Je suis des deux cotés de la barrière. A la fois victime et plus ou moins proches de victimes trop nombreuses
Si vous lisez ce message, c'est que vous aimeriez que cette victime s'en sorte, qu'il s'agisse de votre conjoint(e) de votre fils, de votre fille, de votre frère, de votre sœur, d'un(e) ami(e) ... C'est probablement que vos intentions sont louables. Mais il y a une ENORME différence entre INTENTIONS et RESULTAT
S'il est vrai que vous devez lui montrer qu'il ou qu'elle peut se tourner vers vous à n'importe quel moment, il ne faut pas non plus le ou la forcer à le faire. Il se peut qu'il ou qu'elle sente à tort ou à raison que vous n'êtes pas prêt à accepter ce qu'il ou elle aurait à dire. Il se peut qu'il ou qu'elle ait peur à tort ou à raison que cela change votre conception de lui ou d'elle, votre manière de le ou de la considérer. Et même avec la meilleur volonté du monde, il y a des choses que jamais vous ne pourrez comprendre. Il y a des choses qu'il ou qu'elle a besoin de dire sans en être capable, et qu'il ou elle ne pourra arriver à dire qu'à une autre victime par exemple, car cette autre victime comprendra, et ajoutera les morceaux de phrases, les mots qu'il ou qu'elle est incapable de dire, et que par ce jeu de construction, il ou elle arrive à dire ce qu'il ou elle voulait dire.
Il ne faut pas prendre mal le fait que ce ne soit pas à vous qu'elle décide de confier certaines choses (même si vous vous estimez le mieux placé pour en parler). En faire une histoire de jalousie est la pire des choses à faire. Essayer de contrôler ce qu'il ou ce qu'elle dit et à qui il ou elle le dit est une catastrophe aussi. Ne le prenez pas mal, mais en agissant ainsi vous vous comportez d'une manière très proche des agresseurs. Le résultat n'est qu'un accroissement du sentiment d'insécurité de la victime, qui se repliera davantage sur soi. Etre là réellement là pour lui ou pour elle est le plus important. Même si pour des raisons diverses que vous ne comprenez pas il ou elle ne s'ouvrira peut être jamais à vous. En le ou la dissuadant de parler à d'autres qui protégez vous ? lui ou elle ? ou plutôt vous même ? A plusieurs reprises mes proches m'ont posé la question "tu ne lui en a pas parlé au moins ?" ... Dans certains cas la vraie réponse était "oui", mais face à une telle question je savais que je devais répondre "non". Empêcher la victime de s'exprimer à qui elle veut, et de la manière qu'elle veut, ne fait que lui dire "ce que tu as vécu est honteux, personne ne doit savoir". Ne vivez pas le fait qu'il ou qu'elle ait choisi de s'exprimer à quelqu'un d'autre et pas à vous comme une trahison. Ce n'est pas le cas... Ne pensez pas qu'il ou qu'elle doit en parler à vous et au psy, point final (Les psy trop souvent ne comprennent rien) ... Et si tel est votre raisonnement alors c'est que vous non plus vous ne comprenez rien.
Songez aussi que vos paroles aussi rassurantes et déculpabilisantes soient elles n'auront jamais autant d'impact que les mêmes paroles venant d'une source externe. Les psy sont payés pour cela, donc ce qu'ils disent n'a pas beaucoup de valeur. Ce que vous dites peut être vu comme simplement l'expression de ce qu'il ou qu'elle veut entendre. Par exemple, j'ai commis l'erreur de confier certaines choses une personne que je pensais à tort être mon ami. Cette personne a eu l'air de s'intéresser réellement, de chercher à comprendre. Puis quelques mois après le verdict est tombé. Je racontais n'importe quoi... En plein désespoir j'ai contacté toutes les rares personnes plus proche à qui j'en avais vaguement parlé. Leur réponse unanime : "on te crois"... Mais soudain, le doute est revenu : ils m'avaient probablement dit ce que j'avais envie d'entendre. Sans un coup de téléphone au bon moment, j'aurais fait une tentative de suicide.
Le psy répétera sans doute souvent, ce n'était pas de sa faute. Vous lui répéterez sans doute souvent le même genre de chose. Mais on fond d'elle la victime se dit "ils ne comprennent rien". Les échanges avec des personnes qui ont connu hélas le même genre de situation est nécessaire, car l'argument "ils ne comprennent rien" ne marche plus : Cette victime là comprend, car elle s'est trouvée dans la même situation que moi (à quelques détails près). Face à certaines choses plus abdominales encore l'expression "cette victime là" est important. Car toutes les victimes ne se sont pas trouvées confrontées à de telles choses. Parmi toutes les victimes, seule une poignée peut comprendre réellement certaines choses.
