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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Bonjour,

Je laisse un message ici, parce que je suis un peu perdue.

Cela remonte à quelques années, beaucoup de copains et collègues de mon frère m'ont toujours parlé. Nous étions plutôt proches avec mon frère, et lorsqu'on se parlait en visioconférence, il arrivait parfois que certains de ses collègues me voient sur son téléphone. C'est ainsi que j'ai fait la connaissance d'un de ses collègues, et meilleur ami. Pour la première fois.
Mon frère habitait à l'autre bout de la France, pour le travail, et lorsqu'il était venu me rendre visite, son collègue l'a appelé en visio. Il m'a vu à l'autre bout de la pièce, et m'a ensuite rajoutée sur un réseau social.
Nous avons commencé à se parler plus souvent, toujours comme des amis, parce que pour moi, il était plus âgé, pas de beaucoup mais quand même. C'était un très bon ami de mon frère, et puis il habitait à l'autre bout de la France. Mais ça faisait toujours plaisir d'voir de ses nouvelles, on rigolait bien tous les deux.

Et puis, pour être formée dans mon travail, on m'envoyait à droite à gauche, j'ai visité pas mal de régions dans la France. A peine majeure, j'étais toujours contente de découvrir une nouvelle ville, une ouvelle région, rencontrer des gens.
Alors, j'ai annoncé à l'ami de mon frère, qui était devenu mon ami avec le temps, que j'allais être formée proche de chez lui, et ça serait donc l'occasion de se voir, et de me faire visiter la ville.

Pour ça, j'ai pris un covoiturage pour m'y rendre, n'ayant pas de véhicule sur place. Il m'avait réservé un hôtel, et lui devait dormir chez sa famille.
A peine arrivée, il m'a emmenée à l'hôtel pour y déposer les affaires, avant de partir en soirée. Une fois à l'hôtel, il s'est allongé sur le lit, et a tenté de m'embrasser. Je l'ai repoussé, prétextant que je devais travailler pour ma formation qui était difficile.
Il a davantage insisté, m'a tiré depuis la chaise du bureau vers le lit, j'avais beau lui dire non, il a continué. J'ai arrêté de lui dire non. Mon cerveau s'est mis en mode "OFF", je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus parler. J'ai attendu la fin, en priant pour que ça arrive vite.
La fin est arrivée. Je n'avais plus la force de rien, comme si mon esprit était parti, j'étais vide. Je ne pouvais plus penser, je me suis rhabillée mécaniquement, je n'ai même pas fuit.
Dans ma tête, je me disais "il faut qu'il parte maintenant, laisse moi seule", mais il est resté. Il est resté longtemps, alors mon seul moyen d'autodéfense, ça a été de l'ignorer, en espérant toujours qu'il parte. J'étais ailleurs, j'aurai du partir de moi-même mais je n'ai pas réussi. Alors, j'ai ouvert mes cahiers de formation, pensant qu'il partirai, encore et toujours.
Il a voulu recommencer, alors je changeais de sujet. Je cherchais des choses à dire, sur des choses au final pas importantes. Mais qui m'ont sûrement changé la vie.
Mes cours étaient compliqués, je lui ai posé une question, où il n'aurait probablement pas la réponse, et il ne l'a pas eue, toujours en insistant malgré mes "non".
Alors, pour avoir ma réponse, j'ai appelé mon collègue qui faisait la même formation que moi, à l'instant où il m'a prise par le bras, en tentant de me tirer vers le lit.
Mon collègue a répondu, et j'ai alors crié. Crié de toutes mes forces, de toute ma rage. Je ne voulais pas que ça recommence.
C'est face à ses cris qu'il est parti, en moins de dix secondes, prétextant qu'il devait aller voir sa famille.

J'ai été sauvée. Mais j'avais peur qu'il revienne, alors je me suis enfuite à mon tour.
J'étais dans une grande ville, une ville que je ne connaissais pas. Sans batterie pour pouvoir rentrer, trop tard pour avoir un train. J'ai marché, pendant longtemps. J'ai pleuré. Puis j'ai trouvé un endroit où dormir, je ne savais même pas où j'étais exactement, je savais juste qu'il ne me retrouverait pas.
Il a tenté de m'appeler, plusieurs fois, il m'a aussi envoyé des messages, je ne lui ai plus jamais répondu.

Le lendemain, j'ai pris le premier train pour rentrer où je faisais mon stage. Mes collègues étaient tous partis en week-end ensemble. J'étais seule, choquée, et j'ai fini mon week-end en pleurant.
Le lundi, c'était comme s'il ne s'était jamais rien passé, j'ai voulu tout oublier. Surtout n'en parler à personne.
Parce qu'il travaillait avec mon frère, je ne voulais pas que ça se sache.
J'ai réussi à faire comme s'il ne s'était rien passé, j'avais presque oublié. J'étais passée à autre chose.

C'était pour mon anniversaire, mes 19 ans.
C'était il y a 3 ans, c'était du passé. C'était oublié.


