Rayondesoleil.org

Un forum pour les victimes d'abus et de violence

bonjour,
je suis nouvelle sur le forum. J'ai subi des attouchements petite, par un ami de mes parents. Je ne sais plus à quel âge cela a commencé, certains souvenirs sont flous, d'autres encore bloqués en moi.
Je leur en ai parlé il y a peu de temps. Mes parents savaient qu'il avait des antécédents pédophile. Chaque fois, ils étaient là, dans la pièce à côté, pendant qu'il était seul avec moi. Ils me disent aujourd'hui qu'ils ne pouvaient pas savoir, pas deviné, qu'ils m'ont toujours surveillé, que cet homme était malgré tout quelqu'un de "gentil"..
c'est un homme déficient mental. Il est aujourd'hui placé en centre (à cause de ses comportements). Mes parents me disent que "le pauvre homme" n'a même pas compris pourquoi.
Quoiqu'il ait fait, il ne sera de toutes façons jamais jugé, jamais puni. Toujours protégé, même par mes parents. je ne comprends pas pourquoi ils le défendent, lui et pas moi. Pourquoi ils m'ont laissé avec lui, sachant ce qu'il avait déjà fait, pourquoi personne ne l'a empêché d'agir.
Oui, il était gentil avec moi. Il a été doux, et non brutal. Mais il m'a laissé seule avec mes souvenirs, mes peurs, mes cauchemars, mon silence.
je n'ai plus confiance en mes parents, je leur en veux tout en me reprochant de leur en vouloir. :(

#1 Décembre 14, 2011, 04:21:03 PM Dernière édition: Décembre 14, 2011, 04:26:03 PM par Moderateur 2
Bienvenue parmi nous libellule ! Il semble que tu n'aies pas été protégée, malgré le fait que cet homme ait été repéré...
quel dommage et quelle ignorance vraiment, des impacts si lourds chez un enfant puis d'une grande personne (++ s'il n'a pas pu être pris au sérieux, écouté) des conséquences douloureuses de la manipulation morale, sexuelle d'un adulte tordu :-\ >:(  en plus en qui tu faisais confiance !
pourtant la loi l'interdit et cela est passible de 5 à 20 ans de prison  ::) encore faudrait-il que notre société l'applique et ne laisse pas en circulation les "malades" ou en impunité les puissants ARFFF
comment vis-tu toi, au quotidien ces réminiscences ? je comprends que tu en veuilles à tes parents... c'est courageux de leur en avoir parlé en tout cas, peut être leur faut il du temps pour réaliser, peut être ont ils besoin d'informations, peut être est ce un sujet tabou un "angle mort" pour eux (des résistances personnelles) ?
C'est bien d'être toi quoiqu'il en soit, avec tes sentiments.
Je te salut bien

Bonjour Libellule,
Je passe rapidement ce soir, mais je voulais te souhaiter la bienvenue sur Rayon. Tu es sur un lieu sûr, dans lequel tu as la "chance" de pouvoir dire tout ce qui te passe par la tête, dans lequel tu peux parler sans tabous, sans jugement et surtout dans lequel tu auras toujours une écoute attentive et beaucoup de soutien.
Je sais à quel point il est difficile de vivre avec des souvenirs qui sont parfois très flous et qui refont surface. Mais un jour quelqu'un m'a fait comprendre sur ce forum, que finalement la mémoire revient lorsque l'on est prêt(e) et que l'on à la force de pouvoir les affronter. C'est parfois difficile à croire, mais c'est finalement assez juste...
Je te souhaite bon courage, et surtout je te remercie de partager ton expérience avec nous.
Carpe'

Merci de votre accueil :)

compliqué tout ça.. mes parents sont tellement pris dans leurs histoires familiales (complexes), leur pb de couple, depuis tant d'années. Résistances, oui, sûrement. Ils n'ont pas envie de creuser plus loin, et surtout pas envie de se remettre en cause.

Je me souvenais seulement d'un soir quand j'avais 7 ans, chez des amis. Je ne me souvenais pas du reste. Je l'ai dit à ma mère il y a un an et demi, elle était si calme, si distante.. C'est ce qui a déclenché quelque chose chez moi et m'a fait douter, de plus en plus. J'ai refait à nouveau des cauchemars, des malaises inexpliqués. J'ai pris conscience aussi que j'évitais depuis toujours tout ce qui peut me faire penser de près ou de loin à une agression (par ex, incapable d'entendre, de lire ou d'en parler sous peine de paniquer), que j'évitais les hommes de l'âge de mon père et de cet homme, que j'étais tout le temps en situation de "protection" face aux autres ( peur de m'attacher, peur de me montrer faible, difficultés à me confier, tendance à fuir les gens, même mes amis..)..etc
Je sais depuis toujours que j'ai "oublié" quelque chose, sans avoir de souvenirs.

