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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Bonjour à tous et toutes,

Je m'adresse à vous, désespérée, parce que mon conjoint a subi des attouchements/viols? , il ne sait pas, il n'a que des flashes, qu'il a gardé son cauchemard pendant presque 20 ans pour lui et que tout est en train de lui revenir depuis la naissance de notre petit garçon qui a trois mois.
Il réagit mal, très mal, il est en train de couler et moi et notre fils avec. il a décidé lundi dernier de se séparer de nous et depuis il coule seul, refusant mon aide.

J'ai lu vos témoignages, tous se ressemblent et tous sont différents à la fois. Mais sa descente aux enfers croise toutes vos expériences.
Je suis à bout de nerfs et je me bats seule depuis le milieu de ma grossesse, depuis que j'ai compris qu'il allait lâcher prise, et j'ai tenu mon homme autant que j'ai pu tout en ne lâchant pas notre bébé. J'ai de l'amour et de la patience à revendre mais comment faire s'il me claque la porte au nez?

Si vous avez un peu de temps, je vais essayer de résumer notre histoire:

J'ai rencontré l'amour de ma vie il y a trois : un garçon de 25 ans, sensible, qui me faisait rire tout en étant très triste lui même, et en colère contre tout le monde, ses parents, ses amis ( dont il se coupe régulièrement après des crises noires), et qui avait enchaîné les histoires d'amour passionnées mais courtes : il ne reste pas plus d'un an ou deux avec ses exs et c'est toujours lui part. Il est toujours amoureux très vite, très fort, et puis ça lâche, sans explication.
J'ai tout de suite senti qu'il avait beaucoup souffert, j'ai même su assez vite que c'était lié à des sévices sexuels, il me disait toujours dans ses colères qu'il était sale, souillé, un monstre, qu'il ne comprenait pas pourquoi je l'aimais, que je partirai un jour et qu'il finirait seul, alcoholique à 40ans.
Au bout de quelques mois il m'a raconté que ses camarades de classe s'était fait toucher dans leur école mais il a toujours nié faire partie des victimes. Pourtant il se posait des questions sur sa sexualité, avait peur d'être bi car toujours attiré par le milieu homo ( il  a beaucoup d'amis gay, j'en connais certains il sont gentils mais aucun ne l'a jamais dragué, comme s'ils sentaient que la réponse à sa douleur n'était pas chez eux).
Et puis il y a eu deux ans de stabilisation : on s'aimait plus doucement que ce qu'il avait l'habitude de vivre, mais plus fort aussi je pense. Il était plus serein dans sa relation avec moi qu'il ne l'avait jamais été. Au bout de deux ans de vie commune, je l'ai poussé à consulter, je me disais qu'il ya des choses qu'on ne peut dire régler avec son conjoint. Il a failli y aller, plus a reculé au dernier moment.
Il ya avait des colères noires encore pourtant et puis son mode de vie qu'il combattait par amour pour moi : l'alcohol, les sorties jusqu'à 7h, la drogue occasionnellement et le sexe dont il était fou sans que cela ne l'apaise jamais vraiment.Et puis des crises d'agoraphobie régulières, il me lâchait tout d'un coup dans les grands magasins , en sueur et rentrait seul à la maison, tétanisé.

Il m'a demandé en marriage, me disant que personne ne l'avait jamais aimé tel qu'il était et que pour la première fois de sa vie, il avait envie d'essayer d'être heureux.
Et puis je suis tombée enceinte. On a beaucoup réfléchi à l'idée de garder ou non cet enfant, moi parce que je le sentais encore fragile, lui parce qu'il en avait toujours voulu mais qu'il ne voulait pas m'imposer cette responsabilité trop tôt. On a décidé de l'avoir.
Et tout s'est écroulé, de façon implacable, sans que j'arrive à parer tous les coups.

