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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Bonjour,

Nouvelle sur la plateforme, je ne sais pas vraiment par où commencer..
Cela fait des années que j'essaie d'écrire ce qui m'est arrivée. Même à l'oral je n'y arrives pas en détails. Je peux dire le verbe. C'est tout.
Mais ce soir je veux y arriver. Je veux avancer après cet écrit.

J'ai été violée il y a 12 ans environ. Cette période est floue pour moi.
Il avait 10 ans moi 11 ans.
Nous étions dans la maison de famille. Première fois que je le rencontrais. Il s'agissait du fils de la nouvelle petite amie du frère de mon beau-père. A l'époque les enfants dormaient tous ensemble, comme un dortoir. C'était rigolo. Nous pouvions jouer jusqu'à pas d'heures dès que les parents s'endormaient.
Cette nuit là ce n'était pas rigolo.
Nous nous sommes tous endormis rapidement. Je dormais sur un lit gonflable avec ma petite sœur. Cela faisait à peine 3/4ans que nous découvrions cette famille. On osait pas trop se séparer.
Cette nuit là, il ne dormait pas. Il nous a réveillé. Nous a demandé s'il pouvait dormir avec nous car il avait fait un cauchemar.
On allait pas le rejeter. Alors on a dit oui. Il est venu entre nous deux. Il nous a parlé si longtemps. On en pouvait plus. Nous voulions dormir. Au final, il a tendu son poignet, montré sa montre lumineuse et nous a promis qu'à 2h00 il nous laisserait dormir.
Chose dite, chose faite, il était 2h00 il s'est tue.
Le silence régnait, quand une main a commencé à me caresser. J'ai cru que j'hallucinais, ce n'était pas réel. Alors j'ai bougé légèrement mon bras de ce contact. Mais ce n'était pas une hallucination. Il est venu sur moi. Il a commencé à me toucher les seins, les pétrir. Au début c'était par dessus le t-shirt puis ensuite il a glissé sa main dessous. C'était froid. Je ne comprenais rien, je ne savais pas quoi faire. Je me disais quand faisant la morte et ne réagissant pas il arrêterait. Il n'a pas arrêté .. Il a glissé sa main contre ma culotte. Je n'aimais pas. J'ai bougé, je me suis mise sur le côté pensant que ça l'arrêterait. Qu'ainsi il ne pourrait pas m'atteindre. Il m'a retourné et s'est bien remis sur moi. Il m'a embrassé. Au début de légers coups de lèvres contre lèvres. C'était rugueux, désagréable. J'essayais de ne pas réagir pour qu'il arrête. Il m'a mordu. Très fort. J'ai ouvert la bouche de douleurs et là il m'a tenu la bouche comme on tient la gueule à un chien pour qu'il la garde ouverte. Il a planté sa langue dans ma bouche. Longtemps. Très longtemps. Je ne comprenais rien de ce qui se passait. Que me faisait il ? Pourquoi c'était si désagréable ? Puis il est venu coller ses lèvres à mon oreille et m'a soufflé : "Je sais que tu es réveillée et que tu aimes ça salope". Je n'ai pas su répondre. Je n'avais plus de voix. Même pas une larme pour montrer que j'étais en vie à ce moment précis. Puis avec sa seconde main il l'a remise dans ma culotte. Plus tard j'apprendrais que ce qu'il m'a fait s'appelle doigter. C'était douloureux. J'avais si mal. Mais je ne bougeais pas. J'en étais incapable. J'étais comme loin de cette chambre, loin de cette maison, partie.
Puis il est descendu. Tout en bas. Il m'a léchée et redoigtée. Je ne pensais qu'à une chose stopper cette douleur dans le bas du ventre. Cette partie de mon corps que je ne connaissais même pas. Puis il s'est relevé et là je ne sais pas comment mais .. J'ai fait comme si je me réveillais. Il m'a regardé et dit "qu'est ce qu'il y a ?" auquel j'ai juste répondu "rien je vais aux toilettes".
J'ai marché normalement dans la chambre puis passé la porte j'ai croisé sa mère. Je n'ai pas réussi à la regarder dans les yeux. Je suis partie vite dans les toilettes. Et là, seulement là, j'ai pleuré. Toutes les larmes possibles et inimaginables. J'avais si mal et c'était si flou. Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer. Que m'a t-il fait ? Pourquoi est ce douloureux ? Pourquoi me sens je si sale ?Je voulais disparaître de ces toilettes, de cette maison, de ce monde.
Puis là, seulement là, je me suis souvenue. Ma petite sœur. Elle était encore là-bas. Dans le même lit que lui. Je ne pouvais pas la laisser seule. Pas avec lui. Alors je me suis mouchée, essuyée les yeux fais genre que j'étais vraiment allée aux toilettes puis suis sortie.
Je suis retournée dans la chambre. Il était là dans notre lit, assis. Comme s'il m'attendait.
Je ne sais pas comment mais j'ai réussi à dire ces simples mots "Sors de notre lit, retournes dans le tien, on est trop serré là."
Il y est retourné. Je me suis allongée. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Trop occupée à surveiller que sa montre lumineuse ne bougeait pas. Trop occupée à m'assurer qu'il ne reviendrait pas et ne toucherait pas ma sœur.
Depuis je me mettais un réveil à 2h00 de peur qu'il revienne finir.
Il a été banni de la maison. Mais pas sa sœur. Du coup, il l'appelait chaque vacances scolaires pour qu'elle me dise qu'il ne m'avait pas oublié et qu'il viendrait finir ce qu'il a commencé.
Maintenant je ne mets plus de réveil. Mais je me réveille très souvent à 2h00. J'ai continuellement peur qu'il me retrouve. Pourtant la raison voudrait qu'il ne revienne pas. Il est à l'autre bout de la France. Et pourtant j'ai peur. Je suis effrayée à l'idée de le croiser même dans une rue.
Mon seul réconfort dans cette histoire c'est de me dire qu'il n'a rien fait à ma sœur, que j'ai su la protéger.
Bien plus tard, j'ai appris que ce qu'il m'était arrivé s'appelait un viol. Ca a tout déclenché en moi. Toutes ces nuits blanches, ces douches à se gratter au sang, cette peur du contact physique .. Je n'étais pas folle, cette douleur était bien réelle.
Maintenant j'arrive à avoir des contacts mais c'est un travail au quotidien.

