S'accueillir avec amour et compassion, c'est avoir envers soi les regards, les ressentis, les mots, l'attitude que nous aurions envers quelqu'un qui vivrait une situation semblable à la nôtre. La compassion n'est pas quelque chose qui se mérite, c'est une transformation du regard que l'on porte sur soi et sur l'autre dans le respect et la liberté. La compassion est caractérisée par la capacité d'observer un évènement sans le juger. Elle se définie aussi comme des qualités de pensées, de sentiments, d'émotions. La pensée sans attachement au résultat de l'évènement. Le sentiment sans la distorsion du préjugé et du conditionnement. L'émotion sans la charge de la polarité.
La compassion se vit 1) dans le fait d'être concerné, interpellé par le sort de l'autre 2) dans le fait d'accorder à l'autre le respect, la considération due à une personne importante 3) dans le fait de ressentir une communion avec l'autre, et 4) dans le fait de chercher à comprendre, à entrer en empathie à travers le partage, l'intuition et l'imagination. La compassion, c'est une qualité de présence à la souffrance de l'autre, une qualité de regard, une ouverture du coeur. Il s'agit donc d'apprendre à se donner à soi-même cette écoute, cette ouverture de coeur, cet accueil, ces signes de reconnaissance, à reconnaître ce que l'on fait de bien et à pouvoir s'apprécier sans fausse modestie. Il s'agit aussi de percevoir les signes de reconnaissance que nous envoient les autres et de pouvoir les accepter avec amabilité ou, parfois, de les rejeter s'ils ne nous conviennent pas.
Selon Rubin, ce qui nous permet de nous aider vraiment, peu importe ce que nous vivons, c'est d'éprouver de la compassion envers soi-même. Cela veut dire de vivre en harmonie avec soi-même, de toujours se pardonner ses fautes, de ne jamais se condamner, même lorsqu'on cherche à remédier à de mauvaises actions que l'on a faites. Cela veut dire une loyauté absolue et constante envers soi-même. Cela veut dire de ne jamais céder ou s'allier à un ennemi, de s'opposer à la haine tournée contre soi chaque fois qu'on la dépiste et quelle que soit la forme qu'elle emprunte : qu'elle prenne la forme de doutes, de récriminations, de dépressions, de dénigrement de soi, de fausseté, de maladies psychosomatiques, du suicide, « d'amitiés » avec ceux qui sont, en réalité, des détracteurs ou de toutes activités humaines que l'on juge dangereuses. Lorsqu'on éprouve envers soi-même de la bonté et de la compassion, l'on se permet alors d'éprouver toute la gamme des sentiments (colère, amour, amitié, jalousie, envie, rage, désir de vengeance, l'esprit de possession, la peur, le désir, la joie, la peine, la dépression, l'extase, le ravissement, et d'innombrables « cocktails » plus ou moins subtils de sentiments) et à les accepter sans les juger ou les ridiculiser. On peut aussi jeter un regard en arrière, sur quelque aspect de sa vie, en les considérant avec compréhension et non pas avec ridicule, embarras ou haine.
L'attitude et la pratique de la compassion envers soi et les autres émanent du Soi, c'est-à-dire de « l'image du divin en nous » qui nous permet d'éliminer progressivement nos peurs, de devenir plus libérés des contraintes liées à l'opinion de l'entourage ou de la culture, de nous laisser guider par les intuitions, la sagesse, l'éveil et l'attention. Lorsqu'une personne vit et agit à partir de son Soi, elle peut lâcher prise de ses jugements, de la compétition, de ses contraintes, elle n'a plus à porter de masque social. Son coeur est ouvert et elle devient capable de ressentis et d'actions qui semblent parfois impossible aux communs des mortels. Devenir un être compatissant consiste à ouvrir son coeur et son esprit à son existence et à celle des autres, à souhaiter que nous trouvions un chemin de vie qui nous conduira à s'accepter, à s'aimer et à accepter les autres, qui nous conduira peut-être au bonheur, à ce qui pour nous constitue le bonheur et non pas à ce que nous considérons comme étant le bonheur. Avoir un regard de compassion sur le monde et sur les êtres humains, c'est aussi accepter que ce monde n'est pas parfait parce qu'il est peuplé d'humains qui sont loin d'être parfaits.
Selon Thomas d'Ansembourg, nous ne pouvons adéquatement être à l'écoute des besoins de autres si nous ne prenons jamais un instant pour écouter et comprendre les nôtres, nous ne pouvons prendre adéquatement soin des autres si nous ne sommes pas capables de prendre adéquatement soins de nous, nous ne pouvons apporter notre respect et notre bienveillance à l'autre dans sa diversité et jusque dans ses contradictions si nous ne nous portons pas à nous même le respect et la bienveillance, et que nous ne supportons pas nos propres contradictions.
Source : Revue Délivrance - Québec - Hiver 2009