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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Bonjour,
je me questionne beaucoup. Ma fille de 15 ans s'est fait violée. Elle a malheuresement malgrès nos nombreuses mise en garde à ce sujet donné RDV a un garçon de 17ans  avec lequel elle discutait sur internet depuis quelques temps. Elle dit qu'elle savait qu'elle plaisait à ce garçon mais que pour elle les choses étaient claires. Elle a donc retrouvé ce garçon dans un parking, puis il a commencé à la déshabiller. Ma fille ne voulait pas avoir de relations avec lui mais elle n'a pas su / oser lui dire les choses comme cela et a donc dit simplement qu'elle ne voulait pas pas ici, il l' a rassuré et a continué à la déshabiller elle lui a dit plusieurs fois qu'elle ne voulait pas et il a continué malgré tout. Ma fille n'a pas su réagir à cela et se défendre.
Il est allé au bout sans qu'elle ne sache réagir. Elle explique qu'après cela le garçon a fait comme si rien ne s'était passé...
Le soir elle a pu se confier par message à un ami à elle, elle se sentait mal, et ne comprenait pas pourquoi  cela était arrivé. Elle ne m'a pas mise au courant j'ai découvert 3 j après une boite de pillule du lendemain dans la poubelle de sa chambre. Elle a ensuite essayé par SMS de demander au garçon pourquoi ils avaient fait cela alors qu'elle avait dit qu'elle ne voulait pas et lui lui a demandé si c'était l'endroit qui lui a pas plut. bref il ne semble pas non plus avoir conscience des choses. J'ai bien conscience que les circonstances de ce que je qualifie de viol paraisse sans doute pour beaucoup loin de ce qui s'apparente dans l'immaginaire collectif à un viol. Et malheuresement ma fille est fermée elle refuse de m'en parlé car elle mm^me culpabilise beaucoup. Nous l'avions son père et moi plusieurs fois mise en garde contre ce type de comportement et le fait qu'elle puisse accepté des RDV avec des personnes qu'elle ne connait pas. Ma fille est fragile et je ne sais pour quelle raison en recherche permanente d'affection. Elle est persuadé qu'elle connait ces garçons et ne semble pas du tout avoir conscience qu'elle est manipulé et qu'en réalité ils se servent de sa naïveté et de sa fragilité pour faire ce dont eux ont envie. J'ai déposé plainte pour viol pour elle. Mais je crains qu'on lui renvoie "qu'elle l'a bien cherché...que ça n'est pas un viol..." ce qui serait terriblement difficile à entendre. C'est très compliqué parcequ'elle refuse de m'en parler. elle a accepté de déposer plainte mais lorsque je lui demande ce qu'elle en attend: elle me répond qu'elle souhaite simplement que quelqu'un lui dise qu'il n'avait pas le droit de faire ça mais ne veut pas qu'il soit poursuivi. elle me dit qu'il a déjà beaucoup de problème et qu'en fait il est gentil qu'elle ne veut pas l'enfoncer. Ma fille a toujours ce type de discours, elle s'entoure de personne qui ne vont pas bien et fait souvent passé leur besoin et leur bien être avant elle. je ne sais pas si vous comprenez. Je suis désemparée, je ne sais pas ou me tourner pour l'aider. elle a déjà été suivi par des psychologues je m'inquiète beaucoup pour elle. Elle est souvent dans des relations toxique et des situations ou elle subit: par exemple lorsqu'elle était en maternelle, elle a été agréssée par 2 garcons de l'école primaire qui l'ont mise au sol et lui ont donné des coup après l'avoir enfermé dans un pièce en l'empéchant de sortir (ils avaient poussé une table contre la porte... Ensuite Elle a été victime de harcèlement au collège.
Ce qui me questionne encore plus et c'est que cela me renvoie aussi à mon histoire que ma fille connait: J'ai moi même subit de la maltraitance de mes parents adoptifs et des viols répétés de la part de mon père adoptif. il n'y a pas eu de dépot de plainte et je n'ai pas du tout été protégé de tout ça bien que j'en ai parlé. Aujourd'hui je me demande si l'attitude de ma fille, le fait qu'elle ne s'entoure que de personne qui vont mal et aujourd'hui ce viol ne font pas échos à tout ça!! je cherche des réponses pour l'aider . merci de m'avoir lu.