Il a commencé à reboire énormément, à sortir, à revenir au petit matin, honteux et désolé de m'abandonner enceinte. Pourtant je vous aime tous les deux me disait-il la main sur mon ventre rebondi. Il est venu à toutes les échographies, a pleuré quand on a compté ensemble les petits doigts.
Nous avons eu un magnifique petit garçon à la fin de l'été. Mon fiancé a été 15 jours un papa parfait et puis il a coulé à pic : il ne le prenait plus dans ses bras, ne voulait pas le touchait quand on lui donnait le bain à deux, passait son temps à écrire sur son ordinateur : il a commencé à raconter un personnage proche de sa vie dès la début de ma grossesse, un homme de son âge qui vit une double vie. J'ai lu les premiers chapitres : toutes ses haines de lui sont couchées sur le papier, j'en pleurais.

Il a repris le travail au bout d'un mois, soulagé de nous quitter moi et le bébé et l'enfer a repris de plus belle : il passait des nuits entières dehors, portable coupé. Il s'arrachait la peau des mains, pleurait dans mes bras en me disait que tout implosait dans sa tête mais qu'il ne sait pas pourquoi.

Un soir j'ai surpris des textos d'une fille de son boulot et j'ai explosé : parce que même s'il souffrait, j'avais moi aussi ma part de douleur et là, je ne méritais pas un adultère. Moi qui veillait notre fils jours et nuits seule, épuisée par l'accouchement, angoissé par la dépression de mon homme, non , pas une autre femme!

Ivre de douleur, je lui parlé toute la nuit : il m'a dit qu'il m'aimait encore, que notre fils et moi nous étions la seule famille qu'il aimait et voulait vivre avec. Mais que cette fille avait été sa confidente, qu'il avait peur du désir qu'il avait pour elle alors qu'il n'en avait plus pour moi depuis l'accouchement. Qu'il était perdu mais voulait se battre pour nous garder.
ALors j'ai passé l'éponge et j'ai eu deux exigence : la première qu'il aille consulter, la deuxième qu'il quitte son travail parce que la demoiselle est dans son bureau tous les jours. Il a dit oui.
Et pendant un mois il s'est effondré mais avec moi au moins; il rentrait tôt, pleurait, me rejettait en me disant qu'il ne supportait pas que je le touche mais qu'il m'aimait malgré tout.

J'ai hurlé de douleur à l'intérieur mais je lui ai tenu la main.
Et puis il a une semaine, j'ai su qu'il avait été dormir chez cette fille. J'ai de nouveau explosé : il m'a dit qu'il n'avait pas couché avec elle, juste dormi dans ses bras. Qu'il pensait en être amoureux mais qu'il m'aimait moi et son fils. Mais qu'il ne pouvait plus supporter de vivre avec nous.

J'ai donc dit alors? Il na pas pu me dire qu'il me quittait. Mais pour moi cétait ce qu'il voulait.Il était 22H.
A 23h, c'est sorti tout seul : il m'a raconté ses flashes, son calvaire de silence de 20 ans, ses parents qui n'avaient jamais voulu rien voir et la haine, profonde, destructrice qui l'habitait et le détruisait à petit feu.
Je me suis sentie anéantie : pourquoi me le disait-il maintenant? Après m'avoir quitté?
J'ai pleuré toute la nuit, au matin il partait.

Et le soir il est revenu, avec un sapin de noel. A l'heure. alors qu'il nétait jamais là avant.
Et tous les soirs de la semaine. Je ne comprend pas. Pourquoi n'est il pas parti chez cette fille s'il est fou d'amour pour elle?
Pourquoi revient-il à la maison?
Vendredi, je lui ai dit de faire ses valises parce que je ne peux pas être son amie et le consoler du mal qu'il me fait. il avait l'air triste.

J'ai oublié de préciser qu'il est allé chez le psy jeudi. Cette séance je l'avais attendue de toutes mes forces, tant qu'on étant ensemble, pensant que c'était le début d'un renouveau pour nous.
Mais là je suis perdue.

Il me dit qu'il fera tout pour son fils et moi on aille bien : il me laisse dans notre appartement, paiera une pension. Mais a coté de ça, il coule seul, sans personne pour l'aider vraiment.
Il dort chez des amis fêtards qui ne l'ont jamais aidé à aller mieux, continue de boire, n'a rien dit à personne : je sais qu'il prétend que l'on se sépare parce qu'il dit n'être plus amoureux de moi, c'est comme ça c'est la vie. Et personne ne le questionne sur son malêtre.

