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Un forum pour les victimes d'abus et de violence

Mon histoire ne colle pas avec la définition que la société donne aujourd'hui du viol. Je ne me retrouve dans aucun témoignage, qu'il s'agisse de témoignages de victimes ou bien de spécialistes (médecins,psychiatres..)
Les victimes ont presque toujours un agresseur adulte ou bien si ce n'est pas le cas la différence d'âge est très nette. Pour ma part j'étais enfant et lui aussi. Il avait entre 13 et 14 ans et moi entre 10 et 11 ans. Les spécialistes que j'ai écouté expliquent que l'agresseur ne viole pas pour faire du sexe mais qu'il s'agit d'un acte de destruction de l'autre. On viole pour détruire l'autre. Dans mon cas, il est clair qu'il faisait ça uniquement pour découvrir le sexe. J'étais son jouet vivant. Et je l'ai été pendant des années. Mon thérapeute et d'autres forums m'affirment qu'il s'agit d'un viol. Mais pourquoi je ne me sens pas reconnue aux yeux de la société? Je ne me sens pas reconnue et c'est terrible. Mes souvenirs remontent en ce moment. Enfin, ce ne sont pas réellement les souvenirs, car ils ont toujours été là, avec moi. Disons que ce qui arrive en ce moment, 20 ans après c'est plutôt une prise de conscience. Je prends conscience que ces actes ont été violents pour moi et qu'ils sont à l'origine de mon mal être. Je n'arrive toujours pas à en être sûre. J'ai envie de me faire du mal, de me détruire, j'ai envie que quelqu'un vienne me sauver. Comme pour dire : tu n'as pas pu être sauvée il y a 20 ans mais maintenant tu ne seras plus jamais seule. Je me traîne un sentiment de vide et d'abandon profond depuis des années malgré la présence et l'amour de mon conjoint et de mes amis. Pourquoi leur présence ne me suffit pas? Pourquoi ai-je ce besoin de me faire du mal? Comment faire pour que ça s'arrête surtout? Et c'est quoi un viol? Merci de m'avoir lu, ce message est une bouteille à la mer...

Bonjour et bienvenue,

Est-ce que tu étais une participante volontaire ou bien manipulée psychologiquement ou d'une autre manière à faire quelque chose que tu ne désirais pas. Si tu n'étais pas une participante volontairement, ce dont je doute que tu puisses l'être à 10 ans, il s'agit bien d'un viol. La différence d'âge n'a pas besoin d'être si importante. Un ado de 14 ans sait ce qu'il fait contrairement à un enfant de 10 ans. Aux Etats-Unis, là où j'habite, les abus sexuels par les frères ou soeurs d'un autre frère ou soeur sont reconnus même si encore peux reconnus par la société même. Si tu parles anglais, tu peux trouver beaucoup d'information, de témoignages, des livres écrits pas des victimes et des professionnels sur ce sujet.
Ce que tu as vécu était très traumatisant donc il est malheureusement "normal" que ces abus aient des conséquences sur toi, même 20 ans après.
Alex.

#2 Juillet 10, 2019, 11:15:51 AM Dernière édition: Juillet 11, 2019, 08:54:31 AM par Anayl
Bonjour et bienvenue ici.

Je suis navré pour ce qui t'es arrivé, il m'est arrivé à peu prés pareil (javais 12 ans et mon agresseur 16 ans).

"Tous ces regards qui me mangent ... Ha, vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru ... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril .. Ah ! Quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l'enfer c'est les autres" (Sartre, Huis clos).

Sartre décrit la honte comme le sentiment originel de l'existence d'autrui. Je me vois tel qu'autrui me voit, comme l'objet que je suis pour autrui. La honte est honte de soi devant autrui. Autrui est un scandale car je ne le fais pas exister tandis qu'il a le pouvoir de me figer en un être (vulgaire, fière, timide, ...) que je ne suis pas. Le regard d'autrui m'expose, me rend faible et fragile, me rend objet pour lui.

