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Les Frontières

Mais qu'est-ce qu'une frontière ? C'est une limite, une sorte de démarcation qui établit une distinction entre soi et les autres. Les deux principales catégories de frontières sont la frontière physiologique et la frontière émotionnelle.

L'épiderme marque la limite physique de notre corps. Mais il existe une autre frontière située au-delà de cette dernière. Nous en prenons conscience lorsqu'une personne se tient trop près de nous. C'est comme si nous vivions à l'intérieur d'une bulle invisible qui délimite une zone où se mesure notre degré de confort. Cette zone peut varier. On établit une frontière physiologique en déterminant quelles sont les personnes qui peuvent nous toucher; de quelle façon elles peuvent le faire et quelles parties de notre corps elles ont le droit de toucher. On décide aussi de la distance qui nous sépare des autres. La distance tolérée pour un amoureux est parfois minime; celle accordée à nos amis est plus appréciable; pour des étrangers, elle est substantielle et si quelqu'un fait preuve d'hostilité, elle augmentera encore plus. Parce que nous avons le choix de reculer autant que d'avancer, nous pouvons nous éloigner d'une personne qui envahit notre espace vital.

Les frontières émotionnelles et relationnelles sont plus difficiles à distinguer, mais elles n'en sont pas moins importantes. L'âge que l'on a, les rôles que l'on joue, les relations que l'on entretient avec l'entourage, nos besoins en matière de sécurité et la manière dont nous voulons que l'on agisse avec nous constituent nos limites émotionnelles. Lorsqu'un message touche nos émotions, une frontière dicte ce qui est admissible ou sécurisant. On établit une frontière émotionnelle en délimitant ce qui nous paraît acceptable dans les paroles et les gestes d'autrui. C'est aussi décider des relations que nous souhaitons développer et celles auxquelles nous désirons mettre un terme.

Violation de frontières

On dit qu'il y a violation de frontières quand une personne agit de manière inconséquence ou quand elle force l'une de nos frontières. Tout forme de toucher qui blesse, qui choque, qui offense une personne constitue une violation des frontières psychologiques. Toute violation d'une frontière psychologique viole aussi une frontière émotionnelle. Une frontière émotionnelle est violée lorsque quelqu'un s'arroge le pouvoir de dire tout haut ce qu'elle pense en tout temps et toutes circonstances, de nous engueuler d'une façon agressante ou de faire de remarques qui nous déprécient, nous insultent, nous dénigrent. Ignorer ou méconnaitre les limitations d'un rôle constitue aussi une violation de ce type.

Des frontières émotionnelles robustes protègent nos frontières physiologiques. Une personne dont l'éducation n'a pas clairement favorisé la mise en place de frontières émotionnelles sera beaucoup plus vulnérable aux agressions physiques. Le fait de vivre dans une famille dysfonctionnelle, d'avoir subi l'inceste, nous prive de contacts émotionnels et physiologiques sains avec les membres de notre famille et cela a pour conséquence de nous empêcher d'établir et/ou de protéger nos propres limites. Que ce soit lors de l'enfance, de l'adolescence ou de l'âge adulte, toute agression sexuelle est une grave violation des frontières physiologiques, émotionnelles et sexuelles.

Toute victime d'une violation a besoin de faire un deuil. C'est en apprenant à nous réconcilier avec la souffrance en nous que nous pouvons retrouver le bien-être dont nous avons jadis été privé. La personne qui travaille à réparer les bris de frontières chemine progressivement vers une meilleure qualité de vie. Elle passe de la méfiance à la confiance et, peu à peu, développe ses capacités en devenant de plus en plus elle-même. Elle en vient à assumer pleinement sa vie.

Tous ceux et celles dont les frontières ont par trop souvent été menacées, bafouées, affaiblies, ont tendance à survivre. C'est par des frontières saines qu'on apprend à mieux se respecter, à élargir nos horizons, non plus à survivre mais à vivre pleinement. Lorsqu'on n'a pas de frontière ou que nos frontières s'improvisent selon le besoin de protection, nous n'avons souvent pas d'autre choix que de se rabattre sur des mécanismes de défense: repli sur soi, contrôle, intellectualisation, perfectionnisme, menaces, froideur, mièvrerie, imposition de règles arbitraires, retournement de situation pour que l'autre endosse la responsabilité, injures, en fait tout ce qui permet de fuir les sentiments, de couper court à la communication. Il n'y a qu'une alternative valable: exprimer les sentiments qui nous habitent. Restaurer ses frontières, c'est accéder à une certaine forme de bien-être. Clairement définie et maintenue dans son intégrité, une frontière procure du bonheur.

Notre   degré   de   tolérance   envers   les   comportements d'autrui  est révélateur  de  la  vigueur  des  frontières  que nous  avons  établies. La  plupart  de  gens  respecteront  nos limites si nous leur signalons. Toutefois, il y a aussi des gens contre qui nous devons les défendre avec acharnement.

On   peut   apprendre   à   tirer   parti   de   nos   expériences passées pour établir des frontières solides, c'est-à dire des frontières  qui   font   preuve   d'assez   de   souplesse   pour s'adapter  à  tous  nos  besoins  relationnels,  et  d'assez  de rigidité pour nous protéger des agressions, de la négligence,
voire   de   l'inconscience  d'autrui-  bref,   des   frontières humaines qui clarifient les limites du moi, qui garantissent des relations enrichissantes et qui président à l'avènement d'une  véritable  intimité.  Nous  avons  le  pouvoir  de  fermer la  porte à la  méchanceté et  à  la  haine  pour  laisser  entrer  l'affection, la bonté, la considération.

Les   frontières   mettent   de   l'ordre   dans   notre   vie.  Apprendre    à    les    consolider,    c'est    accéder    à    une connaissance  de  soi  accrue,  à  une  lucidité  qui  clarifie  nos  relations   interpersonnelles.   Avoir   de   bonnes   frontières signifie que nous aurons le pouvoir de déterminer l'attitude
et  le  comportement  de  l'autre  à  notre  égard.  Positivement définies   et   assumées,   elles   nous   assureront   que   nous saurons  et  pourrons  nous  protéger  de  l'ignorance,  de  la méchanceté, de l'inconscience des autres.
 

Source - Résumé de Katherine, Anne, Frontières humaines- Délimiter
son espace vital, Sciences et culture, 1999