Et moi, je hurle, seule, avec mon fils, devant cet énorme gâchis : on s'aime, on a un fils de trois petits mois. Pourquoi nous rejette-il de sa vie alors qu'il tant besoin de soutien et d'amour en ce moment même?

Est ce que je dois lui reparler de sa torture? lui dire que je l'aime malgré ce qu'il lui est arrivé? Que jamais je ne l'aurais quitté pour ça? Au contraire que mon amour pour lui m'aurait donné la force de traverser ça avec lui? Comment se pardonneratil d'abandonner son fils derrière lui alors qu'il en veut tant à ses parents de lui avoir tourné le dos aussi?

il a fini par dire à des amis que cette fille n'était peut être pas grand chose finalement mais qu'il devait nous quitter.
Et moi je me dis non!!! ne nous lâche pas maintenant, tu as besoin de nous, si tu dis nous aimer laisse nous t'accompagner!!!

Je suis en train de perdre mon amour, ma famille et tout le beau futur que nous aurions pu construire.

Comment l'aider? comment lui parler? comment l'assurer qu'il ne me dégoute pas mois qui attend depuis trois ans qu'il m'en parle? Pourquoi fuit-il maintenant qu'il m'a tout avoué?

Aidez moi s'il vous plaît. Qu'est ce que je vais dire à mon fils plus tard?

#1 Décembre 14, 2009, 06:36:30 PM Dernière édition: Décembre 14, 2009, 06:57:07 PM par kentaka
bonjour Poupi ,
ce qui me vient en premier c'est quand on a été agressé, torturé et que l'on a gardé cette violence en soi tant d'années ,  laissé celle-ci se retourner contre soi , sans savoir comment sans savoir pourquoi ... je crois qu'il est très difficile d'accepter d'être soutenu, d'être aimé totalement . Et pourtant c'est de cela dont on a besoin, inconditionnellement cette fois ci : justement .
et parfois on s'éloigne (comme un aimant inversé) de ce dont on a le plus envie pffff  >:( de ce qu'on espère le plus fort !

ce que j'entends c'est que tu es là et l'aime avec une telle force, malgré la bourrasque à un moment où tu mériterais tant d'être toi même soutenue   BRAVO  et tiens bon  :P
car c'est justement tout ce stratagème de fuite de peur, de terreur même d'oser avouer l'impensable qui reflète d'ébullition en lui mais aussi le changement, le formidable processus de nouveauté qu'un enfant peut amener pour sa propre vie d'homme, son identité de parent . il l'a choisi avec toi ? j'ai envie de t'encourager à rester là vers lui , puisqu'il vient d'ouvrir le plus dur , puisqu'il revient le soir et de prendre plus ses actes que ses paroles en compte ; alors qu'il se "barricade" et est dans ses résistances -c'est normal-  sur la défensive verbalement , non ?
il a surement tant besoin que tu comprennes combien ça peut être fou, son vécu, déstructurant pour lui de devenir père et de s'engager homme, ce bouleversement que tu vis toi aussi en sourdine : devenir maman ! Imagine qu'en ce moment pour lui "tous les dossiers sont ouverts" et les plus douloureux .
le premier rdv avec un psy est aussi une déflagration énorme, ça le soulagera oui, mais avec le temps, il serait bon qu'il y retourne bien sûr ; et que toi aussi tu sois soutenue je trouve -pourquoi pas une psy aussi ?-, car ce que tu offres est une surface d'appui phénoménale !  je suis sage-femme et je sais combien les femmes ont de puissance ET de besoin d'être contenue en même temps, pour contenir à leur tour les petits d'homme !
ta posture ton combat ta lucidité me touchent et j'ai envie de te dire Merci pour lui , mais toi aussi et ton petit bout  vous êtes au centre et si importants , j'espère qu'il y a des gens autours pour vous aider vous cajoler  :)
cette crise ... d'identité probablement doublée de ce tremblement de terre qu'est la révélation , à soi même et à l'autre , d'un abus sexuel ... ne durera pas c'est un passage très perturbant, c'est un tourment, mais jamais il n'oubliera je te jure ta présence ta stabilité ta capacité d'amour , ces qualités dont il a tant besoin , et qu'à son tour j'espère il pourra incarner
je me souviens aussi d'avoir malmené mes amours, jusqu'à que je puisse porter ma souffrance moi même   :'(  aujourd'hui je vais bien   il a fallu du temps et du travail et accepter d'être aidée ... et mon fils a grandi, un beau jeune homme de presque 17 ans maintenant !
tout est possible  COURAGE  continues de nous écrire de te confier
  Merci pour ton fils aussi à qui tu donnes une telle démonstration d'amour  ::)
heureux les coeurs purs ... ce long chemin