Malheureusement il ne sera pas le seul viol vécu. Le premier mais pas le dernier.

Bonjour Petittournesol,

Bienvenue ici.
Et bravo à toi d'avoir mis des mots sur ton histoire. Je sais à quel point c'est difficile...

J'espère que ça t'a libérée un peu de ton fardeau.

Comment vas-tu aujourd'hui dans ta vie ?

Bonjour Bee,

Merci, je n'ai fait que pleurer après avoir réussi à l'écrire. Ca a été comme d'admettre enfin ce qui c'était passé.

C'est difficile à dire. Je vais bien factuellement. Entourée de personnes qui m'aiment et comprennent mes comportements et réactions. J'ai un travail et j'arrive à sociabiliser (des fois). Mais j'ai des périodes comme ce mois-ci où les images de ces moments tournent en boucle et m'empêchent de dormir, de suivre une conversation, etc. Ces périodes me font sentir de trop, trop difficile, trop sensible..
Au final on n'en guérit jamais de ces blessures, on apprend à vivre avec.
Je vois un psychologue qui m'aide beaucoup à gérer mes émotions.

Et toi ?

#3 Décembre 07, 2023, 05:19:29 PM Dernière édition: Décembre 07, 2023, 06:56:52 PM par Bee
Oui, je comprends..

On reste malgré tout plus fragiles, à certains moments, ou dans certaines situations qui vont réactiver nos souvenirs, nous faire redescendre un peu au creux de la vague..

Je crois que tu as raison, au final, on apprend à vivre avec.
Ca ne nous quitte jamais totalement, mais on peut vivre notre vie, faire des projets, aimer...
Presque comme les autres. Juste un peu plus bancal.

Bonjour "petittournesol",

bienvenue ici et bravo d'avoir pu poser tes maux!

Comme Bee je confirme, on n'oublie pas,
mais on apprend à vivre avec,
ça développe en nous une sensibilitée exacerbée,
qui parfois nous rend meilleurs que les autres,
et d'autres fois un peu "étrange", décallé, bancale...

Je te souhaite bon courage,
et vient ici aussi souvent que tu en as envie ou besoin,
on fera notre possible...
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

Bonjour "petittournesol"
Bravo d'avoir réussi à mettre des mots sur ce qu'on t'a fait. Ca aide sur le long terme, mais je sais que parfois, ça fait aussi tout remonter à la surface. J'espère que tu prends bien soin de toi.
Je me suis retrouvée dans ton témoignage, essayer de se tourner, dire que j'avais besoin d'aller aux toilettes, etc. Le fait de pouvoir nommer cet acte m'a fait tomber dans un gouffre. Ces souvenirs, qu'on appelle des "flashbacks" sont bien trop réels.
Je ne suis pas une professionnelle, mais tu sembles avoir beaucoup de symptômes de ce qu'on appelle le TSPT.
C'est déjà une très bonne chose que tu vois une psy. As-tu aussi vu un psychiatre ou un autre docteur pour voir s'il y aurait d'autres choses qui pourraient t'aider avec ça et les autres choses qui te sont arrivées?
Je confirme que peut apprendre à vivre avec. Je vois ça comme une blessure. C'est une blessure profonde, qui fait très mal, mais on peut en guérir. Il reste des cicatrices, mais ce n'est plus une blessure vive, ça ne t'empêche plus de vivre ta vie, ça ne contrôle plus ta vie.
Alex.

Bonsoir à tous,

Merci pour vos réponses, on se sent moins seule dans cette blessure comme le décrit Alexandra.
C'est ce que m'a dit mon psy au sujet du TSPT.
On essaie des anxyos depuis 2 semaines.
N'étant pas une grande fanatique des médicaments on commence léger (ancienne addiction).

Ce sont des blessures uniques à chacun.
J'aime à penser que même dans les moments difficiles ces évènements nous rendent meilleur auprès des autres en tant que soutien et oreille à tendre.
Ca va un peu mieux cette semaine la vague est passée à nouveau.

J'espère que vous allez tous bien et vous souhaites une merveilleuse année

Merci. Bonne année à toi aussi, en espérant que cette année soit le départ de ta guérison.
Alex.

Une bonne et heureuse année à Toi aussi, merci  :)
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."