Rayondesoleil.org

Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Bonjour,


Je voulais raconter mon histoire (une partie)

Aussi loin que je me rappelle la vie a toujours été difficile pour moi.
La première fois que j'ai essayé de me tuer, j'avais 12 ans. Je ne sais plus exactement pourquoi, déjà la vie me paraissait trop difficile pour continuer et j'aspirais au repos. J'ai réessayé de me suicider 4 ou 5 fois après ceci.
A 14 ans, je commence à me défoncer avec tout ce que je trouve. Je passe beaucoup de temps avec ma cousine qui est pour moi comme ma soeur et ensemble on cherche des choses pour se "mettre la tête à l'envers". C'est là que je rencontre pour la première fois le Lexomil, dans l'armoire de ma grand mère chez qui je vis. Ma cousine et moi en avalons une dizaine chacun en buvant de l'alcool. Une partie de la nuit sera dans le brouillard le plus total mais je n'oublierais jamais le moment où elle me demande de me coucher sur elle, de la pénétrer et moi, qui n'arrive pas à dire non.
17 ans, je prends des antidépresseurs, des anxiolitiques chaque jour, je bois de temps en temps, je n'assume pas vraiment mon homosexualité. Après ma première relation sexuelle je ne saurais pas dire pourquoi je me sens sale, si sale.
18 ans, je fais plus de 105 kg, je dois boire pour avoir des relations sexuelles.
23 ans , je désespère de n'être jamais amoureux de personne, de ne jamais ressentir rien pour personne. Je suis tout le temps déprimé, de plus en plus. Avec un travail physique,de l'herbe et plus trop de nourritures je perds 3O kg en 6 mois
24 ans, je suis accroc aux médicaments, j'ai déjà essayé d'arrêté 2 ois dans une clinique psyschothérapique sans succès. J'avale une dizaine de tranxènes par jour, une boîte entière parfois pour me défoncer, j'ai essayé un nombre incroyable d'antidépresseurs pour arrêter ma déprime, on me donne des neuroleptiques en plus, je bois très souvent dans l'unique but d'être ivre, je fume une vingtaine de joints par jour dès le réveil. J'ai rencontré un garçon, je vis avec lui, l'herbe déshinibe mes sentiments mais quand bien même je ne suis pas si sur que ça d'être amoureux.
25 ans, j'agis comme un dépendant affectif avec le garçon avec lequel je partage ma vie, je me comporte comme un petit chien et il semble que c'est un peu comme ça qu'il me considère.
26 ans, je rencontre une psy très bien, je commence ma première thérapie, je parviens à ne plus dépasser la prescription de médicaments, je continue quand même à en prendre énormément, je fume toujours autant, je quitte le garçon avec lequel je vivais, je le regrette aussitot et commence une des périodes les plus noires de ma vie à essayer de revenir près de lui. J'essaie de me suicider une dernière fois.
28 ans, je fume moins d'herbe, je rencontre un garçon formidable, gentil, intelligent, parfait et commence une histoire avec lui. Malgré tout mon coeur est vide, je ne ressens rien pour lui. Quelques mois plus tard on fume un joint de temps en temps ensemble, lui controle bien, moi je replonge peu à peu.
29 ans je fume en cachette pour qu'il ne sache pas que j'ai recommencé à le faire tous les jours, je m'évertue à détruire notre relation (sans le vouloir), on se sépare et on essaie de rester ami.
30 ans Il ne reste plus grand monde autours de moi, j'ai tout détruit, je n'ai plus d'amis, je dépense tout ce que j'ai dans de l'herbe, je prends une vingtaine de comprimés par jour, je me saoule tous les soirs, je n'arrive plus à manger, je ne vais plus à mon travail sans prevenir personne, sans avoir la force de téléphoner, les retards de loyer s'accumulent et je dois quitter mon appartement dans les deux mois. Chaque jour, je me réveille avec l'envie de mourir, m'endors avec la même envie et entre les deux la même chose. Je touche le fond chaque jour un peu plus, je n'ai pas une once d'espoir. Je décide de mettre fin aux entretiens que j'ai avec une psy incompétente que je vois depuis 2 ans.
Un mois après je finis par rencontrer un excellent thérapeute avec qui ça passe très bien, me faire un ami et je décide que je ne peux pas continuer ainsi. Je rentre dans une clinique pour faire un sevrage, c'est une réussite et j'en ressors sobre 2 mois et demi plus tard.
31 ans, lors d'un entretien avec mon thérapeute celui ci me fait remarquer que je semble n'éprouver aucun sentiment, aucune émotion pour personne. Je constate qu'il a raison et en rentrant chez moi, je tape "ne rien ressentir" dans google. De fil en aiguille, d'adresses internet en adresses internet j'atterris sur ce site, je lis "les conséquences d'un abus sexuels sur enfant" et j'ai un choc car j'ai l'impression qu'il s'agit de mon portrait robot. Je me confie à mon psy qui me dit qu'il pense depuis le début que j'ai été victime pendant mon enfance, d'un évenement ayant trait à un abus sexuel. Je lui parle de ce qui s'est passé avec ma cousine un soir de mes 14 ans en lui disant "je pense que j'étais déjà cassé" il me répond "je pense aussi".
Je me rends compte que j'ai plein de trous noirs dans mon enfance mais je n'ai aucun souvenir d'un évenements de la sorte et je ne parviens pas à m'en rappeler.
Aujourd'hui, arrêter les drogues a certes changé ma vie, je suis beaucoup moins déprimé, je vais mieux mais je sens au fond de moi qu'il manque quelque chose. Je suis célibataire depuis 3 ans. Je ne ressens rien pour personne, moi qui suis "amoureux de l'amour" je prends conscience que sobre, je ne l'ai jamais ressenti pour personne. Mon cerveau m'envoient sans cesse des images négatives de moi-même, chaque relation, même la plus petite soit-elle, m'est difficile. Je passe ma vie à détruire tout ce que je construis. Je me sens prisonnier de moi, je suis dans un cercle que je n'arrive pas à briser. Je ne vois presque plus personne, savoir que je détruirai les relations m'incitent à ne plus en construire. Je suis souvent irritable, énervé sans raison. Je coupe peu à peu les ponts avec ma famille que je ne supporte pas. Je ne travaille pas, la plupart du temps je reste enfermé chez moi, seul, à regarder des vidéos, à regarder mes rêves s'envoler. Je sais bien que je suis un garçon bien, mignon et assez intelligent, on pourrait dire que j'ai tout pour moi mais je n'arrive pas à vivre, je suis complètement bloqué.
Je fais le bilan de ma vie, d'une existence sans une seule minute de bonheur et je ne veux pas me résigner à passer le temps qui me reste comme ça. Je sais que si la parole (thérapie) m'a aidé elle ne solutionnera néanmoins jamais mes problèmes.J'ai entendu parler d'une technique (EMDR) qui, j'en suis convaincu, pourrait m'aider mais je n'ai pas les moyens de me l'offrir. L'espoir d'être heureux s'en va peu à peu, l'envie aussi. Je songe de plus en plus à abandonner.