Quelle descente aux enfers pour vous 3  :( Je reconnais les symptomes d'une victime en pleine crise. Ca fait mal, et ca detruit tout sur son passage. La victime n'a pas la capacite de penser aux autres, la douleur interieure occupe toutes les pensees. Il veut certainement te proteger de lui-meme en te quittant. Une pensee aussi, pour certain hommes victimes, ils ont parfois peur, a tort, de devenir des abuseurs eux-memes, donc ils se distancent de toute personne qui pourrait devenir leur victime pour les proteger (dans ton cas, votre fils).

Est-ce qu'il va voir ce psy souvent? En pleine crise, il faudrait qu'il voit un psy au moins 2 fois par semaine. Je vous conseille aussi une therapie de couple s'il est d'accord.

Bravo pour ton amour, ton courage, ton support. Etre la pour une victime est tres dur psychologiquement, certains n'ont pas le courage de faire face a toutes ces epreuves pour soutenir la victime. Il a de la chance de t'avoir.
Alex.

Bonjour Poupi.
Je n'ai pas de bons conseils à te donner, face à pareil détresse!
Je voulais juste te souhaiter bon courage, au moment de ta vie ou tu en as le plus besoin.
Ne te laisse pas sombrer avec lui, ton petit à besoin de toi.
Pour ton homme, j'espère qu'il remettra "les pieds sur terre" et qu'il réalisera rapidement que ce n'est vraiment pas le moment pour qu'il flanche et fasse des siennes.
Il y a déjà très souvent le baby blues pour les mamans, alors si les pères en rajoutent...... ::)
:-*
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

Bonjour Poupi
J'avais écrit un post mais je vois qu'il n'a pas passé....C'est une situation terrible ! mais il ya  tellement de courage, de volonté, d'amour dans cette histoire que moi aussi j'ai envie d'y croire.  Kentaka a raison, il a fait le premier pas tellement difficile : dire ce lourd secret. Bravo de le soutenir ainsi, d'avoir autant de force. Je pense aussi qu'une thérapie de couple pourrait vous aider à surmonter cette crise que vous subissez. Il faut bien vous protéger, toi et votre enfant, êtes-vous bien entourés par ailleurs (amis, famille...) ?  :) bon courage pour tout...

merci de vos réponses.vraiment.

les choses ne se sont malheureusement pas améliorées pendant les fêtes.
mon ex puisqu'il faut bien que j'admette que c'est ce qu'il est devenu est toujours à la dérive : il vit à droite à gauche chez des copains.
il est venu voir deux fois son fils : c'est de pire en pire . aucune communication entre eux, la première fois il a à peine joué avec lui, puis s'est installé devant la TV avec une bière et au bout de deux heures, il m'a dit qu'il s'en allait à une soirée, et il est parti sa bouteille à la main.

je suis partie chez mes parents me reposer. Mais mon fils fait des cauchemards chaque fois qu'il ferme les yeux, c'est à dire y compris pendant les siestes la journée. Je suis effondrée. Il a entendu trop de colère et de souffrances, son père est incontrôlable quand il a bu. Du coup je rame pour le ramener à la surface. Dire qu'il était tout bien réglé, il faisait parfaitement ses nuits de 10H et ses siestes depuis ses deux mois. il est sous homéopathie depuis noel, ça a l'air d'aller un peu mieux mais dès que j'arrête une prise, il rechute.

