Dans Le Consentement (éditions Grasset), à paraître jeudi 2 janvier, l'éditrice Vanessa Springora raconte sa relation sous emprise avec l'écrivain Gabriel Matzneff lorsqu'elle était mineure.
"A quatorze ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche, à l'heure du goûter", y écrit-elle notamment.
Le livre remet sur le devant de la scène les pratiques pédophiles d'un écrivain, dont les agissements, assumés et revendiqués dans certains de ses ouvrages, comme Les Moins de seize ans (1974), ont été regardés avec complaisance à l'époque. Son passage, en 1990, sur le plateau d'"Apostrophes" le montre bien : seule la romancière canadienne Denise Bombardier se désole que "la littérature sert d'alibi à ce genre de confidences". Aujourd'hui, l'affaire, qui n'aura pas de suite judiciaire parce que les faits dénoncés sont prescrits, embarrasse le monde littéraire, dans lequel l'écrivain conserve quelques soutiens.
Je suis éloignée de tout ce qui se passe en France et je n'ai rien entendu de cette histoire. Chaque histoire partagée aide à briser les tabous et à aider les autres victimes. Sans commentaire pour l'écrivain pédophile, une honte que le status protège toujours certaines personnes :'(
Oui comme Polanski, le violeur pédophile acclamé par les foules.
Ce qui me sidère encore plus c'est la réaction de Matzneff à la sortie de ce livre,
il se disait choqué que Vanessa ait fait un livre méchant et critique envers lui...
Il se pense donc encore comme un mec merveilleux qui initiait les jeunes aux plaisirs... >:(
Ils sont ou les smileys qui vomissent ou tombent dans les pommes ???
"Depuis tant d'années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu'au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence: prendre le chasseur à son propre piège, l'enfermer dans un livre" écrit Vanessa Springora en préambule de son premier roman.
Le délais de prescription était passé en plus pour elle :-\,
c'est le seul retour de bâton qu'elle pouvait encore lui envoyer,
l'arroseur arrosé ::)...
Ça ne compensera pas le mal qu'il a fait, mais c'est mieux que rien,
en plus l'écriture restait un bon moyen thérapeutique pour elle aussi...
oui je trouve qu'elle a fini par avoir une réaction intelligente.
Extraits et résumé du livre :
Elle aurait pu rester anonyme. Mais Vanessa Springora a décidé de prendre "le chasseur à son propre piège" en racontant sa relation sous emprise, à 14 ans, avec Gabriel Matzneff, l'écrivain amateur de jeunes filles.
Trente ans après les faits, cette éditrice de 47 ans a voulu l'"enfermer dans un livre", "Le Consentement", qui sort jeudi chez Grasset.
Elle est la première à témoigner parmi les adolescentes séduites par l'auteur longtemps fêté par le milieu littéraire, aujourd'hui âgé de 83 ans.
Nommée récemment directrice des Éditions Julliard, elle est née en 1972, d'un mariage qui ressemblait à "une guerre sans fin". Elle se rappelle dans son livre un père comme un "courant d'air" qui après le divorce ne refera plus que de brèves apparitions dans sa vie d'enfant.- "Besoin d'être regardée" -
"Un père aux abonnés absents", "un goût prononcé pour la lecture", "une certaine précocité sexuelle" et "un immense besoin d'être regardée": c'est dans cet état d'esprit qu'elle rencontre Matzneff, à l'âge de 13 ans.
Sa mère la traîne dans un dîner à Paris où sont invitées des personnalités du monde littéraire, dont ce "bel homme" à la calvitie "qui lui donne un air de bonze" et à la "présence cosmique".
Elle confond le sourire de l'homme presque quinquagénaire avec "un sourire paternel" et mord à l'hameçon. "G.M." la guette dans la rue, l'attend près de l'entrée de l'école. Elle se dit "transie d'amour", avec "le sentiment de commettre une immense transgression".
"Il se vante de son expérience, du savoir-faire avec lequel il est toujours parvenu à ôter leur virginité aux très jeunes filles, sans jamais les faire souffrir".
Il lui parle de l'initiation sexuelle de jeunes personnes sous l'Antiquité, du poète Edgar Allan Poe qui a épousé sa cousine de 13 ans et "peste contre ces Américains (...) qui ont persécuté ce pauvre Roman Polanski..."
Springora refuse de se séparer de celui qui l'a changé en "déesse". "Plutôt mourir", répond-elle à sa mère qui finit par s'accommoder de la présence de Matzneff.- "Existence gâchée" -
"Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente six ans son aîné?" Elle tardera beaucoup à savoir que la question est "mal posée dès le départ. Ce n'est pas mon attirance à moi qu'il fallait interroger mais la sienne".
Elle est sa "belle écolière" et ce n'est qu'un an plus tard qu'elle découvre que ses livres sont "peuplés d'autres Lolita de 15 ans" mais aussi de garçons, qu'il "préfère imberbes, 12 ans, maximum".
"Il était bien ce qu'on apprend à redouter dès l'enfance: un ogre".
Dans un rare moment de confidence, il lui confie qu'un proche de la famille l'a "initié" lui-même à 13 ans.
Naît alors chez elle un "sentiment profond d'une existence gâchée avant d'avoir été vécue". Elle en veut à sa mère qui ne l'a pas assez protégée et, rétrospectivement, à une époque jugée trop "complaisante".
Alors que Matzneff est convoqué à plusieurs reprises par la Brigade des mineurs à la suite de lettres anonymes --sans être pour autant inquiété--, elle ressent une "culpabilité constante" et s'absente fréquemment de l'école.
"A quatorze ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposé vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l'heure du goûter".
Lucide, elle affirme s'être débattue pendant de longues années avec la notion de victime, "incapable de m'y reconnaître".
Après des études de lettres modernes, elle débute sa carrière comme réalisatrice-auteure avant de devenir éditrice. Mais c'est l'octroi en 2013 du prix Renaudot à Matzneff qui la pousse à l'écriture.
"J'ai commencé à écrire bien avant l'affaire Weinstein", affirmait-elle dans une interview à L'Obs. Elle est contre la censure des livres de Matzneff, "le marqueur d'une époque", mais pour l'inclusion d'un avertissement rappelant que les faits décrits sont condamnables.
Surprise qu'aucune autre fille n'ait parlé, elle dit toutefois comprendre. "Il est extrêmement difficile de se défaire d'une telle emprise", dit-elle dans le livre.
Merci anayl,
Ce résumé et ces extraits nous expliquent bien comment ce prédateur posait son emprise,
ça a surement du l'aider elle, de l'écrire, et ce sera aussi peut être préventif pour d'autres...
Je pense que les autres prédateurs utilisent les mêmes ficelles.
Ha ça fait quand même plaisir : le livre a été réimprimé
www.lefigaro.fr/culture/affaire-matzneff-le-consentement-reimprime-pour-atteindre-les-65-000-exemplaires-20200107
👍 :)