Pourquoi tu te laisses enfermer parce que pensent les autres? Pourquoi as-tu besoin d'une définition donnée par les autres? Toi seule est capable de dire si tu as subi un viol ou pas. Surement pas la société ou même un juge. Par exemple, au Japon, jusque récemment (2017), seul la pénétration vaginale était un viol. Une fellation forcée n'était pas un délit, une sodomie forcée non plus. Bref, les définitions données par une société seront toujours subjectives, caractéristiques d'une image d'une certaine société à un moment donné.

Qu'est-ce qui t'empêche d'être sure que c'est un viol? Tu dis que ton thérapeute le dit, mais que tu ne te sens pas reconnue comme victime par la société, mais quelle société?
« Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Après, ils se démerdent. » (Jean Yanne)

Bonjour et merci pour vos réponses. Je crois que la seule vraie reconnaissance que je cherche est celle de mes parents. J arrive à un moment où j ai besoin de leur dire ce que j ai vécu. Je ne sais absolument pas comment ni quand le dire. De plus ma mère et moi sommes brouillées donc pas simple. Ça ne sert à rien de le crier à tout le monde tant que je ne l aurais pas dit aux bonnes personnes. J aurais voulu qu'il me sauve ces jours là. Ils étaient dans la même maison, sous le même toit, un étage plus bas. J étais si petite. J ai besoin de leurs mots, de leurs bras de leur colère et de leur amour. Mais je ne sais pas si je peux prétendre à recevoir tout ça. Peut être qu ils ne pourront pas réagir du tout ou bien maladroitement. J ai peur de ça. De ne pas être crue ni comprise. Pourquoi 20 ans après je le ressors, c est compliqué à comprendre déjà pour moi alors pour eux...je crois que je dois d abord avancer dans ma thérapie pour pouvoir sortir les choses le moment venu. Mais la vérité c est que ça brûle à l intérieur de moi, c est comme une cocotte minute prête à exploser. Très difficile de gérer cette bombe à retardement. Ce soir je vois mon père j espère réussir à me retenir. Encore merci pour vos réponses.

Comment vous avez fait pour le dire ? Racontez - moi vos expériences si vous le pouvez cela m aidera. Merci d avance à ceux et celles qui partageront leur histoire avec moi.

Citation de: MILALOO le Juillet 11, 2019, 07:41:45 PM
Comment vous avez fait pour le dire ? Racontez - moi vos expériences si vous le pouvez cela m aidera. Merci d avance à ceux et celles qui partageront leur histoire avec moi.

Alors moi je l'ai dit à mon père sous le coup de la colère et il s'est suicidé un peu après, voilà...

Du coup je me sens tellement coupable que je pense à faire pareil.

Je ne sais pas quelle est la meilleure façon mais le dire sous le coup de la colère c'est pas la meilleure façon.

En tout cas, un conseil : n'attends pas trop de cet "aveu", attends-toi au pire, pour ne pas être déçue.
« Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Après, ils se démerdent. » (Jean Yanne)

Moi j'étais incapable de leur dire en face. Quelqu'un d'autre les a prévenus à chaque fois.
J'avais aussi écrit une lettre.

A la lecture de vos réponses je me rend compte que la « guérison » si elle est possible ne passe pas par la famille. Je vais donc essayer d aller la chercher au fond de moi. Merci pour vos retours.

Bonjour Milaloo,
soit la bienvenue ici.

Effectivement la "guérison" est possible,
mais elle ne passe pas par la famille qui a rarement la réaction adéquate,
ou attendue... :-[

Parfois ils posent le déni pour ne pas porter la culpabilité de n'avoir pas su protéger,
d'autres doutent de la véracité des témoignages pour la même raison et ça fait encore plus mal,
d'autres fois quand c'est intrafamilial il arrive même que ce soit la victime qui soit rejetée...
Il y a 5 ans j'ai connu le cas, dans la famille d'amis,
une ado dont le père hantait ses nuits,
n'en pouvant plus elle a parlé,
s'est faite traiter de menteuse et bien pire que ça par toute sa famille,
le père a mis fin à ses jours juste avant l'heure de sa comparution en gendarmerie,
et la gamine a fini à la Dass...