Son papa est venu avant hier : méconnaissable.
Bouffi, blanc, l'air hagard, j'ai ouvert la porte à un fantôme.
il a pris son fils dans ses bras et s'est mis à pleurer.
Je lui ai dit d'essayer de jouer avec lui au moins, j'ai pris sur moi une fois de plus et je lui raconté nos vacances, ses jeux avec son tonton, son pépé.
Aucune réaction. il a l'air mort à l'intérieur.
Le pire c'est qu'il me donne l'impression de ne pas survivre sans moi. Il erre d'une pièce à l'autre dans notre appartement, son fils dans les bras mais il me suit dans toutes pièces, sans rien dire.
on doit signer les papiers pour la garde la semaine prochaine. Il est ok à toutes mes propositions. On dirait qu'il s'en fiche en fait.

Par contre il tient à garder l'appartement. Moi je veux le vendre.
D'abord parce que je m'y sens mal : on s'est saigné pour l'acheter, mon papa bricoleur y a fait 6 mois de travaux, je l'avais décoré patiemment pour en faire notre nid d'amour. Mais maintenant je m'y sens comme dans un tombeau.
Et puis je dois penser à mon fils. Je veux récupérer ma part pour en acheter un plus petit certes mais où au moins on sera bien tous les deux, pour essayer de se reconstruire.lui refuse.
Il me soutient qu'on ferait mieux de le louer pour le revendre seulement dans 4/5 ans et réaliser une plus value.

Je ne comprend pas comment il peut penser à l'argent dans un moment pareil.
Ou peut être se raccroche t-il à cet appartement comme à sa dernière pierre de stabilité. il en les clés, il passe quand il veut. C'est sa seule maison. Mais du coup il m'empêche aussi d'aller de l'avant pour que j'ai une chance de sauver notre bébé du naufrage.
Je ne sais pas. Peut être que j'élucubre trop et que sa souffrance le rend tout simplement égoïste.
je ne sais plus. C'est difficile de toujours l'excuser au regard de ce qu'il a enduré.
Comment quand on a autant souffert que lui est-on capable de faire souffrir à son tour les gens qui vous aime?

Pour vous répondre, non je ne suis pas seule du tout.

Au début j'ai tout gardé pour moi. Je pensais que je nous sauverais tous les trois , quel orgueil ou inconscience!
Mais deux mois après l'accouchement, j'ai cru que j'allais mourir de douleur. Alors le même soir j'ai appelé tous mes amis, mes parents, mon frère et tout est sorti d'une traite.
Mes parents sont absolument formidables. Au départ ils ont même soutenu mon conjoint, eux aussi ont eu des enfances cahotiques, sont passés par des thérapies et ils lui ont envoyé des courriers d'encouragement à se battre pour s'en sortir.
Mais maintenant c'est moi qu'ils exhortent à me sortir de là.
Pour moi. Pour mon fils.
Mes amis sont là aussi, à n'importe quelle heure. Ils passent me garder mon fils dès que j'en ai besoin. Me forcent à sortir pour un ciné ou un ptit verre. Ou me font à manger.
J'ai perdu 21 kg depuis l'accouchement. Sans rien faire.
Je ne mange plus, je ne dors plus. Je commence à faire des cauchemards moi aussi.

Mais je me bats, enfin je crois.
je reprend le boulot demain.
Je vais tout faire pour que ses visites à son fils se passe au mieux. Mais je suis partagée entre le bien que cela fait à mon ex et l'instabilité que cela procure à mon bébé qui se remet très mal des pleurs de son père à chaque fois.
Jusqu'à quel point vais pouvoir faire le grand écart entre leurs deux détresses? parce qu'à la fin, j'espère que vous ne me jugerez pas mal, mais c'est mon enfant que je choisirai de sauver.
parce que j'ai le sentiment d'avoir tout essayé pour son père et d'avoir échoué juste sur les derniers mètres de la course. j'en pleure de rage et d'impuissance en écrivant ses mots. C'est presque plus violent de le voir écrit que de le penser.

Lui est toujours aussi seul. Ses faux amis n'ont pas l'air de faire grand chose, juste contents d'avoir récupéré leur pote de beuverie.
Il est toujours fâché avec ses parents.
A part le boulot, rien ne semble aller correctement. Et encore, j'ai bien peur vu son état qu'il ne tienne pas longtemps.

