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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Tu es de l'autre côté de la porte qui vient de glisser rapidement sur ses rails de caoutchouc et elle te sourit derrière la vitre avec toute cette eau qui déborde de ses yeux. "Tu ne vas pas pleurer ...". Elle ne pleure pas, juste l'eau de mer c'est tout ... Tu es à l'autre bout de la France, non loin de la mer et elle songe à cette immensité liquide souvent aussi bleue que ses mots, aussi profonde que la source de l'eau qui coule jusqu'à tacher le velours autour de son cou. Tu lui souris aussi avec dans le regard un peu d'incertitude, d'inquiétude, d'incompréhension devant l'eau ...
Je peux te le dire, je le sais, elle n'est pas malheureuse. Je crois que son amour est à ce prix là, celui du déchirement et de l'eau. Tu ne vis pas comme il est commun de vivre et elle non plus.

Nomade ...

L'errance faisait battre son coeur trop vite et elle s'y perdait dans cette persistance sans cesse reconduite. Dorénavant, elle vit sous une tente qui ne lui appartient pas, qu'elle a faite sienne en apparence et son choix est comme toi, nomade ...

Tu sais, elle les regarde souvent les gens en face qui vivent derrière les immenses vitres de leur véranda. C'est très étrange, ils se pensent protéger de l'intrusion des autres par le verre en oubliant sa transparence. Ils mangent, jouent aux cartes, regardent la télévision, elle repasse aussi, lui vient le matin en slip et chemise remettre le fauteuil à sa place. Les volets du rez de chaussée restent clos, ils vivent dans ce qu'ils ont rêvé de vivre, cette adjonction à leur maison et elle demeure fascinée par l'évidence de ce bien-être sédentaire si simple, si suffisant, si petit. Dans un film noir et blanc, on voit Charlie Chaplin, le nez collé à la vitre, contempler les bourgeois, les nantis se gaver de nourriture. Il lui arrive de ressembler au petit homme à l'estomac vide, envieuse, désireuse de se remplir la panse de ce qu'elle ne peut pas avoir, la véranda. Pourtant rien n'est adapté en elle pour ingurgiter quotidiennement le gâteau gorgé de sucre qu'on trouve à l'angle de la plupart des vies. Peu à peu, elle s'apprend et reconnait ce qui la remplit, l'anime,  lui octroie la permission de vivre, d'être désirante. Et ce n'est certes pas la véranda.

Il s'agit pour elle d'alternatives au pluriel afin de quitter la ligne droite (cette route d'asphalte rouge dans son enfance pour aller à Bourges dont la seule coquetterie consistait à des montées et des descentes vertigineuses) pour choisir. Et il faut lui laisser l'eau, l'attente, le manque, ses mots, sa façon de perdre pied, elle n'a pas le temps, elle est en retard. Et ne doute pas d'elle, de ce qu'elle revendique patiemment, de ce qu'elle tente dans sa passion douce pour toi.

Nizoux

C'est boulversant de beauté , de profondeur           :o   :D   !
heureux les coeurs purs ... ce long chemin