Il y a aussi ceux qui ne supportent pas la culpabilité de n'avoir pas vu, de n'avoir pas été là au moment le plus important, ou qui réalisent aussi parfois qu'ils ont "refusé" de voir...
Ça abîme plus la famille que ça n'aide la victime, ajoutant une dose de culpabilité à tous... :'(

Il ne faut pas généraliser non plus,
il doit quand même parfois y avoir des parents qui réagissent bien,
mais personnellement j'ai fait le choix de me préserver de leurs réactions,
de les en préserver aussi....

Ils savent que je suis modo sur un site de soutien depuis 10 ans,
et j'ai toujours été étonné qu'ils ne me demandent pas ce qui m'avait mené là,
parfois ils réagissent à des discussions comme si ils avaient un doute,
mais n'ont jamais tenté de savoir si c'était fondé ou pas...
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

Citation de: intime idée le Juillet 17, 2019, 11:01:35 AM
Ils savent que je suis modo sur un site de soutien depuis 10 ans,
et j'ai toujours été étonné qu'ils ne me demandent pas ce qui m'avait mené là,
parfois ils réagissent à des discussions comme si ils avaient un doute,
mais n'ont jamais tenté de savoir si c'était fondé ou pas...

L'ignorance c'est confortable
« Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Après, ils se démerdent. » (Jean Yanne)

Oui je confirme  ::),
mais aux ages qu'ils ont atteint maintenant,
c'est confortable pour moi aussi...

Je pense qu'il est trop tard et inutile de leur en dire plus, arrivé maintenant,
et finalement plus tôt ça ne m'aurait sans doute pas aidé,
et eux non plus...

J'ai le souvenir qu'ils avaient écourtés des congés dans le midi de la France,
et étaient rentrés sans me prévenir,
juste parce qu'en leur absence,
j'avais invité mon second "futur" bourreau à la maison pour le week-end...

Mon père avait trouvé ça "strange" au téléphone,
et ils avaient pliés bagages dans l'heure...

15h de route plus tard,
ils arrivaient pile en simultané avec lui,
qui les voyant, était reparti comme un voleur...

Je ne le savais pas encore,
et dans ma naïveté,
je ne comprenais ni leur réaction,
ni la sienne,
mais ils m'avaient sans doute sauvé d'un sale week-end,
seul dans une grande maison vide en campagne,
avec lui...

Alors ils auront au moins essayé de me protéger de l'inévitable,
qui aurait finalement lieu quelques semaines plus tard au pensionnat...

C'est l'image que je garderais d'eux,
ils avaient essayé en sacrifiant leurs congés annuel de me protéger d'un truc,
qu'ils ne définissaient pas bien,
je crois qu'ils pensaient plus à une histoire de drogue,
mais bon,
ils gardent à mes yeux, le mérite d'avoir fait l'impensable pour essayer...

Désolé Milaloo,
ce récit personnel aurait du être ailleurs que dans ce sujet que tu as ouvert,
car je ne suis pas certain qu'il t'aide à y voir plus clair... :-[
" Les cicatrices nous rappellent d'où on vient, mais elles ne doivent nous dire où aller."

Je suis d'accord avec les autres. En parler à tes parents ne devraient pas être pour l'attente de leur soutien, car le plus souvent, les personnes sont déçues pour toutes les raisons données par les autres. Par-contre, tu peux considerer ça un pas vers ta guérison, d'être capable de dire ce qu'il s'est passé, de te reconnaître en tant que victime à leurs yeux, même s'ils ne te croient pas.
J'ai plutôt tendance à penser que pour l'instant, tu devrais te concentrer sur toi, vers ta guérison, et ne pas prendre le risque d'avoir leur réaction te causer plus de douleur.
Alex.

Citation de: Alexandra le Juillet 21, 2019, 03:23:44 PM
J'ai plutôt tendance à penser que pour l'instant, tu devrais te concentrer sur toi, vers ta guérison, et ne pas prendre le risque d'avoir leur réaction te causer plus de douleur.

je suis d'accord, attends d'avoir un peu plus de force.
« Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Après, ils se démerdent. » (Jean Yanne)