Je me reconnais beaucoup dans l'histoire de ta fille. J'ai moi aussi eu la naïveté de rendre visite à quelqu'un que je connaissais à peine (bon, tout de même pas un inconnu, c'était un collègue de travail...), et je n'ai pas su me défendre face à lui, j'ai juste pu lui dire que je ne voulais pas et le supplier d'arrêter...  Comme ta fille, j'ai ressenti beaucoup de honte et de culpabilité, et ma mère a fini par apprendre l'histoire par quelqu'un d'autre. Cependant, contrairement à ta fille, je n'ai pas la chance d'avoir une mère compréhensive et à l'écoute. Ta fille a beaucoup de chance de ce point de vue là, c'est une très bonne chose que tu sois là pour elle, pour l'écouter et la soutenir. Bien qu'elle n'arrive pas à en parler. C'est quelque chose de très difficile. On est noyés par la honte et la culpabilité, et c'est encore plus difficile de dévoiler quelque chose d'aussi intime à ses parents.

Je pense qu'elle a avant tout besoin de comprendre que ce n'est pas de sa faute, qu'elle n'a rien à se reprocher, et que c'est parfaitement normal de ne pas s'etre défendue. Peut-être peux-tu trouver quelques témoignages de situations similaires, où une jeune fille n'a pas su se défendre, et les lui montrer, afin qu'elle comprenne que son comportement était parfaitement normal.
Il y a aussi cette vidéo qui explique bien la situation :
https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/video-pourquoi-les-victimes-ne-se-debattent-elles-pas-lors-d-un-viol_2843697.html

Je pense qu'il est avant tout essentiel pour ta fille de comprendre qu'elle n'y est pour rien dans tout ca.  Lorsque la culpabilité et le dégout se seront un peu calmés, elle arrivera peut-être plus facilement à t'en parler.

#2 Novembre 30, 2020, 07:27:52 AM Dernière édition: Novembre 30, 2020, 07:30:43 AM par loliemaya
Merci pour ta réponse,
je peux comprendre qu'elle ne se soit pas défendu et même qu'elle n'ait pas su dire non. Elle a en effet prétexté l'endroit en disant "non pas ici" parcequ'elle n'a pas osé lui dire simplement qu'elle ne voulait pas de cette relation. Mais pour dire la vérité, c'est son absence de réaction aujourd'hui c'est à dire le fait qu'elle ne mette en tout cas devant moi aucune réaction à ce sujet qui me questionne. Elle même dit que ça n'est pas un viol, que le mot est trop "fort" elle reconnait qu'il n'avait pas le droit de faire ça, et qu'elle ne voulait pas mais n'utilise pas le mot viol. Elle continue à penser qu'en fait il est gentil...ça me déroute complètement et je me demande même si je ne vais pas retirer ma plainte. j'ai peur de projeter sur elle mon ressentit sur cela, je n'arrive pas à faire la part de ce qui est de sa culpabilité, sans doute la peur de notre jugement bien qu'on lui ai dit le contraire ou vraiment si cela ne la touche pas!! j'ai parfois l'impression que ça me touche plus que elle et j'avoue même que j'ai été rassuré que ça soeur m'ait dit que lorsqu'elle lui en avait parlé elle avait pleuré 20mn dans ses bras!? Elle me dit qu'elle n'a pas eu peur et qu'elle a juste eu peur de perdre son amitié...ce qui est arrivé puisque depuis elle l'a bloqué sur les réseau pour ne plus qu'il puisse entrer en contact avec elle. Bref comme elle est complètement fermé et refuse de m'en parlé, je me demande si je fais bien de maintenir cette plainte qui risque de la "maintenir de longues années" dans ce souvenir avec peut être des gens peu bienveillantes et j'avoue aussi que cela me questionne sur sa sécurité (une fois le garçon au courant de sa plainte) . Le dépot de plainte c'est pour elle, je voudrais être totalement sûre que cela lui soit bénéfique! Ma fille est part ailleurs en pleine crise d'adolescence et complètement en opposition avec nous et cela complique encore davantage les choses. Par exemple elle a refusé que je l'accompagne jusque chez le médecin pour qu'il prescrive les bilans nécessaire bien que je lui ai proposé d'attendre dehors si elle préférait, elle a refusé et y est allé seule en moto. de même pour aller au labo, je lui ai proposé de l'emmener elle refuse, elle me dit qu'elle peut se débrouiller et qu'elle ira seule en moto. je l'ai accompagnée à la médecine légale, elle a refusé que je lui en parle avant, me répondant "je m'en fout"  lorsque je tentais de lui expliquer en quoi cela consistait pour la préparer a ce qui me semble difficile...une fois sur place elle a pourtant demandé que je reste durant l'examen lorsque le médecin lui a posé la question.
Je m'y perd, et je ne comprend aucune de ses réactions! Je lui ai dit qu'elle n'y était pour rien que même si elle avait accepté ce RDV cela ne signifiait pas qu'elle accepte cette relation, qu'un viol peut avoir lieu m^me entre 2 époux, que le fait qu'elle n'ait pas réagit est classique que beaucoup de victimes en sont incapables  que le fait qu'elle ait dit "non pas ici" voulait dire qu'elle n'était pas d'accord avec ce qui se passait et que le garçon quoi qu'il en dise le savait bien, et qu'il l'a juste manipulée Mais je ne sais pas si elle l'entend.
En tout cas merci pour ta réponse ça me fait du bien d'en parler ici. j'ai du mal à savoir ou trouver de l'aide à l'exterieur. je vais évoquer cela avec une psychologue pour qu'elle me guide pour accompagner ma fille. mais pour ma fille c'est compliqué elle refuse, me dit qu'elle va bien. je lui ai dit qu'il existe des lieux ou des écoute tel pour elle. mais cela reste difficile de l'accompagner dans cette démarche.