Seul point positif : il a revu le psy et semble décidé à poursuivre sa thérapie.
Je ne sais pas si je dois m'accrocher à cet espoir : combien d'entre vous s'en sont vraiment sorti grâce à une thérapie?
arrive-t-on vraiment à regagner un peu de stabilité affective quand on a vécu son enfer?
arrivera-t-il à un être un père un jour, et pas trop tard pour son fils? 

enfin qu'est ce que je dois dire plus tard à mon fils du passé de son papa? Quand il me demandera pourquoi son père l'a abandonné?

je suis KO debout. Mais encore debout . je ne sais pas pour combien de temps mais il faut que je tienne au moins jusqu'à cet été pour mettre de l'ordre dans la vie de mon fils. Il mérite plus que quiconque que sa maman assure. Pour lui au moins je peux encore tout faire. il est au début de sa vie, je refuse qu'il coule dans le naufrage de ses parents.

j'ai juste une dernière question pour les courageux qui m'ont lu jusque là :
mon ex a toujours eu plus jeune des doutes sur une éventuelle bisexualité. il est sorti  avec un garçon il y a plusieurs années mais m'a dit être reparti en courant au moment du passage à l'acte qu'il a trouvé repoussant et sans aucun plaisir. et depuis il disait qu'il savait que c'était le corps des femmes qui l'attirait .
Pourquoi  dans ce cas fréquente-il autant ses amis homos?
Quand on a été forcé enfant par un homme , ne devrait-on pas au contraire fuir les homos? trouver l'éventualité d'une sexualité homosexuelle intolérable au regard des violences qu'on a subi?
Ou est ce que le fait d'avoir été éveillé de façon forcée à la sexualité par un homme adulte a laissé une mémoire dans son corps et qu'il a peur /honte de ressentir un jour du plaisir dans les bras d'un homme?

enfin je ne sais pas si vous me suivez. Je suis sans doute un peu confuse.

Merci de me lire en tout cas. Je me sens tellement seule.

bonjour Poupi,
je te souhaite que cette année 2010 voit votre reconstruction, de l'apaisement pour toi, ton bébé et son père. C'est bien qu'il soit allé revoir le psy et qu'il envisage une thérapie. Après, il faut attendre de voir s'il voudra s'en sortir vraiment. Ca prendra du temps, mais tu pourras en voir les effets assez rapidement, par petites touches, et l'espoir revenir. Si ton coeur te dit de continuer à espérer, alors c'est sans doute vrai, je l'espère du moins. Mais en attendant, tu as raison de vous protéger le plus possible. Pour les visites, je ne sais pas si c'est bien ou pas, je n'ai pas l'expérience des enfants. Mais au moins il garde contact avec vous, vous êtes son refuge visiblement. Il faudrait établir des règles pour ses visites : qu'il ne pleure pas devant le bébé, qu'il vienne uniquement s'il est sobre etc, si possible. Profite bien du soutien de ta famille et de tes amis, c'est très important. ce sont des gens bien qui pourront bien te conseiller. tiens bon

#7 Janvier 04, 2010, 01:26:53 PM Dernière édition: Janvier 04, 2010, 01:31:40 PM par kentaka
oui établir des règles des repères pour vous , pour lui . donner des limites ainsi je crois tu aideras chacun de vous trois . Tiens bon tu donnes l'impression d'être un sacré bout de femme !
et si tu tachais de ne pas projeter le pire pour l'avenir : car il n'existe pas encore , et tout se déroulera peut être bien autrement ! restes au présent j'ai envie de te dire , moi aussi tu sais je me suis retrouvée seule avec mon petit (pendant la grossesse déjà) mon garçon, et j'ai assuré , et nous avons inventé plein de solutions , d'amour , de nouvelles bases . penses à lui en premier, et à toi, car quelque chose me dit que pour son père cela prendra du temps . mais il ne l'abandonne pas -ne fais pas sentir ça au boutd'chou- il te laisse c'est vrai pour le moment , il n arrive pas ... à porter le poids de ses peurs , mais il doit traverser ces crises , alors protège le petit ... c'est ce que je sens ............ je t'embrasse bien fort et t'envoie plein de forces
kentaka
heureux les coeurs purs ... ce long chemin

