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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

  La nourriture ne me dégoûte pas, non. Avaler me dégoûte. Peu importe de l'aliment, lorsque j'avale, c'est de nouveau lui que je sens, son fluide. Et pourquoi donc, que je me dis, pourquoi ne lui ai-je pas recraché  dessus ?  Je ne le sais pas. J'avais peur, probablement. Je ne savais que faire, voilà. Mais, toujours, le problème reste, cela me dégoûte, avaler. Ma salive, même... Le simple acte de déglutir m'est dégoût.
  Je mange moindrement, donc. Pas assez, selon les dires de certains. Je ne saurais évaluer ceci, mais il me semble tout de même m'alimenter à tout le moins également au minimum de ce que je me dois de suivre afin de maintenir une certaine santé. Pourtant, je maigris, je creuse tel que mon frère me dit. Et cela, de maigrir, me convient. Évidemment, je préférerais de ne pas vivre les événements passés dès que vient le déglutissement, ce n'est donc pas cela que j'apprécie. J'apprécie mon amaigrissement.
  J'ai l'impression de me ressembler davantage, c'est-à-dire un être sans vie, sans plus d'espoir, un cadavre. Je m'éloigne de ce que je fus, de ce qu'il a désiré, souillé et mutilé physiquement tel que mentalement. Je ne suis plus le même être qu'auparavant, je ne le serai plus jamais. Et si j'en meure, tant mieux.

Comme je te comprends..
Je ne sais pas trop quoi te dire, je sais que ce ressenti, ce dégoût et ce plaisir de s'étioler prennent le dessus sur tout ce qu'on peut nous dire..

Mais sache qu'on peut dépasser ca. Tu pourras à nouveau avaler et manger sans repenser à lui, sans avoir son "goût" dans la bouche..
Tu pourras retrouver des formes sans en avoir peur, sans en avoir honte...

  Possible, oui, enfin j'espère... Le souvenir ne partira pas, je me demande alors comment cela le pourrait ? 

Le souvenir sera toujours là oui..
Mais avec le temps, et avec de l'aide, il sera de moins en moins envahissant.
Et de moins en moins chargé émotionnellement.

Je te le souhaite.

Je pense que c'est une réaction assez commune.

Je me suis aussi demandée pourquoi je ne l'ai pas simplement mordu. Mais la réponse est simple : la peur. Dans ces situations, on a beaucoup trop peur pour pouvoir se défendre, surtout face à une figure d'autorité, quelqu'un qui a un ascendant psychologique sur nous. C'est normal que, face à la peur, tu finisses par obéir.

Pendant des semaines, j'avais l'impression d'avoir encore son goût en bouche. Et j'ai finit par me restreindre sur la nourriture également, dans l'espoir de dénaturer ce corps qui a été désiré, le punir de ce qu'il a fait, le rendre moche pour que l'on ne puisse plus le vouloir. Je n'arrive pas à arrêter de manger (au contraire, l'angoisse me donne encore plus faim), mais je me nourris presque exclusivement de légumes pour punir et affaiblir le corps.

De nombreuses victimes réagissent ainsi. Soit anorexie, soit boulimie, dans tous les cas, il y a un trouble alimentaire qui s'installe, et le corps en subit les conséquences. L'esprit aussi. La faim génère un stress pour ton cerveau, cela va impacter les humeurs, la mémoire, les capacités de réflexion. Mais que peut-on faire lorsque la seule idée de manger nous dégoute?

Je ne pense pas que tu puisses sortir de cela seule. Il faudrait peut-être en parler à un psychiatre ou un diététicien. En précisant bien que tu ne veux pas aller dans un centre psychiatrique, puisque je suppose que cela te mettrait dans une situation compliquée. Simplement travailler ton psyché, tes mécanismes cérébraux avec un professionnel qui saura te remettre sur la bonne voie.

  Le psychiatre serait un moyen envisageable, malgré, je tente en ce moment de passer plutôt par l'intermédiaire de mon psychologue. Il est le seul en qui je ressente assez de confiance pour discuter, et il réussi à m'aider. Par contre, si un jour vient nécessité telle, je consulterai un psychiatre.

C'est déja un bon début si tu peux consulter un psychologue, surtout si tu as confiance en lui !

Peut-être essayer de créer à nouveau une association entre avaler et plaisir? Mange ce que tu préfères (un chocolat?) et concentre-toi sur la sensation d'avaler mais le plaisir du goût.
Alex.