"je m'abîme d'être moi-même"

Merci de m'avoir lu.

J

Bonjour Lovedreamer,

Déjà je te trouve courageux de raconter ton histoire ainsi, tu dis ne rien ressentir aucune emotion pour personne, cela doit être sûrement du à un passé qui t'a mis dans cet état et comme ton thérapeute à du te le dire , tu as sans doute vécu , un abus sexuel, un inceste, quelqu'un t'a volé ton enfance, ta vie , tes sentiments . Mais cela tu ne te rappelle de rien, je t'aurai bien dit d'essayer l'hypnose, mais si tu n'as pas les moyens même pou l'EMDR , cela va être difficile.
Ne pourrait tu pas avec l'aide de ton thérapeute, qui à ce qu'il te fasse une attestation , pour aller voir une assistante sociale, ou des organismes qui aide, pour te payer ses séances dEMDR ou l'hypnose ????
Ce serait quand même bien que tu puisse y accéder pour savoir enfin ce qui à pu t'arriver pour en arriver là.

Je suis de tout coeur avec toi, et j'espère que tu trouveras une solution assez rapidement, c'est quand même domage que tu ne puisse pas te soigner correctement alors que des monstres , qui ont violés, ont droit à la psychothérapie gratuite et que nous les victimes devons nous la payer!!!!! Je trouve cela vraiement dégueulasse, et après il s'étonne que les victimes ne veulent pas parler ou qu'elle ne veulent pas de thérapie .

Courage lovedreamer, et merci pour ton témoignage.

Cher Toi , tes mots sont justes et ce regard attentif et global que tu poses sur ta vie me touche beaucoup. Tu dis magnifiquement , bien que ce soit un thème si profond si essentiel : "je m'abîme d'être moi -même" ... celà m'évoque l'abîme bien-sur dans laquelle on se retrouve projeté et ou l'on peut rester enfermé si longtemps , où justement on ne sait plus ce que soi-même veut dire , ou plutôt où et QUI est-on ?! et combien de richesse recelle t-on !
Peut- être a-t-on volé cette clé qui entrouverait une porte ... Pourtant ce que tu es transparait dans la présence que tu nous offres et je sens ta force et tellement de beauté .
tu dis "je reste seul enfermé à regarder mes rêves s'envoler" oui je connais ... mais de le réaliser et le transmettre alors tu es déjà en chemin vers ta libération , il est peut-être long mais j'ai EN VIE de t'y souhaiter une trés belle route !    
sincèrement , courage , et pour l'emdr fonce , les moyens tu les trouveras , je pense que celà n'a pas de prix et il serait juste non , que tu puisses être soulagé de qql chose  c'est mon simple avis .
kitty
heureux les coeurs purs ... ce long chemin