Bonjour poupi.
Je t'envoie plein de courage et de bonne choses pour cette nouvelle année.
Tiens bon pour toi et ton gamin c'est indispensable, n'hésite pas à te confier à ton entourage et à leur demander de l'aide, c'est essentiel. Tu as cette chance dans tes malheurs d'être bien entourée.
bisous. :-*
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

merci à nouveau de vos réponses.

je suis d'autant plus touchée que je ne suis pas comme la plupart d'entre vous sur ce forum une victime , directe tout au moins, d'un abuseur sexuel. nous n'avons pas ce lien de souffrance commune et pourtant vous me lisez et me répondez si gentiment.

je ne sais pas trop ce qui me pousse à venir ici :
sûrement besoin de me sentir proche de lui, de continuer à le comprendre malgré la distance qu'il creuse entre nous chaque jour plus profonde.
comme je vous l'ai dit j'ai mes parents, mes amis, chacun a son avis, tous me soutiennent sans condition mais les avis sont très partagés sur le papa de mon fils : la plupart le déteste de m'avoir infligé une telle souffrance à un moment où j'avais tant besoin de mon compagnon, je parle de ma grossesse et de mon accouchement.
D'autre le voit comme un gosse paumé qui souffre mais dont je ne devrais plus rien attendre de bon, ils pensent qu'il a trop souffert pour pouvoir un jour être capable de générosité envers moi ou son fils.
la seule à espérer c'est ma mère : elle croyait dur comme fer que sa thérapie le sauverait et me le ramènerait, que si notre couple passait cette épreuve nous n'en serions que plus fort ensuite.
Dois je préciser que ma maman a elle même subi des atouchements plus jeune?

Et que c'est l'une des raisons pour lesquelles j'avais dès le début de notre relation identifié le malaise de mon amoureux.
Non seulement identifié mais j'avais aussi anticipé les souffrances de notre relation future : au bout de trois petites semaine d'une relation intense ( j'ai littéralement découvert le coup de foudre, le grand amour avec lui), nous avions eu une violente dispute au cours de laquelle il me disait que j'étais souillée, sale, impure ( une de ses amis m'avait dragué à une soirée, pourtant j'avais été très indifférente) alors que l'amour qu'il éprouvait pour moi était si pur jusque là. il me hurlait dessus avec ces mots si disproportionnés, en fermant les yeux.
J'avais immédiatement senti qu'il parlait de lui en fait , qu'il avait du être forcé à quelque chose plus jeune qui le faisait se détestait à ce point et que pour employer un tel vocabulaire, déjà entendu dans la bouche de ma maman quand j'étais ado et qu'elle même faisait une thérapie pour s'en sortir, cela avait à voir avec des abus sexuels.
Ce soir là j'ai eu mal, parce que j'étais déjà amoureuse.
J'ai couru dans la rue pour le fuir, fuir ce que je pressentais comme un fardeau trop lourd à porter pour notre jeune couple.
Il m'avait suivi en larmes, était tombé à genoux en me demandant pardon et en me disant qu'il m'aimait tellement.
Et ce soir là, il y a trois ans,  j'ai hésité longuement dans cette rue, je me suis arrêtée , je suis retournée vers lui et je l'ai relevé, moi aussi en larmes en lui disant que je l'aimais, que je ne l'abandonnerais jamais et que je l'aiderais. Il m'avait rétorqué " j'ai pas besoin d'être aidé, qu'est ce que tu crois!", un peu en colère.
Soir cruel et annonciateur de trois années en dents de scie, faites de rires, de pleurs, de peurs incroyables de ma part de ne pas tenir le coup malgré mon amour pour lui, et pourtant à chaque crise, je suis restée.
Pourtant je vous prie de croire que quelqu'un qui souffre à ce point est  parfois capable d'une cruauté sans pareille.
Et au bout de trois , un petit miracle, notre fils.
Et puis derrière, le trou noir.

parfois je me dis que j'ai tout mélangé : l'histoire de ma mère qui m'a marqué à vie, mon frère qui a lui aussi été en dépression pendant des années avant de refaire surface ( pour autre chose que des abus sexuels mais c'était lourd aussi).
Je suis l'ainée de deux enfants et j'ai beaucoup porté les souffrances de ma famille.
Du coup quand j'ai rencontré mon amoureux, je me suis dit qu'avec ma "tradition" familiale j'étais assez forte pour porter la sienne.
Peut être que c'était de l'orgueil mal placé, le syndrome de l'infirmière amoureuse. Je ne sais pas.

