Jusqu'il y a peu de temps, je gardais pour moi la possibilité de parler. J'ai essayé, à coup de tentative, peu à peu j'ai réussi à mettre des mots et à faire entendre ce que j'avais au creux de moi. Voici une nouvelle étape, en parler sur la toile et qui plus est, à des personnes anonymes qui comme moi ont vécus des faits similaires. Vous lire me donne d'avantage la permission de parler, d'écrire, alors je m'y attelle.
!!!! Je décris beaucoup les faits, je tiens à le préciser pour celles ou ceux qui ne souhaiterai pas voir de "détails" (disons qu'en me relisant je trouve que la description est gênante -peut être une honte encore, caché par là-, mais je trouvais qu'il fallait écrire ces morceaux de scènes qui pour moi sont plus qu'un mot "viol" ou "abus" mais des faits concret que j'ai besoin de mettre en "image") !!!!
Je ne m'y attendais pas. S'y attend t-on ? Pour autant, j'aurai voulu anticiper. Surtout, VOULU AVOIR LE POUVOIR. C'est un désir déchu que de croire qu'on aurait pu faire quelque chose et pourtant c'est ce que j'ai espéré ces dernières années, dans ma souffrance.
J'ai fais une décompensation. Milieu hospitalier, psychiatrique. J'étais dans un état psychotique. Je me souviens de lui. On s'embrasse. (Pourquoi ? Je ne sais pas, en réalité, j'étais ailleurs, dans un délire sans nom que je ne sais même pas pourquoi cela s'est passé). Je sais encore aujourd'hui qu'il ne m'attirait absolument pas, que je ne le trouvais pas beau. Entre lucidité et psychose, un faussé se sépare. Pourtant, les souvenirs sont encore là, je crois que je n'ai que cela comme souvenir de l'hospitalisation.
Il est souvent là à m'approcher. (à retenir : psychotique) Je suis toute joyeuse, je bouge, je saute partout, éloquente. Je me souviens qu'on se fait un câlin.
Puis qu'il joue aux jeux vidéo. (Aujourd'hui je sais qu'il avait conscience de ma psychose et me souvient qu'il jouait de cela en rentrant dans mes délires, les accompagnant et en faisant son terrain de jeu). Il semblait comprendre ce que je disais, on parlait, en faits je parlais de ma réalité hallucinatoire et lui m'accompagnait. Son jeu, si je me souviens bien était des insectes dans l'espace, il me disait : « l'Univers » alors que je parlais de délire sur la possibilité que l'Univers soit une conscience.
(Je vais écrire et je sais qu'écrire ces passages jamais écrits ou dits, sont difficiles à mettre en mots mais je vais le faire...)
Un soir, il vient dans ma chambre alors que je n'y attends pas. Il s'assoit sur la chaise à côté de mon lit. Je ne sais plus dû aux faits de l'état psychotique ce qu'il m'a dit, néanmoins je me souviens qu'il a glissé ses mains sous mon corps allongé sur le lit. J'étais exténué du repas et d'avoir pris les médicaments. Je sais, je crois, qu'il voulait me « détendre ». Cela ne pas pas plus loin. Il repart.
Une seconde, fois, là fois de trop. Il vient dans ma chambre après m'avoir averti. J'avais oublié qu'il allait venir en réalité, je m'endormais. Il venait quand les soignants étaient à leur pause. Je crois m'être levé, lui avoir fait face. Il voulait du sexe, « j'ai envie, s'il te plait, s'il te plait », plusieurs fois martelé. Je me suis assise sur le bord du lit. Je refusais. Il m'a dit « je n'ai pas couché avec une fille depuis longtemps ». Puis il a défait son jean, noir me semble-il. Il a sorti son sexe alors que je refusais, lui disait non à plusieurs reprises, « non je ne veux pas » j'ai dit. Il a pris ma main et la posé dessus pour que je le masturbe, ce que je ne voulais pas. Il répétait en boucle, qu'il avait envie, qu'il avait besoin, avec ce fameux « s'il te plait ».
