors j'ai vomi comme ça pendant quelques minutes ...
et puis à un moment donné , une envie de gâteaux au chocolat! en disant ça, mon sourire est revenu, et en me voyant prît d'un sentiment de réconfort, le sourire aux lèvres et ma chérie près de moi, je me suis relevé, j'ai prît de la monnaie et je suis allé chercher des tartelettes au chocolat chez l'épicier du coin ...
Mon angoisse était encore la, le fait de manger m'a un peu défouler, mais j'ai du appeler un proche, lui crier toute ma haine envers la justice, la police inefficace qui ne cesse de me relancer pour leurs expertises à mes yeux si inutiles ... comment j'allais dire ma vérité aux personnes qui m'avaient posé tant de problèmes ... tout ça dans la colère.
et puis petit à petit au fils des minutes, mon malaise est passé pour de bon, de la même manière qu'il est venu. Alors je suis venu partagé mon expérience du jour ici même, par besoin de parler encore un peu, maintenant je souris, et je me sens capable à nouveau de dire, je vais m'en sortir et vivre la vie que j'aurais choisi;
les maux reviennent comme çà parfois sans raison apparentes, et puis ils s'en vont ... il y a un an, je passais mes journées dans le malaise, quelques mois après ils revenaient juste une fois dans la journée, maintenant c'est simplement parce que cela fait trop longtemps que je n'ai pas prît le temps de " vider " ... alors maintenant a la fin de ce message, je dirais simplement ... le mal est passé, une clope et une bonne série télé  et il sera oublié ... la vie continue... tout rentre dans l'ordre en espérant que la prochaine fois sera la plus lointaine possible.