Pourtant je l'aime vraiment, et pas parce qu'il est malade. Je lui ai pourtant toujours dit : si un jour tu vas mieux, j'en serais heureuse et notre amour en sera renforcé. Je crois être suffisamment lucide sur mes sentiments pour voir que je ne l'ai pas aimé parce qu'il était un être en souffrance. Mais peut être lui le pense. Et que je n'aimerais pas le nouveau lui qui est en train de se détruire ou reconstruire au choix.

Kentaka, merci de me dire de ne pas me projeter sur le pire pour un avenir qui reste à écrire.
Mais vu les miettes de notre amour, il m'est très difficile de ne pas entre apercevoir que mon couple n'a que peu de chances de resuciter. il m'a rejeté avec une telle violence, il lui est tellement impossible d'aimer son fils pour le moment, et le chemin qu'il a à parcourir me semble tellement long. Si cela prend deux trois ans, qu'est ce que je fais moi? et je n'ai aucune assurance qu'au bout il nous reviendra.

je sais juste qu'il a fini pour tout lâcher à ses parents il y a quelques jours, qu'il leur a reproché d'avoir fermé les yeux pendant toutes ces années et il leur a dit qu'il ne voulait plus les voir. Surtout il ne veut pas qu'ils m'approchent moi ou le petit.
Essaie-t-il de nous protéger à sa manière lui qui n'a visiblement été protégé par personne?  je me dis que c'est bon signe d'exprimer enfin sa colère. Peut être est-il sur le bon chemin lui qui n'avait jamais réussi à parler avec eux.

Toma je suis d'accord avec toi : je vais essayer d'édicter des règles pour les visites : sobriété, pas de pleurs devant notre bébé.
J'espère qu'il comprendra que je n'agis pas contre lui mais bien pour mon fils.

C'est pour l'appart que j'hésite le plus : il semble en avoir besoin. mais comme expliqué précédemment, moi ça me bloque pour mon avenir immédiat. comment parier sur une éventuelle guérison du père et donc lui ménager ce refuge sans détruire la seule chance de mon fils que sa maman se reconstruise ailleurs?
Je me sens tellement écartelée. mon instinct me dit de partir au plus vite avec mon fils, mais j'ai peur de gâcher la dernière de mon couple de se relever dans quelques temps.

kentaka tu dis avoir mis du temps avant d'être capable d'aimer et de stabiliser. était ce avec le père de ton enfant?

pardon à nouveau d'écrire si longuement à chaque fois.
Je me suis retenue pendant trois ans, aujourd'hui j'ai l'impression de ne plus pouvoir arrêter les vannes...



#10 Janvier 05, 2010, 05:55:03 PM Dernière édition: Janvier 05, 2010, 06:00:13 PM par kentaka
c'est toujours un plaisir de te lire ; je te comprends ô combien . non de mon coté j'ai reconstruis ma vie autrement plus tard (2 ans de mon fils) il était revenu pour l'accouchement (à domicile) mais il s'est de nouveau enfui au 7ème jour !! à 6 mois j'ai recraquée un soir et patatra , non j'ai bien fait de faire le deuil en ce qui concerne mon histoire !
je suis heureuse aujourd'hui  :) :)
ton instinct te dit de partir ... je le suivrais ! cet homme doit prendre ses responsabilités , ce n'est pas à toi de le porter . ne lui enlève pas cette possibilité de se prendre en main
aussi je suis touchée par l'histoire de ta mère , c' est aussi une autre histoire ... même si tu rentres justement en vibration , c'est normal , mais ne te laisse pas envahir : la vie c'est aujourd'hui et à mon avis, on ne peut s'occuper que de soi , et de nos enfants en devenir  ;)
bises
heureux les coeurs purs ... ce long chemin