Bonjour à tous,
On m'a conseillé récemment de faire appel à une mesure de justice restaurative. Sachant qu'il n'y a pas eu de procédure pénale et que je ne pense pas qu'elle soit possible (mes souvenirs sont très très partiels et je n'ai pas de souvenir de viol au sens légal, donc il y aurait prescription je crois).
Je ne connaissais pas cette procédure de justice restaurative qui est assez nouvelle apparemment.
D'après ce que je vois, il s'agit de " faire dialoguer, avec l'aide d'un médiateur neutre et formé, une victime, l'auteur d'une infraction ou toute personne concernée." Il y a deux formes , les rencontres directes qui "mettent en relation les auteurs et les victimes d'une même affaire" (la victime et l'agresseur) ou les rencontres indirectes qui "mettent en relation des auteurs et des victimes qui ne sont pas concernés par la même affaire et qui ne se connaissent pas".
Je ne sais pas trop quoi en penser et si ça pourrait m'aider ou pas. Est-ce que certains d'entre vous ont déjà fait appel à cette procédure ou connaisse le principe? Ont un avis sur la question?
J'ai vu au fil des post que plusieurs d'entre vous ont vécu durant leur procédure pénale une confrontation avec leur agresseur (ou peut-être est-ce un passage obligé d'une action en justice?). Même si ce n'est pas dans le même cadre, ça s'en rapproche. Est-ce que certains auraient envie de raconter cette expérience, est-ce que ça les a fait avancer de se confronter avec l'agresseur, est-ce que c'était plutôt positif ou négatif au final...?
Merci,
J'espère que vous vous portez tous bien
Manu
Bonjour Manu,
Je ne vais pas pouvoir t'aider beaucoup, je n'ai jamais été confrontée à mon agresseur.
J'imagine que ça doit être très angoissant.
Et selon l'attitude et les paroles de l'agresseur, ça peut aller dans les deux extrêmes : être libérateur ou au contraire faire beaucoup de mal.
Qu'en penses-tu toi ?
Tu te sens prête ?
Bonjour Manu,
mes principaux agresseurs sont décédés et je n'ai jamais eu l'occasion de me confronter à eux non plus.
Je rejoins Bee.
Ca peut effectivement être déstabilisant, je pense qu'il faut être devenue capable de prendre du recul pour entendre leur version qui est souvent emprunte de déni, d'absence totale d'empathie, pire je connais des cas ou les anciens bourreaux ont réussi à poser des doutes dans la tête de la victime qui perdait totalement pied ensuite...
Voilà,
je ne veux pas te décourager,
j'imagine que cette confrontation serait encadrée du mieux possible,
alors que tu choisisses ou pas d'y aller, je te souhaite bon courage,
et surtout pour ceux et celles qui passeront ici après Toi, n'hésites pas à partager tes doutes,
tes ressentis, pour aider ceux qui réfléchiront à la même procédure...
Nous ferons de notre mieux pour t'accompagner sans jugement.
Dans tous les cas n'oublies pas que tu es une belle personne,
que chaque jour tu fais preuve d'une force incroyable pour réussir à vivre et avancer autant que possible avec...
Bonjour,
Merci pour vos réponses et votre soutien :)
Ce qui me pousse à me renseigner et peut-être l'envisager c'est l'impression de ne pas m'en sortir, de stagner (sans doute faux objectivement) et l'envie de "faire quelque chose" pour avancer. Pour le coup le fait de me retrouver en face de lui et de parler de ça, c'est sûr que ça bousculerait forcément des choses, mais pour le meilleur ou pour le pire? c'est ce que je ne sais pas et je me doute qu'il n'y a pas de réponse toute faite.
Pour l'instant mes doutes et craintes sont sans doute plus forts.
Déjà comme il n'y a eu ni plainte ni condamnation il y a de grands risques pour qu'il nie tout en bloc ou ne vienne même pas.
Ensuite je ne crois pas être dans la bonne disposition d'esprit pour "dialoguer" avec lui car je n'ai ni envie d'écouter son point de vue ni de faire preuve de compréhension envers ses actes, car ça m'a pris déjà des dizaines d'années pour réaliser que ce qu'il avait fait était mal. Je ne vois pas pour l'instant ce que ça m'apporterait de l'écouter et d'avoir sa version des faits, sauf sur un point capital : qu'il reconnaisse les faits, et en plus qu'il les reconnaisse devant témoins (les médiateurs). Mais rien ne garantit qu'il le fera. En dehors de ça, je pense que j'aurais juste envie de "lui cracher à la gueule" car je suis dans la colère pour le moment (ce qui est déjà un mieux par rapport à avant). Je pense que c'est un des points qui me donne envie de le faire, pouvoir enfin extérioriser cette violence contre lui, l'insulter, lui exprimer ma haine... Mais bon j'imagine que ce n'est pas le bon état d'esprit.