Ne prétendez pas que vous comprenez. Ce n'est pas le cas. En disant, je comprend, vous lui prouvez en réalité le contraire. Préférez des expressions comme, je sais que je ne peux pas comprendre pleinement. Je ne peux que m'imaginer un petit peu ce que tu peux ressentir. Je me doute que ta peine dépasse de loin ce que je peux imaginer. Mais si je ne peux comprendre, je peux au moins essayer de partager un peu de ta peine.
Ne faites pas semblant de le ou la croire. On peut aller loin dans le mal, au delà de votre imagination. Cela ne signifie pas que c'est faux. Croyez le ou la réellement. Le moindre doute sera perçu... Et sera destructeur... Alors évidemment après il ou elle se confiera beaucoup moins à vous, voire plus du tout.
Ne faites pas de promesses sans les tenir
Ne décidez rien à sa place, ne cherchez pas à contrôler sa vie
Il ou elle se confira peut être parfois à la mauvaise personne... Soyez là présent, pour ramasser les morceaux face au sentiment de trahison qui apparaitra alors. Remettez vous aussi en question : Et si la mauvaise personne c'était moi ? J'ai parlé de quelques trucs à cette personnes que je croyais être classable en tant qu'ami, à mon père, à ma mère, à mon frère ... Quelques exemples de personnes à qui je n'aurais pas du parler ou à qui je ne dois surtout plus rien dire. Des proches qui ne sont pas les bonnes personnes à qui parler.
Merci pour cette analyse,
ces bons conseils :)...
Malgré mon absence d'expérience personnelle avec les psy,
je serais malgré tout moins catégorique à leurs égards,
il faut sans doute en faire quelques un(e) pour trouver celui ou celle qui nous correspond le mieux,
parfois, dans la campagne profonde, ils sont loin aussi et certains médecins généralistes peuvent alors être une bonne écoute et conseiller pour trouver l'aide la plus proche ou la mieux adaptée...
Pour les proches être présent, a l'écoute oui, surtout ne pas poser de doutes même si parfois tout ça dépasse de loin ce qu'on est prêt à entendre ou imaginer...
Ne pas s'offusquer non, si la victime se tourne vers un autre confident,
mais aussi être vigilent face au choix de cette personne ???
J'ai malheureusement connu de rares cas ou des confidents ont retourné ces récits contre les victimes, le confident devra donc être une personne équilibrée, et les proches seront de bons soutiens indirects en s'en assurant autant que possible...
Les statistiques et écrits sur le sujet sont tous unanimes aussi, pour dire que plus tôt la victime cassera le silence et partagera ses tourments, plus rapide et efficace sera la "convalescence"...
C'est pour ça qu'il est si important de casser ces tabous et d'accompagner la victime vers le plus de soutien possible afin que le travail démarre au plus vite et le plus efficacement possible...
Elle sélectionnera d'elle même assez rapidement parmi différents moyens celui ou ceux qui lui conviennent le mieux...
Depuis que je viens ici, j'en reviens toujours aux mêmes conclusions, il faut briser le silence...
Que ce soit avant, pendant, ou après,
en parler est toujours la meilleure clé pour tenter de l'éviter, de s'en sortir, ou de s'en remettre...
Bonne nuit.
CitationJ'ai malheureusement connu de rares cas ou des confidents ont retourné ces récits contre les victimes
Oui, Hélas la confiance n'est pas toujours bien placée ... C'est un peu ce que je sous entendais en parlant de "ramasser les morceaux" après la trahison. Car malgré toute la prudence manifestée, parfois une confidence se paye hélas au prix fort. Je ne suis pas certain par contre que ce soit si rare que cela à moins que tu ne pense qu'aux cas où les conséquences sont catastrophiques ...
Je trouve que ce sont des bons conseils moi aussi.
Je pense qu'un psy peut etre la premiere etape pour dire ce qu'il leur est arrive et leur donne le courage d'en parler plus avec d'autres personnes.
Accepter de ne pas comprendre et surtout ne JAMAIS dire quelque chose comme "c'etait il y a 20 ans, remets-toi en, laisse le passe au passe, etc." parce que malheureusement la douleur est souvent comme si c'etait arrive hier.
Personnellement, le silence ou une reponse tres neutre a la place d'une vrai reponse est tres difficile a vivre parce qu'on ne sait pas si la personne comprends un petit peu ou pas. Ca m'est arrive d'envoyer un e-mail avec un rapport sur mon passe et de ne jamais recevoir de reponse ou la personne ne parlait pas du tout de ce que je venais d'ecrire mais d'un autre sujet banal.
Eviter le sujet par peur de rappeler la douleur a la victime n'est souvent pas ce dont la victime a besoin. Si la victime a partage, c'est qu'elle a besoin d'en parle et de toute maniere la douleur est deja la, en parler aide.