Bonjour,
tout d'abord, permettez-moi de vous remercier pour l'existence de ce forum. Ne serait-ce qu'écrire ce que je ressens me permettra d'aller mieux. Mais j'ai besoin d'aide, de conseils.
Je vais essayer d'expliquer et de synthétiser tout ce qu'il arrive dans ma vie en ce moment.
J'ai rencontré mi-juin une femme dont je suis profondément amoureux aujourd'hui. C'est aussi son cas. J'ai 26 ans et elle en a 21, ce ne sont pas nos premières relations: c'est un amour stable et sincère depuis quelques mois. Nous étions accrochés l'un à l'autre dès les premiers moments de la relation, et nous avons énormément échangé, bien que par téléphone car nous n'habitons pas la même ville.
Lors de ces échanges téléphoniques, elle m'a confié très vite après notre rencontre avoir été victime d'un abus sexuel de la part d'un de ses anciens copains. Alors âgée de 18 ans, elle n'en n'avait pas pris conscience à l'époque. La manière dont elle en parlait montrait qu'elle était bien évidemment encore en train de chercher des réponses, d'essayer de comprendre quoi, comment et pourquoi tout cela s'est passé. Elle n'en avait jamais parlé à quiconque d'autre. Ni ses meilleures amies, ni ses parents et encore moins à la police/justice.
Elle a ensuite réussi à quitter cet ancien copain qui est une personne violente et qui a fini par la tromper, mais n'a subit depuis que des échecs amoureux, entre autre avec son ancien meilleur ami qui l'a également trompée au bout de quelques mois de relation. Cela va sans dire qu'elle en est sortie avec une confiance à zéro, et complètement détruite.
Ce secret qu'elle m'a confié, je l'ai accepté, je l'ai analysé avec elle, j'avais peur des mots que j'employais car je savais l'équilibre fragile. C'est un poids très lourd à porter dans un couple, encore plus à l'aube d'une nouvelle et belle relation. On en a parlé le premier mois et on a fini, assez naturellement et de son fait, par le mettre de côté.
Les trois mois qui ont suivis ont été très beaux et nous ne l'avons plus évoqué. Entre temps, elle a du partir dans une nouvelle ville, un nouveau pays même, pour y faire ses études. Nous nous voyons encore moins souvent (je dirais un week-end sur 3) et la situation a commencé à se dégrader. A demi-mots, elle m'a avouée qu'elle avait souvent des crises de panique, des cauchemars, une envie de rester seule, qui étaient liés à ce traumatisme.
Elle a l'air complètement perdue et son comportement a changé du tout au tout. Je ne la reconnais plus. Parmi les choses notables, elle a par exemple exprimé l'envie que je ne vienne pas la voir dans sa nouvelle ville un week-end que nous avions convenu au préalable, car elle s'y sentait comme dans un cocon, une carapace, qui ne devait pas être pénétré par quelconque élément extérieur de sa "vie d'avant" (moi y compris). Elle m'a expliqué qu'elle regrettait amèrement de m'avoir mis dans la confidence car elle avait besoin de ce temps seule pour "passer au dessus", "mettre les choses derrière" et ensuite "redevenir elle même", et que le fait d'être en couple (et donc passer beaucoup de temps sur son téléphone à cause de la distance) l'en empêchait.
J'ai tout essayé. D'être loin, d'être proche, de donner des conseils, d'écouter, de la guider, de lui envoyer de quoi s'informer et lire, de la prier de s'écouter et de faire ce dont elle a envie; elle m'a un jour dit qu'elle voulait en parler à sa mère mais qu'elle ne le ferait pas car cela briserait cette dernière (de ne pas avoir vu ce qu'il se passait à l'époque). Il n'y a rien à faire. Elle reste seule, ne paraît pas déterminée à chercher de l'aide, et, au quotidien, notre relation en souffre et se dégrade. Aujourd'hui, elle m'a demandé d'essayer de couper les contacts avec elle pendant une semaine, pour voir, voir si elle pouvait avancer plus vite sans se soucier de m'écrire ou d'être la pour moi.
Je sais qu'elle en souffre énormément, et bien évidemment j'en souffre aussi. Je suis à la recherche de conseils, d'une aide, pour savoir comment me comporter, quoi faire, pour sauver les meubles. Lui permettre d'avancer, sauver notre couple.
Je vous remercie d'avance
Bienvenu Ernae,
c'est tout à ton honneur d'être là pour ton Amie 8).
Ce n'est pas facile de te répondre,
car il n'y a malheureusement pas de baguette magique pour les victimes de viol ou d'abus,
les séquelles psychologiques sont souvent les mêmes...
Honte profonde, peur des autres, rejet de son corps, de la sexualité totale ou partielle,
absence de confiance et d'amour propre, difficultés à avoir confiance en soi comme en l'autre...
La liste est souvent très longue :P...
Il y a des périodes ou tout remonte en soi, avec des flash-bask, cauchemars, crises de paniques aiguës qui peuvent rendre toute vie commune ou sociale, impossible...
Ton Amie a Vraiment besoin d'aide,
mais malheureusement en dehors de te montrer très très très patient, doux, et compréhensif avec elle,
tu ne pourras pas grand chose...
Il faudrait vraiment qu'elle consulte,
différentes thérapies existent avec plus ou moins de résultats,
et surtout plus ou moins rapides...
Ça peut prendre des mois, des années,
parfois malheureusement toute une vie...
Je ne veux pas te décourager en t'écrivant ça,
mais je préfère être franc car bien souvent les conjoints imaginent qu'il suffit de tourner la page et composer ça au passé...
En fait non,
il faut apprendre à vivre avec,
et avec toutes les fragilités qui en découlent,
parfois c'est possible et parfois pas du tout,
le plus souvent ça fait des vagues comme l'océan,
avec des périodes de mieux et d'autres :'(....
Un parfum, un mot, un geste, un bruit,
peut en une fraction de seconde réveiller tous les démons qui une minute avant étaient aux oubliettes....
L'aide la plus efficace que tu peux lui donner dans l'immédiat, c'est de l'aider à en parler à un généraliste qui pourra lui donner des adresses de confrères spécialisés, ou de groupes de paroles, ou d'une association qui pourra aussi lui apporter du soutien...
Lui donner un lien vers ici aussi, qu'elle ait la force de témoigner ou non peu importe, en lisant les autres elle se comprendra mieux, se sentira moins seule, et surtout arrêtera de penser qu'elle est peut être en train de devenir folle... ???
L'accompagner dans cette démarche, l'aider à trouver la force d'en parler, l'entourer sans l'étouffer, respecter ses fragilités...
Tu n'es pas le premier conjoint à venir là, certains se sont accrochés désespérément très longtemps avec la force des sentiments comme moteur...
C'est un vrai défi de vie si elle n'a commencé aucune thérapie, ce sera long et plus la période entre les abus et la thérapie augmente, plus la thérapie sera longue, presque tous les écrits de psy se rejoignent sur ce point...
Pour ses parents c'est assez classique de vouloir les préserver aussi, et finalement c'est avec du recul plutôt judicieux, inutile d'ajouter leurs souffrances à la sienne...
J'espère ne pas t'avoir complètement dégoutté d'une situation qui la dépasse,
et dont il ne faut surtout pas lui tenir rigueur...
J'espère que tu trouveras les mots pour qu'elle s'occupe des ses maux...
Je vous souhaite courage à tous les deux...
Merci d'être venu ici pour elle,
et si tu as d'autres questions n'hésites pas à revenir,
les proches des victimes ont bien évidemment leurs places sur ce forum...