Bonjour Lovedreamer,

Aie confiance en toi. Même si tu ne trouves pas de possibilité de faire de l'EMDR, avec une psychothérapie et du temps, tu arriveras à retrouver la mémoire de ce qui t'est arrivé petit. Le cerveau bloque les souvenirs tant qu'on est trop fragile pour pouvoir affronter le traumatisme. Mais quand on a avancé sur le chemin et qu'on veut savoir, petit à petit, les souvenirs remontent ou les rêves donnent des indices...
Quant à aimer, il faut réapprendre à savoir à qui on peut faire confiance. Ne pas faire confiance aveuglément, tout de suite. Mais ne pas se méfier éternellement de quelqu'un qui prouve régulièrement qu'on peut lui faire confiance. Quand l'angoisse s'apaise, les sentiments peuvent avoir la place de se frayer un chemin. Sexualité et sentiments, ça fait parfois beaucoup à la fois. Mais, tant qu'on n'est pas prêt, il n'y a pas de mal à séparer les deux. Du moment qu'on prend soin de soi et des autres.
Tu as déjà fait un sacré chemin. Continue.

Isabelle

Merci à tous les 3 pour vos encouragements et votre gentillesse, ça me touche beaucoup !

Speedy >>>
J'ai rencontré récemment un magnétiseur à qui je me suis légèrement confié et qui m'a conseillé aussi l'hypnose mais comme tu le dis, je n'ai pas les moyens. Quelque part, au sujet de l'accès au soin ,je ne peux qu'être d'accord avec toi mais au moins, même sans argent, on peut avoir accès à la thérapie et c'est déjà beaucoup, peu de pays offre ça. Cependant quand j'ai découvert dans mes lectures l'EMDR j'ai ressenti un espoir, car je sens au fond de moi, que ça peut m'aider, puis une énorme frustration, comme si je mourais de faim et qu'on agitait sous mes yeux un délicieux gateau que je ne peux pas atteindre ou si j'étais atteint d'une maladie physique très grave et qu'on me dise "un vaccin existe mais toi tu n'y as pas droit". C'est très dur à vivre.

Kitty >>>
Au sujet de "je m'abîme d'être moi même", ce sont des paroles de Mylene Farmer dans la chanson "comme j'ai mal". Je touve que cette phrase décrit exactement ce que je ressens, essayer encore et encore de s'en sortir mais finir toujours par tout gacher car le mal est en moi.
Tu as entièrement raison, parfois on ne sait même plus qui on est, ce qu'on est.

Miralèle >>>
Bien sûr il m'est très difficile d'avoir confiance, au fond même quand je suis très très proche de quelqu'un je garde une part de méfiance, je me prépare au pire pour ne pas être déçu. Je n'ai pas envie d'être trop négatif ce soir mais il y a beaucoup de personnes dans ce monde qui semblent se nourrir de la souffrances des autres. C'est difficile de passer outre même s'il y a également des gens formidables.
Au sujet du sexe souvent j'ai l'impression de tout mélanger: sexe, amitié, etc ... , de ne pas arriver à savoir où me situer et j'ai passé beaucoup trop de temps à essayer de devenir ce que j'imagine que les autres attendent de moi, comme un conditionnement dont j'ai du mal à sortir. De plus je ne suis pas complètement épanoui dans ce domaine car j'ai l'angoisse d'être considéré comme un objet, de m'y perdre.
Mais l'amour, c'est encore autre chose. Je ressens une certaine incapacité à aimer. C'est comme si je n'avais pas d'émotions, que personne jamais n'arrive à réveiller quoi que ce soit chez moi. Seul le cannabis, mon ancien thérapeute m'avait fait remarquer que c'est un déshinibiteur, me permettait d'avoir accès à ces sentiments. Il est bien sûr hors de question que j'y ai à nouveau recours car pour moi le prix à payer en terme de bien être est trop élevé.
Enfin, l'année dernière j'avais rencontré un psychiatre vraiment très bien, celui que j'avais cherché si longtemps mais malheureusement suite à des problèmes de logement j'ai du quitter la ville où j'étais et je peux plus le voir (pour l'instant j'espère).
Là ou j'ai atterri j'ai repris contact avec un thérapeute que je voyais il y a quelques années et je devrais le revoir qd il sera rentré de vacances car après 6 mois sans thérapie je ressens un énorme besoin de parler.


Encore une fois merci à vous !