Cet été, quelques images sont revenues. Je me suis dit que c'était seulement des angoisses (ma mémoire les auraient "fabriquées"). J'ai essayé de ne pas y penser, mais ce n'était pas possible, j'avais l'impression de devenir folle à force de douter. Je vais voir une psy depuis deux mois, et il y a deux semaines, beaucoup de souvenirs me sont revenus, par flashs (où j'étais plus petite, où ça se passait chez moi, c'est comme des rêves éveillés ou des minis films).
C'est bizarre. Je suis soulagée d'avoir des réponses, mais angoissée à l'idée que d'autres images apparaissent. ce qui me fait peur, c'est que quand je revis ces scènes, je l'aime bien. parce qu'effectivement, il était gentil avec moi, qu'il jouait souvent avec moi. Je me sentais tellement seule au fond de moi, que quelque part, je ne pouvais pas dire non
je voudrais le détester, mais je n'y arrive pas. Je me dis qu'il ne s'est peut-être pas rendu compte. Que je cherche un "coupable" alors qu'il n'y en a peut-être pas.

si ça me revient aujourd'hui, c'est qu'effectivement, je suis loin de mes parents maintenant. Ma psy m'a encouragée aussi. Elle m'a demandé de noter ce qui me revenait, sans trop me poser de questions pour l'instant (je bloquais beaucoup de choses par peur que ce ne soit pas "réel")

#4 Décembre 14, 2011, 07:28:16 PM Dernière édition: Décembre 14, 2011, 07:31:11 PM par CarpeDiem
C'est impressionnant comme je me retrouve dans beaucoup de tes phrases...
Enfin bref, je vois que tu es suivie par une psy, et c'est très bien. C'est un lieu dans lequel tu peux évacuer énormément de choses sans avoir à te sentir juger...
Tu es très courageuse d'avoir la force aujourd'hui d'affronter tout celà...
Je sais qu'il est très dur de gérer l'ambivalence de nos sentiments face à ce genre de personne. Une part de nous aime (l'ami, l'oncle etc...) et l'autre part déteste ce qu'il nous a fait vivre voire subir...
J'ai commencé moi même un travail thérapeutique il y a peu de temps. Je sais à quel point on peut craindre les séances... (que dire, comment se libérer sans choquer, comment se comporter...) Bref toutes ces questions qui font si peur...
Le mieux est d'y aller sans se poser de questions, et laisser ses sentiments et son corps vivrent l'instant...
En tout cas continue sur cette voie, et écris autant que tu en as besoin, Rayon est un soutien sans faille...

#5 Décembre 14, 2011, 08:48:24 PM Dernière édition: Décembre 14, 2011, 09:05:18 PM par kentaka
bonjour libellule  :)  ca va tes ailes ? subtiles et transparentes j'imagine...
je ne vois pas personnellement pourquoi, ou comment, notre cerveau (appelons le pour une parcelle : mémoire) irait chercher des images aussi sordides, qui nous taraudent et nous effraient !
Rien dans notre culture ne transmet ces images interdites; si elles s'extraient sur votre "écran" conscient ce n''est pas sans raison, et pour que nous prenions soin de nous ! et s' en défaire  >:(
Peut être s'approprier son vécu ses sensations , meme ses doutes, au debut, pour aller vers l'acceptation des situations vécues... Organiser pas à pas tout cela, avec de l'aide d'autres regards et de la considération ; et le contexte de l'abus comme tu dis si bien, c'est important d'en tenir compte : l'isolement, le besoin d'amour, la sensibilité (pourtant si belle qualité :D), une tendance à perdre pied dans une relation dominant/dominé etc...
Puis aprés s'être avoué la blessure de victime en nous, on peut mettre cela au dehors et se distancer à nouveau... plus libre
heureux les coeurs purs ... ce long chemin

pour l'instant, il m'est impossible de me laisser aller. Je raconte à ma psy mes souvenirs (pas les détails), mes cauchemars, mes doutes, mais c'est comme si je ne ressentais "rien", encore plus quand je suis devant elle. une sorte d'angoisse m'envahit, que je contiens. Mais je n'arrive pas à définir mes émotions, encore moins à les exprimer devant quelqu'un

je sais bien qu'il faudra que j'en passe par là. Là, je gère comme je peux (c'est à dire que je me réfugie dans le travail ou activités pour ne pas y penser, mais pour autant, c'est omniprésent.. donc difficile de me concentrer, difficile de prendre plaisir à ce que je fais)
Dans ma "vie idéale", je pourrais tout lâcher chez la psy en toute sécurité, et être conplètement dispo à ma vie quotidienne. cloisonner les choses en fait. Mais bon, ça marche pas comme ça.. :-\