Sans raisons, j'ai plié. Peut-être, aujourd'hui, je me rends compte que mon état et ma capacité à dire non était étroitement lié. J'ai simplement défait mon pantalon, je l'ai laissé sur les chevilles et me suis allongé. Il est monté au-dessus de moi. Durant ce temps, combien, je ne sais pas, je n'ai pas réagi. Ailleurs. Vraiment. Je dis souvent freeze pour décrire mais c'est cela, c'était un arrêt sur image.
Dans un sursaut, comme si je m'étais endormie, je me suis redressée et j'ai dit « non » et il s'est relevé, je crois qu'il était surpris. Il m'a dit « tu ne m'as pas fini » il voulait éjaculer mais sans que je sache pourquoi j'ai réagi à cela bien avant, mon corps c'est mobiliser pour que cela n'arrive pas.
La suite, il m'a demandé d'échanger ma veste contre la sienne. Une veste que j'avais acheté en permission avec ma famille. Il m'a donné une veste à lui qui ne m'allait pas en me disant qu'elle m'allait très bien.
J'en ai parlé à mes parents, d'après eux j'ai bien mentionné qu'il m'avait forcé et je me souviens qu'à chaque fois que mon père le voyait il était en colère. Mes parents ont tenté de récupérer ma veste auprès des infirmiers, sans succès, ma mère aussi était très en colère.
Le temps à passé, pendant 6 mois j'ai occulté à la sortie de l'hôpital. Puis j'ai repris conscience à mesure que le mal être s'installait. J'ai eu commencé une thérapie, le mot viol à été prononcé. J'ai comme été secoué mais j'ai eu les images, les souvenirs, vifs, de cet évènement...
Deux ans et demi bientôt on passés. J'ai beaucoup souffert. Souvent je me suis demandé si j'allais y survivre. J'ai découvert le fait d'accepter, ce qui à changé ma vie ; puis le fait de "pardonner" (accepter c'est à dire accepter la réalité, que je l'ai vécu et que c'est finit, pardonner, disons ne pas avoir de haine, de rancoeur...) qui dans mon cas à été salvateur pour ma propre santé mental.
Finalement, il y a environ 2 semaines et demi (je n'avais pas reparlé de viol que le mot avait été prononcé en thérapie) j'ai osé dire à ma psychiatre, dans un besoin si fort de le dire : j'ai craqué après avoir maintenu si longtemps cela ; je l'ai dit. Sa voix dont je me souviens aujourd'hui, rassurante m'a donné la sensation qu'on m'écoutait, qu'on me soutenait. J'ai pleurée. Sa façon de me parler et la compréhension, est comme si j'avais cru sentir une main invisible qui me tenir au moment où les mots douloureux que je portais sortais.
J'ai parlé avec un infirmier de ma honte, ma culpabilité, il m'a dit que j'étais « victime » et non coupable. Que la honte, je n'avais pas à la porter. Victime, ce mot que j'ai lu partout et que j'ai tant haïs et tente de vouloir rejeter. Pourtant je sais que c'est le cas. Depuis, depuis que j'ai parlé avec ces deux personnes, ces soignants je me sens bien mieux.
Je compte continuer désormais à en parler, désormais en thérapie afin de continuer le chemin, ce chemin que j'ai tenté de ne pas me permettre de prendre et qui aujourd'hui, est je pense : la voie vers « du mieux ».
Alors, aujourd'hui, j'ai fais le pas de m'ouvrir à d'autres personnes qui comme moi ont vécu cela. J'ai lu des témoignages, vu des vidéos à ce sujet, lu des articles mais j'avais besoin qu'on me comprenne, que ceux qui comme moi souffre ou ont souffert, je comprends.
Je sais la souffrance, je sais le poids des mots, du silence et de la honte, de la culpabilité. Je ne suis pas vous toute/tous néanmoins je me sens proche.
Merci.
Bravo d'avoir pu poser ton histoire ici, je sais à quel point ça peut être difficile et douloureux.
J'espère que ca t'aura fait un peu de bien..
Tu en as fait du chemin depuis le début en tout cas.
Il en reste encore à faire mais comme tu dis, c'est "la voie vers du mieux".
Bon courage !
Bienvenue ici,
Bravo pour le chemin parcouru,
J'espère que ça allégera un peu le fardeau d'avoir pu témoigner parmi nous.
Bon courage pour la suite,
A bientôt.