Cela dit, cette colère que je vis tous les jours me bouffe et se retourne contre moi ou contre des proches qui n'y sont pour rien, donc je me dis que ça pourrait être un moyen de l'adresser à la bonne personne, au vrai coupable. Peut-être de pouvoir m'en débarrasser.
Mais je n'ai pas envie de faire preuve d'empathie ni de pardonner (tout comme Beebeevit et Fr69 le disaient dans un vieux post sur le pardon : avez-vous changé d'avis sur ce point? est-ce que le pardon est une étape nécessaire du processus de guérison? car pour ma part je ne peux pas l'envisager). J'ai l'impression que faire preuve d'empathie ce serait de nouveau me mettre dans la position de laisser couler, ce n'est pas si grave, c'est pas de sa faute, il ne se rendait pas compte... Et comme tu le dis Intime idée j'ai aussi peur de ne pas tenir assez ferme face à lui, mes souvenirs sont tellement flous, j'aurais peur qu'il réussisse à me baratiner, à me convaincre de nouveau qu'il ne s'est rien passé, que j'ai mal interprété...
Ecrire ici me permet effectivement d'éclaircir un peu ce que j'en pense :) . Un des points importants c'est aussi qu'il semble que ça a "marché", aidé beaucoup de personnes, donc pourquoi pas?
Merci de votre écoute,
Manu
Je comprends le sens de ta démarche, cette volonté d'avancer, de faire bouger les lignes et de renvoyer ta colère et ta souffrance vers la personne qui les mérite.
C'est légitime.
Pour le pardon, je ne crois pas avoir changé d'avis (beebeevit est mon ancien pseudo...).
Je n'ai pas pardonné et je ne le pourrai jamais.
Mais je suis maintenant persuadée que ce n'est pas forcément nécessaire pour se reconstruire.
En revanche, la colère et la haine ne font plus partie de mon quotidien et n'ont plus ce côté envahissant que tu décris si bien.
Si mon agresseur a hanté mes jours et mes nuits pendant une dizaine d'années, il est désormais au second plan dans ma vie.
C'est une décision difficile que tu dois prendre. Il y aura forcément des "pour" et des "contre".
A toi de voir de quel côté penche la balance dans ton cas :)
Quoi qu'il arrive, nous serons là.
La colère est souvent à double tranchant,
elle redonne du peps pour aider à tenir bon,
mais ce n'est pas une solution durable, elle épuise tout comme la peur...
Pour le pardon je ne sais pas,
le temps m'apporte beaucoup de recul sur tout ça,
Aujourd'hui je vis avec, c'est une part de ma vie, mon histoire,
celle qui fait qui je suis aujourd'hui...
Alors je ne sais pas si je suis arrivé au pardon,
ce mot me chiffonne encore,
je suis dans l'acceptation je dirais plutôt,
c'est déjà beaucoup!
Je ne pardonne pas à ces personnes d'avoir trahi l'enfant, puis l'ado...
Mais je n'arrive plus à éprouver de colère non plus.
Je te souhaite d'arriver là aussi, car je pense que la colère comme la peur empêchent de vivre,
de se reconstruire.
Je te souhaite de trouver bientôt l'apaisement,
le mot confrontation lui à mes yeux n'a rien d'apaisant...
Se créer une bulle de bonheur, l'entretenir chaque jour de la vie,
ça c'est apaisant...
Il y a plein de moyen pour ça, à Toi de trouver les tiens, ceux qui te conviennent...
Sophrologie, méditation, activitée physique même douce comme de la marche,
avoir un animal de compagnie pour renouer avec l'Amour inconditionnel qu'il apporte, les instants caresses et calins avec lui,
les balades...
Un bon livre permet de s'évader , voyager,
tout comme un bon film...
les activitées qui occupent l'esprit, qui obligent à rester concentré,
comme nombre de travaux manuels, dessins, mandalas,couture, tricot, vanerie artisanale, jardinage, photos...
Pour ma part j'ai des dizaines de milliers de photos qui me rapellent que ce monde est aussi plein de belles choses, de beaux endroits, de belles personnes aussi parfois...
Quand je pars en rando je me focalise que sur ça, le beau qui est partout dans plein de détails qui nous échappent au quotidiens, je le fige, l'immortalise dans un ou plusieurs clichés qui me permettrons de revenirs dessus aussi souvent que j'en aurais envie ou besoin :)
Je te souhaite de trouver tes clés vers l'apaisement 8)