Sinon, je n'avais que des bribes d'images au début, pas toujours lié directement à ce qui s'est passé (par ex, des images de moi enfant où je ne me sentais pas bien. Des images de vêtements, de couleur.. ) des trucs qui ne prenaient pas encore sens. D'où le fait que je doutais de mes souvenirs. ça fait si longtemps.. et puis il y a toutes ces hypothèses de "fantasmes/angoisses" oedipiens de la part de certains psys, qui font qu'on se dit qu'après tout, ça n'est peut-être passé que dans notre tête d'enfant.

#7 Décembre 15, 2011, 10:52:15 AM Dernière édition: Décembre 15, 2011, 11:04:04 AM par Moderateur 2
fantasmes oedipien !! FOUTAISE CONNERIES , non mais franchement quel petit enfant va rever qu'on le penetre ou l'excite sexuellement ?!! ou trouver un role gratifiant dans le contraire un peu de bon sens  >:(  regardez les enfants de cet age autours de vous et allez jouer à cache cahe ou aux voitures vous verrez leur sourires ...
je ne supporte pas d'entendre ces ramassis de thèses sur la défensive du grand panier des agresseurs (qui cherche tiens tiens à se défendre, de quoi?) des exploiteurs des cacheurs de vérité !! qui de surcroit rabaissent et humilient encore, ceux qui trouvent de courage de parler  :-X :-X 8)

regardons plutot de coté des symptômes qu'une personne developpe avec le temps, et se reconnaît qui de droit et intuitivement.
Et aretons de prendre les gens pour des abrutis, et de nous laisser prendre.

as-tu été sur ce post d'Alex "guérir ensemble" conséquences d'un abus... ? puis je te demander quel est (si tu veux le situer) ton age ?

Bonjour Libellule
Bienvenue parmi nous.
Ce que tu as subi est odieux et inqualifiable. Oh que oui certains souvenirs peuvent te faire souffrir. Sache que sur ce site tu peux dire toutes tes émotions et ressentis en toute confidentialité .Et que nous sommes la, nous sommes à ton écoute et nous comprenons ta souffrance.
Avec toute notre chaleur
Tanga

Pour tout vous dire, le déclic est parti d'une initiation à la sophrologie. La discussion d'avec ma mère m'avait travaillé mais je ne voulais pas y penser. Puis là, pas possible de tricher. La séance a été une véritable angoisse.  Les toutes premières images qui me sont revenues à mon « réveil » étaient des souvenirs de moi petite et mon père au moment du bain. Ces images ont réveillé un malaise intense, d'autant plus que la relation avec mon père est très complexe.
J'ai douté de lui, ce qui m'a fait finalement consulté une psy.
Aujourd'hui, je pense qu'il ne s'est rien passé. En revanche, les souvenirs avec lui et les souvenirs avec cet homme correspondent à peu près à la même période (peut-être 4 ou 5 ans). Je pense qu'à cet âge là, j'étais incapable de différencier les gestes d'affections des gestes sexuels puisque cet homme a le même âge et se montrait gentil, comme mon père. A 4-5 ans, c'est un âge où on se pose des questions sur les différences fille/garçon, où du coup on cherche l'affection ou l'admiration du sexe opposé pour pouvoir d'identifier (bien-sûr on n'a pas la conscience ou le désir sexuel d'un adulte)

Bref, des abus à un âge sensible , où mon père était présent puisque dans la pièce d'à côté.. sacré bordel. Leur attitude est  bizarre, voire ambigüe. Elle l'était quand j'étais petite et ado, elle l'est encore aujourd'hui.

Depuis toute petite, j'ai développé des transferts importants sur les autres adultes. Je ressens un malaise extrême face aux hommes qui me font penser de près ou de loin à mon père par exemple, et j'ai toujours eu besoin d'avoir une sorte de « 2e maman » à mes côté. Je sais bien que ce n'est pas « raisonné », mais je ne peux pas me défaire de tout ça pour l'instant.
J'ai développé plusieurs symptômes, c'est vrai. Des douleurs inexpliquées, des cystites à répétition depuis petite. Des cauchemars où les scénarios sont toujours les mêmes, des crises de somnambulisme. Des phobies lié aux agressions qui m'oblige à éviter tout un tas de situations, d'autres liés à la peur de l'eau, le vertige, le vide, la conduite (plus ou moins dépassées). L'impression d'être différente, l'impossibilité de me montrer « fragile », l'impression d'être coupable ou responsable. Très peur d'avoir des enfants ou de m'engager avec quelqu'un. Difficulté à prendre des décisions ou à m'engager dans ma vie. Impossibilité de me projeter dans l'avenir. J'ai fait une tentative de suicide à 13 ans, sans que je puisse vraiment l'expliquer. (avec période d'amnésie de 2 ans, j'étais incapable de me souvenir de ce que j'avais fait ni des mois qui ont précédé cet acte)