Il lui est peut-être encore difficile de voir la vérité en face et de l'accepter. C'est peut-être une sorte de déni, pour se protéger. Il est sûrement plus simple de penser que c'est un garçon gentil, que c'est un "malentendu", que d'accepter qu'il l'ait violée.

Les réactions de ta fille ne me paraissent pas "anormales" au vu de la situation.
J'ai réagi comme elle à l'époque.
Je n'ai jamais "craqué" devant mes parents, ni devant mon frère, ni même devant ma psy.
Parfois avec quelques amis, mais c'était vraiment rare.

Eriger un énorme mur autour de soi, se dissocier de ses émotions, c'est nettement moins douloureux que d'être envahie par toute cette colère, cette honte et ce dégoût.
Ca fait moins de dégâts, sur le moment en tout cas..

Mais Cytosine a raison, ta fille a la chance d'avoir une maman comme toi, à l'écoute et attentive.
Il lui faut peut-être un peu de temps..

Bon courage à vous deux.

J'ai eu exactement la même réaction que ta fille. Quand j'ai raconté l'histoire à des personnes qui ont ensuite utilisé le mot viol, je me suis braquée, je leur ai dit que ce n'est pas un viol, au mieux c'est du forcing, et aujourd'hui encore, je cherche à défendre cet homme, à lui trouver toutes les excuses et justifications possibles pour continuer à penser qu'il n'est pas quelqu'un de mauvais et qu'il ne pensait pas à mal.
Je pense que c'est simplement très difficile d'accepter d'être une victime. Le mot "viol" est très fort, très violent, ca peut donc être très difficile d'accepter avoir été victime d'une telle chose. On cherche à minimiser ce qui nous est arrivé pour ne pas accepter la gravité de notre situation. On veut se persuader que ce n'est pas si grave que ça, que c'est juste une mauvaise expérience. Et lorsque l'on connaissait le coupable depuis un certain temps, que c'est quelqu'un que l'on appréciait sincèrement, que l'on idéalisait, c'est encore plus difficile d'admettre que cette personne ai pu nous faire une chose pareille.
Je connaissais ce mec depuis un an, je l'adorais, et aujourd'hui encore je veux me persuader qu'il ne s'est juste pas rendu compte de ce qu'il faisait. Car je ne peux pas admettre m'être trompée à ce point.