Jusqu'à l'année dernière.
Un garçon que je fréquentais a remarqué que j'étais très renfermée sur moi, il a été droit au but. Il m'a posé la question de but en blanc. Et tout s'est réveillé. J'ai dit "oui".
Depuis, je ne fréquente plus ce garçon, mais il m'a replongée dans le passé avec cette question. J'ai été mal pendant plusieurs mois.
Alors un jour, sous l'effet de l'alcool, je me suis pris la tête avec un ami. Et en criant, je lui ai avoué.
Au début, il ne savait pas quoi dire. On s'était pris la tête, je venais de lui crier dessus, pour lui dire quelque chose d'horrible.
Honteuse, je me suis enfuie de chez lui. Le lendemain, je lui ai envoyé un message : "Oublie ce que je t'ai dit hier".
On est finalement revenu sur le sujet plus d'un an après.

Je lui ai dit que jamais je ne porterai plainte, parce qu'il connaît mon frère, parce que c'est toujours compliqué ce genre d'affaire. On m'a toujours dit que j'étais quelqu'un de forte, mais là, je n'ai pas la force. Je ne m'en sens pas capable.
La semaine dernière, on en parlait, parce qu'il n'y a qu'avec lui que je peux en parler, et encore je ne lui aurai jamais dit si je n'avais pas bu ce soir-là...
Il m'a alors dit "pourquoi tu ne fais pas une main courante ?" J'ai trouvé que l'idée était parfaite. Pas d'enquête, pas de procès, juste mon témoignage. Je me sentais mal de ne pas avoir prévenu la police ou la gendarmerie, au cas où ça arrive à quelqu'un d'autre. Mais je ne voulais pas non plus qu'il y ait des suites, pour ce que moi j'avais vécu.
Je suis donc allée à la police aujourd'hui. J'ai fait exprès de finir le plus tard possible, priant pour que le commissariat soit fermé. Parce que plus j'y pensais, plus mon ventre devenait de la bouillie.
Finalement, j'ai débauché. Je suis donc allée vers le commissariat, j'ai pris tout mon temps. Je ne trouvais pas de place pour me garer, prête à faire demi-tour en reportant ça au lendemain. Puis une place s'est libérée. Je me suis garée.
Je suis rentrée dans le commissariat. Je suis tombée face à une jeune femme. Et, j'ai perdu tous mes mots. J'avais eu la force de rentrer, mais je voulais quand même déjà ressortir.
J'ai donc commencé par expliquer mon problème. Je ne veux pas porter plainte, parce que je sais que ça sera compliqué. C'est alors que je lui dis pourquoi j'étais vraiment là, en pleurant. Ca faisait 4 ans que je n'avais pas pleuré pour ça. Je voulais oublier.
Elle m'a proposé d'aller dans une salle pour discuter. Nous avons discuté, puis elle m'a proposé de voir un officier qui "avait l'habitude de ce genre de choses". J'ai accepté.

Il a été gentil, mais m'a expliqué les choses clairement. C'est criminel, il y aura forcément ouverture d'une enquête. Une plainte est donc plus appropriée. J'ai refusé, j'ai quand même accepté d'aller voir une association. Mais je ne porterai pas plainte.

Désolée pour ce long texte, j'avais besoin de parler, de m'expliquer. Je n'ai jamais dit tous les détails à mon ami. Aujourd'hui, il n'est pas là. Mais aujourd'hui, tout est remonté, et ça fait aussi mal qu'il y a quatre ans.

Merci de m'avoir lue jusqu'au bout,

Cykoppa.

Bonsoir et bienvenue.

Peut-être qu'avec le temps tu t'apercevras que tu as bien fait d'aller au commissariat, quoiqu'il en soit, sache bien que tu n'es pas responsable, que tu dois pas te sentir coupable et que ton frère va bien comprendre.

Portes-toi bien et n'hésite pas à venir ici aussi souvent que tu en as le besoin ou l'envie.

Bon courage.
« Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Après, ils se démerdent. » (Jean Yanne)

Merci beaucoup.

Je ne sais pas si j'ai bien fait, mais j'ai au mois été orientée, je ne sais pas si ça me fera du bien, mais ça ne peut pas me faire de mal.

Pour la culpabilité, je dirai la même chose si quelqu'un venait à me raconter son histoire. Malgré ça, je me sens quand même coupable, de n'avoir rien fait, de ne pas m'être défendue physiquement, de ne pas avoir bougé, de ne pas donner un nom aux forces de l'ordre, mais j'ai peur de le faire, peur des suites, et que ça se sache dans ma famille, notamment mon frère.
J'ai toujours été pudique face au sexe, je n'ai présenté qu'un seul copain à ma famille alors parler de ça est tout simplement impossible. Et si je porte plainte, l'ouverture d'une enquête mènera à un interrogatoire, et il ira en parler à mon frère, ce que je ne veux absolument pas.

Merci beaucoup pour ton message

Bonjour Cykoppa,
sois la bienvenue ici.

Bravo à Toi d'avoir eu le courage d'en parler au commissariat,
tu n'as pas à avoir honte, alors que lui si,
sa fuite précipitée prouve bien qu'il ne se sentais pas clair ce jour là...

Parler c'est libérateur,
ça peut aider à comprendre, assimiler,
mieux vivre avec...

N'hésites pas à revenir ici aussi souvent que tu en as besoin,
on fera notre possible pour Toi,
et pourquoi ne pas te faire aider avec une asso, un groupe de parole,
un psy...

Bon courage,
à bientôt.
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

La honte doit changer de camps, c'est pas à nous victime d'avoir honte , c'est à eux pestifere.