Aujourd'hui j'ai 27 ans. Je suis en couple depuis quelques années, c'est d'ailleurs le seul homme avec qui ça marche, à qui j'ai pu faire confiance; et j'ai un travail qui me plait. Il n'y a que quelques mois que j'ai pu prendre conscience de ces « symptômes ». c'était là mais je ne voulais pas voir, pas savoir, pas y penser. J'étais (et je suis toujours) en mode de « survie ».
J'ai encore beaucoup de « trous » dans ma mémoire concernant les abus et ce que j'ai fait à l'adolescence.

Enfin voilà, je crois que tout ça revient parce que je suis à un certain tournant dans ma vie. Oublier et éviter m'ont permis de m'en sortir, mais maintenant je n'arrive plus à avancer dans ma vie de cette façon. Je me sens en « lutte intérieure » depuis toujours, ça m'épuise et je suis dans une impasse.

Ce qui me fait le plus peur c'est de perdre ce que j'ai mis si longtemps à gagner. J'ai très peur de craquer et de ne plus pouvoir assurer dans mon travail par exemple. Est-ce que pour vous, ça a eu des conséquences sur votre vie quotidienne?

Bonjour "libellule"  :),
Soit la bienvenue ici, même si malheureusement la raison qui nous y mène tous est des plus triste et difficile :-\.

Pour répondre à ta question, oui forcément que nos passé ont des incidences sur nos vie quotidiennes, d'ailleur quand on se lit les uns les autres on se découvre plein de points communs, maintenant ça ne doit pas forcément nous faire perdre tout ce qu'il nous aura fallu construire si difficilement...
Ça dépend de beaucoup de choses, tout ça, il nous faut mettre tous les atouts possibles de notre coté, être ici en est un, se faire aider par une psy aussi, avoir du soutien au quotidien est très important ;).

Alors bravo à toi d'avoir réussi a te construire, a faire vie commune, a partager, a parler, il faut beaucoup de force et de courage pour tout ça :P.

Et chaque fois que t'as des doutes n'hésites pas a venir ici, on fera notre possible pour t'accompagner, pour t'aider a retrouver confiance ;).

Bon courage et à bientôt.
:-* :-*
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

#11 Décembre 17, 2011, 07:10:30 PM Dernière édition: Décembre 17, 2011, 07:16:41 PM par libellule
merci  ;)

ça fait du bien de se sentir comprise.
j'ai parcouru un peu le forum, je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à ne pas me souvenir de tout par ex.
J'ai pourtant déjà vécu des périodes d'amnésie et ce qu'on appelle des "reviviscences" à l'adolescence, à cause de ma tentative de suicide. Mais concernant tout ça, pendant plusieurs mois, je ne me "croyais" pas vraiment, parce que je me disais que c'était impossible d'oublier de tels évènements.

Oui ne plus se sentir seul  :).
Quand on est là depuis longtemps on a tendance à oublier, mais c'est effectivement la première bonne impression que l'on a quand on arrive ici, d'un coup on se reconnaît dans les témoignages des autres et on se dit que finalement contrairement à ce que l'on avait toujours cru, on est pas seul et de nombreuses personnes ici nous comprennent et ont eu les mêmes symptômes.
Vachement réconfortant  ;).
Bon courage a toi, et n'hésite pas a venir ici aussi souvent que tu en ressens le besoin.
:-* :-*
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

coucou ! c'est justement parce que les évènements sont trés traumatiques et que le cerveau ne peut gérer leur coté émotionel (ex sensation d'annihilation) qu'il se protège en  mettant les images figées de peur ou d'incompréhension (pour 1 petit!), au delà du conscient... le temps de se renforcer pour le reprendre plus tard . Ou jamais je ne sais .
Ceci dit cela n'empêche pas les symptômes des traumas qui eux s'emballent (le corps lui n'oublie jamais et cherche régulation en permanence) il cherche à palier à survivre il reste en hyper vigilance  :o

Bonjour libellule ...  Comment vas tu ?
heureux les coeurs purs ... ce long chemin