Quant à la plainte, il faut être vraiment sûr que ta fille est d'accord avec cette plainte... Car une plainte déposée contre notre gré peut être vraiment destructrice. Si elle est d'accord, ca peut lui montrer que ce que ce garçon a fait est réellement répréhensible et qu'elle est bien une victime. Si elle n'est pas d'accord, ca peut la projetter de force dans une sorte d'officialisation de l'acte, une atteinte à son intimité, ou simplement provoquer la peur d'une revanche, ou d'un retour négatif de la part des autres amis. Personnellement, j'ai refusé que ma mère porte plainte car j'avais beaucoup trop peur que ça fasse des histoires, que tout le monde soit mis au courant, que les amis que j'ai en commun avec cet homme me considère comme une fouteuse de merde qui raconte des conneries... Ca m'aurait anéantie. Donc il faut réussir  à en parler avec elle pour être sûr qu'elle veuille vraiment une plainte.
Mais globalement, je ne suis pas sûre qu'une plainte soit vraiment bénéfique... Si c'est juste pour lui faire comprendre qu'elle est victime, et non coupable, il y a sans doutes des méthodes plus "douces" et moins intrusives. Par contre, la plainte peut peut-être remettre ce garçon en place et lui faire comprendre qu'il a vraiment fait une connerie, et qu'il ne doit jamais recommencer.

La crise d'adolescence rend la situation encore plus compliquée, et je comprend ton désarroi face au comportement de ta fille. Malheureusement, c'est toujours comme ça... Les ados sont en conflit avec leurs parents, et ca devient très difficile de les aider.... Tu n'y peux rien. Ce n'est pas de ta faute. Tu fais de ton mieux, et c'est une très bonne chose. J'aurais vraiment aimé que ma mère  cherche à me comprendre au lieu de me faire comprendre qu'elle me voit comme une sale petite trainée qui "offre" sa virginité au premier venu sans même se défendre pour de vrai. Ta fille se rendra compte plus tard, après la crise d'adolescence, à quel point elle a de la chance de bénéficier de ton soutien.

En parler à une psychologique pourra effectivement te faire du bien. Cela pourra peut-être t'aider à comprendre les réactions de ta fille, et savoir comment mieux l'aborder.

Merci merci merci pour vos réponses et vos témoignages qui me font du bien.
Je n'ai pas beaucoup de temps ce soir pour répondre. Mais vraiment vos témoignages sont précieux et m'aident à avancer dans ma réflexion.
Je vous donne des nouvelles bien vite. Prenez soi de vous.
J ai pu aussi joindre le psychologue qui suivait ma fille jusqu au début du mois. Il me dis de ne pas dramatiser les choses pour ma fille et qu'il faut surtout faire de cet événement un moyen de l'aider aussi à trouver des outils pour se protéger. J ai aussi un RDV pour moi avec une psychologue pour qu' elle me permette de l'accompagner au mieux... Je me sens mieux de comprendre que sa réaction est un moyen pour elle de se protéger et aussi de me dire qu' effectivement sa perception peu ne pas être aussi dramatique et douloureuse que ce que je ressent moi.
Alors merci.

C'est difficile à dire ce qu'elle ressent. Comme l'on dit les autres personnes, il y a souvent une période de déni comme moyen d'éviter la douleur. La honte peut aussi causer une personne de ne pas valoir parler de ce qui est arrivé. Peut-être aussi, que cet épisode a été moins douloureux pour elle que ça aurait pu être pour d'autres personnes (j'en doute cependant).
Donnez-lui un peu de temps, un peu d'espace. Parfois, le traumatisme vient plus tard, des années plus tard. Si elle ne s'ouvre pas maintenant, continuez régulièrement (tous les 2-3 mois) de lui rappeler que si elle a besoin de parler avec quelqu'un, que vous êtes là, ou de trouver une personne de confiance.
Alex.