Un texte de Mahmoud Darwich que je veux partager avec vous ( avec Marmotte, avec Intim Carpe et vous autres, si la poésie vous dit ) depuis cet été :
"Tu diras : non. Tu déchireras les mots et le fleuve indolent, tu annonceras les mauvais jours et disparaîtras sous les ombrages.
Non au théâtre du verbe. Non aux limites de ce rêve. Non à l'impossible.
Tu viens dans des villes et tu repars. Tu donnes à l'ombre le nom des villages. Tu mets en garde les pauvres contre la parole de l'écho et des prophètes. Tu pars... pars et le poème se tient derrière cette mer, derrière le passé. Tu expliques une obsession, viennent alors les gardiens du vide, impuissants, tombés de la rhétorique et des tambours.
Pour ton chant, le ciel de l'eau s'est brisé. Un bûcheron, une amante et le matin s'ouvre sur le lieu. Les mots perpétuent un oubli marié à mille massacre.
Les pauvres viendront à toi. Tu n'as pas de pain, pas d'invocation qui sauve le blé menacé de sécheresse.Tu dis quelques mots sur la colère qui a marié les épis aux glaives.Quelques mots sur le fleuve caché dans les capes de femmes venues de l'automne. Ils rient et s'en vont, laissant la porte ouverte à la perplexité des champs.
Pour ton chant, les yeux des amantes se sont agrandis.Oui, tu nommes les mèches de blé, patrie; le bleuité de la mer, patrie. Oui, tu nommes la terre, dame d'oubli puis tu t'endors, seul. Entre l'odeur des ombrages et ton coeur disparu sur le long chemin.
Une étudiante dira : à quoi sert le poème ?
" Le poète extrait fleurs et poudre de deux mots quand les ouvriers ploient sous fleurs et poudre de deux guerres. A quoi sert le poème au midi sous les ombrages ?
Tu seras un aigle de fournaise et les pays, ton espace bleu marine. Tu demanderas : "T'ai-je nui, ô mon peuple ?" Les flancs des montagnes se briseront sur l'aile de l'aigle. L'aile de l'aigle se consume à la vapeur de la terre. Tu t'élèves, te poses, t'élèves encore et entres dans les torrents.
Tu passes, célébration, par tous les commencements. "T'ai-je nui, ô mon temps ?" Tu chantes le vert étendu entre deux mains desséchées.
Tu entres dans une rose et tu cries: Qu'est cette cohue ?
Tu mourras seul. Les mers t'abandonneront sur leur rivage, solitaires comme les galets. Les bibliothèques, les dames, les rues les chansons et les villes te fuiront. Les pays s'enfuiront de ta main qui a créé des terres pour le roucoulement.
Tu mourras seul. Les volcans et le désir t'abandonneront et la joie qui te jetait aux poissons, les interrogations, la connivence entre chanson et geôlier, le hennissement t'abandonnera.
On enterrera les parfums après toi. On décernera ton joug aux roses. On condamnera à mort la rose abandonnée. On mettra le feu aux mots après toi. On volera l'eau aux herbes de ta peau.
Et tu dis : Non, au théâtre du verbe.
Non, aux limites de ce rêve.
Non, à l'impossible. "
ps : 'faut pas croire que je comprenne, mais j'adore ! :D ;)
C'est un bien joli texte...
Plein d'images tellement réelles...
Finalement un texte dans lequel nous pouvons retrouver certaines situations, certaines expériences, certains passés toujours présents...
Merci de ce partage, Kentaka, toujours là pour trouver les bons mots ;)
Gros bisous :-*
Oui c'est beau, plein de sens et d'interprétations possibles. ::)
ça m'inspire plein de choses, la beauté mais aussi la violence des mots, la vie...
ça a un coté révolutionnaire, la guerre, les charniers, l'horreur, le sang, la poussière, la terre, la fumée, les odeurs, la chaleur, les brasiers, la sueur, la peur, la douleur, les noeuds dans le ventre... :-X Trop de souvenirs qui se bousculent dans ma tête...
Terrible salaire parfois nécessaire pour l'espoir d'une vie paisible sur ce petit bout de terre que nous devons partager... Pour une idée, pour une envie de liberté... Pour découvrir la fragilité, la vrai valeur de sa vie...
:-* :-*
Il y a ça aussi dont une partie va si bien ici:
Citation"Nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir. Espoir de libération et d'indépendance. Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir. "
Ou encore:
Citation"Sans doute avons-nous besoin aujourd'hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée et de notre capacité à poursuivre l'un des plus beaux rêves de l'humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras le corps, de l'ouverture au monde partagé et de la quête de l'essence. "
Merci ;) :-*
Citation de: kentaka le Octobre 10, 2011, 07:58:52 PM
ps : 'faut pas croire que je comprenne, mais j'adore ! :D ;)
:) tu me rassures ! c'est très beau. Ses phrases sont comme des chants à plusieurs voix, je ne comprends pas l'ensemble de la phrase, mais des mots trouvent un écho..... (EEeuuuuuuuuh désolée je suis fatiguée)
Merci de nous faire partager